Après Alex, le développement économique, l’autre enjeu de la reconstruction des Vallées

Alors que la venue d’Emmanuel Macron est attendue ce lundi, les Vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, dans les Alpes-Maritimes ont entamé depuis quinze mois une vaste phase de reconstruction. Une reconstruction urbanistique certes, mais aussi humaine et dont le développement économique est une composante essentielle pour le devenir de cette partie du territoire, notamment ultra-connecté à l’Italie et qui dispose de potentialités à exploiter bien davantage.

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(Crédits : DR)

On se souvient, il y a presque un an, de la véritable bataille menée par la Brasserie du Comté pour rester, coûte que coûte, dans la Vallée de la Vésubie. Détruit par la tempête Alex, son outil de production devait trouver une nouvelle implantation. Si possible dans la Vallée, pour ne pas la priver des 6 emplois concernés et d'une activité porteuse comme prometteuse. Il aura fallu l'opiniâtreté d'Edwards Dilly et Laurent Fredj, ses dirigeants et celle de Xavier Pelletier, le préfet délégué à la reconstruction des Vallées, pour que finalement terrain et solution pérennes soient trouvés. Xavier Pelletier appelé volontiers, sur le terrain, le préfet « tempête ». Ancien chef de cabinet de Bruno Le Maire, directeur général de la CCI Lyon Métropole Saint-Etienne Roanne, il arrive mi-octobre 2020 à Nice avec une mission peu évidente, complexe, mais qui laisse aussi le champ des possibles ouvert pour reconstruire non pas à l'identique, mais en mieux.

« Mon bureau est dans les Vallées », dit-il d'ailleurs, et ce n'est pas une boutade. Quinze mois après le passage ravageur d'Alex, les travaux avancent. Grâce à un esprit collectif, insiste Xavier Pelletier. Et de souligner l'ingénierie apportée par la Métropole Nice Côte d'Azur. De dire aussi que les chantiers sont de grande qualité technique, avec un rythme de progression remarquable. « Il ne faut pas oublier que nous sommes en territoire de montagne. On ne reconstruit pas à la va-vite, avec des modélisations qui ne sont pas faites ». Le but étant d'aller vite et bien, autant que possible.

Une reconstruction « intelligente »

Si la reconstruction est à la manœuvre, l'idée est de la mener de façon intelligente. Et de ne pas refaire tout à l'identique mais en tenant compte de ce qui est l'existant aujourd'hui et ce qui peuvent être les besoins demain. « Ce que nous faisons dépasse la simple reconstruction classique. Ce que l'on remet en place nous le faisons en ayant conscience que nous aurons encore des épisodes météorologiques destructeurs », souligne Xavier Pelletier. Ainsi les zones de danger classées inconstructibles ont été délimitées. Mais le levier réside beaucoup dans l'enveloppe de 572 millions d'euros débloquée par l'Etat. Une enveloppe qui comprend, outre 120 millions d'euros de Fonds Barnier, 150 millions d'euros issus de contractualisation entre l'Etat et les collectivités. Ainsi 100 millions d'euros servent une reconstruction « résiliente » quand 50 millions d'euros sont dédiés à des projets territoriaux.  Une enveloppe qui permet, avoue le préfet Pelletier, « d'aller au-delà de l'aléa et du risque ».

Reconstruire ne signifie pas uniquement effectuer des travaux sur le terrain. C'est également entourer tout ce qui est connexe et trouver la solution qui simplifie le plus possible. Comme cette convention signée avec la FNAIM qui mobilise les agents immobiliers afin d'aider les propriétaires des maisons endommagées et détruites par la tempête à trouver un nouveau logement, des propriétaires dédommagés à hauteur d'une valeur vénale pré-tempête.

Ne pas refaire à l'identique c'est ce que prône l'architecte Eric-Daniel Lacombe, appelé pour ses compétences en urbanisme à contribuer à la réflexion de reconstruction. « Son rôle est de penser les aménagements de demain en apprivoisant les risques », explique Xavier Pelletier. « La reconstruction sera résiliente car nous pensons sur le temps long ». Et le financement est notamment un outil pour conforter plutôt que détruire.

