Entre stratégie business et environnement, la politique de développement raisonné d’Aéroports de la Côte d’Azur

Si le niveau de fréquentation estimé à 14, 2 millions de passagers a quasi retrouvé en 2023, le niveau de 2019 notamment pour Nice Côte d’Azur, le groupe aéroportuaire – qui gère également les plateformes de Cannes-Mandelieu et de Saint-Tropez – déploie une stratégie où la notion de durabilité à largement pris sa place, que cela concerne les alentours en proximité ou la gestion au sein même des infrastructures. Au centre, une problématique : conjuguer les besoins des entreprises et les nécessités business du territoire avec la préservation de l’environnement.
(Crédits : DR)

On s'en doutait et les chiffres publiés ces dernières semaines le confirment : l'activité aéroportuaire a, en France comme ailleurs, retrouvé un niveau très semblable au niveau pré-crise sanitaire. Les interrogations sur la façon de consommer le transport aérien ne sont plus : l'avion demeure toujours un moyen de déplacement, autant pour les activités touristiques que, et peut-être davantage, pour les activités commerciales.

En décembre dernier, les données publiées par TendanCIEL, l'indicateur mensuel du trafic aérien commercial indiquait que le trafic passagers était de même niveau que le trafic passagers enregistré en 2019. Sur l'année, la reprise s'établit à 94,5% du niveau de trafic 2019. Le trafic international dépasse, quant à lui et sur ce même mois de décembre, le niveau d'il y a 5 ans, à 103,7% alors que, lissée sur l'année, cette reprise à l'international atteint 97% du niveau de 2019.

Le durable et le nécessaire

Deuxième aéroport de France après ADP, Nice Côte d'Azur ne déroge pas à la tendance. 2023 ressemble donc furieusement à 2019 avec 116 destinations reliant la Côte d'Azur à 44 pays. Fait significatif, les lignes long-courrier ont été plus nombreuses, avec 5 lignes menant en Amérique du Nord et 6 vers les pays du Golfe. Une preuve que les attentes sont là. Et c'est un peu ce qu'avait prédit Franck Goldnadel, assurant que la plateforme pouvait sortir plus forte de la crise que ce qu'elle ne l'était en y entrant. De fait, les besoins de transport exprimés doivent être satisfaits. Le tout dit le président du directoire du Groupe étant dans un enjeu de « transport aérien durable et nécessaire ».

Car si le besoin de mobilité aérienne est égal à celui d'avant la pandémie, ce qui a changé est bien davantage la prise en considération environnementale. D'ailleurs à Nice on insiste pour dire que si la fréquentation est maintenue - l'aéroport a accueilli 14,2 millions de passagers en 2023 - en revanche les mouvements ont été moindres, de l'ordre de 107.400 contre 110.866 en 2019. Plus mais moins en quelque sorte, notamment grâce aux efforts des compagnies aériennes qui ont mieux géré le remplissage de leurs avions.

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Adapter l'outil aux enjeux du territoire

Il n'en reste pas moins comme tout outil stratégique, celui-ci doit pouvoir s'adapter aux besoins, en constante évolution. C'est le sens de l'aménagement en cours au Terminal 2 qui doit doter la plateforme aéroportuaire d'une nouvelle salle d'embarquement, opérationnelle dès 2025 alors que les nouvelles banques d'enregistrement et le tri bagage seront eux livrés un an plus tard, avant la haute saison estivale. Un aménagement global présenté par Aéroports de la Côte d'Azur comme nécessaire en termes de confort et d'aisance de circulation pour les passagers, notamment parce que certaines habitudes sanitaires prises pendant la pandémie, perdurent. Un aménagement que d'aucuns ont appelé extension ce qui a valu une passe d'armes devant le Tribunal Administratif, certains opposants ayant attaqué le projet. Aéroports de la Côte d'Azur qui en a profité pour rappeler que si ce nouvel équipement permettra l'accueil de 18 millions de passagers, cette capacité est plus théorique qu'un objectif inscrit dans le temps. Et puis, il faut bien le dire et Franck Goldnadel aime à le répéter : la bonne santé des Aéroports de la Côte d'Azur est le reflet de la bonne santé du territoire. Une santé qui demeure solide, malgré les conflits, de la guerre en Ukraine à l'attentat terroriste du 7 octobre dernier en Israël.

L'air... que l'on respire aussi

Une bonne santé économique qui ne se désolidarise pas de la question de l'impact environnemental. Car c'est bien cela, le nœud des stratégies de développement. Sur ce sujet, on rappelle que Aéroports de la Côte d'Azur a été le premier groupe aéroportuaire français à décrocher l'Airport Carbon Accreditation niveau 4+. L'an dernier, il a fait savoir sa volonté d'une neutralité sans compensation atteinte à la fin de la décennie. En interne, à Nice Côte d'Azur, la suppression des chaudières à gaz, remplacées par une boucle à eau tempérée, a permis l'économie de 700 tonnes d'équivalent CO2. Si l'industrie aéronautique travaille aussi à mettre au point des avions plus efficients et si le SAF commence à devenir une réalité, la plateforme aéroportuaire a, pour sa part, instauré de nouvelles trajectoires au décollage, lesquelles ont, revendique Nice Côte d'Azur, permis d'économiser 420 tonnes d'équivalent CO2. Reste encore à peaufiner l'électrification des postes avions au large, ce qui, lorsque les équipements seront finalisés, évitera l'émission de 6.000 tonnes de CO2.

Outre les initiatives concernant les plateformes elles-mêmes, il y a aussi ce qui est fait dans l'environnement proche de ces plateformes. Comme l'opération reforestation, engagée avec l'Office national des forêts qui a permis la plantation de 2.800 arbres supplémentaires en 2023, portant à plus de 15.000 le nombre d'arbres plantés en 3 ans.

A Saint-Tropez, l'aéroport a été labellisé Aérobio pour son travail de recensement de la biodiversité. Cannes-Mandelieu et Nice Côte d'Azur lui ont d'ailleurs emboîté le pas.

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Taxer l'aérien pour favoriser le train

Si désormais il n'est plus question de savoir si l'environnement doit s'inscrire dans les stratégies de développement, c'est bien davantage les moyens alloués et les outils choisis pour atteindre les objectifs donnés qui sont à considérer. Reste la façon de le faire savoir, au-delà des décisions prises par les autorités et de ce que la législation exige. A Nice, l'instauration d'une journée mondiale du passager, en octobre dernier, était surtout une façon de rappeler que « le voyage est une fête, voler est un rêve », rappelle Franck Goldnadel, soucieux, au-delà d'une décarbonation, bien admise de tous, d'encourager « la sobriété heureuse ». Demeure néanmoins une incompréhension, la création de la taxe sur les grands aéroports qui va fortement peser sur les budgets des plateformes aéroportuaires. Créé pour financer le rail notamment, cet impôt devait initialement concerner les billets d'avion. Ce sont finalement les infrastructures de transport de longue distance qui sont ciblées. Pour Aéroports de la Côte d'Azur, cette nouvelle imposition s'élève à 5 millions d'euros, laquelle vient s'ajouter aux 11 millions d'euros payés chaque année. Et ce, souligne Franck Goldnadel « alors que nous avons des enjeux importants d'investissements dans le cadre de notre politique environnementale ».

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