Et le projet de reconstruction est autant un challenge, qu'un terrain d'innovation. Car il faut faire preuve d'agilité, d'inventivité, d'adaptabilité... Et, évidemment, tout ce qui pourra être imaginé et développé dans les Vallées, pourra être dupliqué, ailleurs.

Breil Vallées Roya

Un développement économique et un avenir communs

Axe majeur de la reconstruction, le développement économique fait partie des sujets qui contribuent à dessiner les contours de l'avenir des Vallées. « Nous devons donner envie aux habitants d'y rester. Nous devons construire des modèles différents, un peu décalés ». C'est notamment le sens de la concertation citoyenne lancée en décembre dernier (elle se conclue à la fin du mois de janvier) qui met à contribution, les maires comme les habitants. Et tous les sujets sont sur la table. Pour participer, une e-plateforme est ouverte. Des ateliers seront ensuite organisés, réunissant 50 citoyens, choisis sur la base du volontariat, l'objectif étant d'aller dans les détails des projets qui seront retenus. Et parce qu'il paraît impensable que les Vallée demeurent chacune dans son silo et qu'elles ont forcément des sujets de développement et d'attractivité semblables, des séquences communes à la Roya, à la Vésubie et à la Tinée seront organisées.

« Nous ne pourrons pas tout faire, mais l'idée est de ne pas engager des projets dissonants », explique encore le préfet Pelletier, précisant que les fruits des travaux des citoyens seront soumis aux maires. Une façon d'encourager une sorte de fertilisation croisée. « Sur tous les secteurs, on peut innover de façon pertinente ».

Innovation, IA et... fret

Un développement économique qui passe par une facilitation la plus grande possible pour les entreprises. La disponibilité du foncier ou les logiques d'approvisionnement font partie des défis majeurs. Cela concerne l'industrie, les services mais aussi l'agriculture. Le tourisme, levier fondamental, nécessite aussi une montée en gamme. « Le tourisme a énormément évolué, il y a la volonté de découvrir mais aussi le refus d'une offre standardisée », souligne le préfet Pelletier. L'offre culturelle - en s'appuyant sur le patrimoine des chapelles et autres ouvrages - doit créer des envies de « lecture publique avec des projection sur les sites remarquables », avance encore Xavier Pelletier.

Et où on retrouve aussi le chapitre innovation notamment par le biais de la santé. Une santé mâtinée de technologie, celle qui doit permettre, sans jeu de mots, de mettre en réseau. « Il faut connecter davantage les établissements. Nous n'avons jamais, sur un territoire, toutes les spécialités, il est donc essentiel de déployer les télé-consultations et les petites interventions, grâce à l'IA ». Un sujet qui ne s'exonère pas de l'envergure transfrontalière du sujet. « L'hôpital de Tende pourrait très bien recevoir également les patients italiens ».

Faciliter le transfrontalier, c'est aussi le but de la ligne ferroviaire, qui relie les Vallées à la voisine transalpine et qui est demeurée, jusqu'alors largement sous-exploitée. Evidemment, au regard des nouveaux enjeux, à la fois de reconstruction mais aussi de décarbonation, celle-ci pourrait parfaitement servir le fret. Le sujet du transport quotidien n'est pas neutre dans ces Vallées, qui ont besoin de connexion avec le littoral, une connexion simple et souple. L'annonce, à quelques heures de la venue d'Emmanuel Macron dans les Vallées, par la Région Sud, de deux expérimentations qui vont dans ce sens, n'est pas neutre. Outre un bus qui relie Tende à Nice dès 6h dès ce 17 janvier, un TER Tende-Nice partira désormais plus tôt le matin afin de permettre aux actifs de rejoindre la métropole. Deux essais qui pourrraient être pérennisés s'ils servent réellement le désenclavement de la Vallée.

« L'argent est là, la méthode est précieuse. Nous avons trouvé une logique de travail avec tous les acteurs. Je veux agréger les énergies et soulager les acteurs de terrain », résume Xavier Pelletier. « Nous allons ré-enchanter les Vallées ».

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