Quel business-modèle pour GravitHy, la future usine d’acier vert à Fos ?

Prévue pour être opérationnelle d’ici 2027, cette unité de production de DRI (pour Direct reduce iron, matière première qui sert à fabriquer de l’acier vert), inspirée du projet H2 Green Steel en Suède, entre en phase préparatoire, notamment pour ce qui concerne la recherche d’investisseurs, 2,2 milliards d’euros étant nécessaires pour réaliser ce projet qui réunit déjà un consortium très structuré, mené par EIT Inno Energy. Et c’est d’ailleurs bien dans son business-modèle que se situe l’innovation, tandis que le choix de Fos-sur-Mer s’appuie sur la capacité logistique multi-facettes du Grand Port Maritime.
(Crédits : iStock)

C'est le projet structurant qui coche beaucoup de cases en même temps : celle de la transition énergétique, de la souveraineté, de la réindustrialisation et de l'emploi, avec, à terme, 3.000 emplois directs et indirect liés.

Et c'est un projet qui - s'il s'appuie sur la capacité de décarbonation de l'hydrogène - tient son innovation non pas tant dans la technologie mais dans son business-modèle, comme l'explique la CEO France d'Inno Energy, Karine Vernier, à la tête du consortium. Inno Energy qui s'est intéressé de près à l'hydrogène comme solution de décarbonation et qui a déjà investi dans H2 Green Steal, projet de décarbonation de la chaîne de valeur de production de l'acier à partir de l'hydrogène, basé en Suède et né en 2021. Une initiative reproductible en France et qui, finalement, reprend ce qui s'est déjà produit dans le monde des batteries entre Northvolt - également déployé en Suède - et Verkor, installé à Grenoble. « Nous savons que le potentiel de marché est là, qu'il existe une énorme demande d'acier décarboné en Europe, et plus largement, dans le monde entier et donc nous avons cherché à dupliquer l'initiative suédoise », explique Karine Vernier. « Sur cette base nous avons mené une réflexion pour définir quels seraient les acteurs capables d'apporter des compétences sur les différents maillons de la chaîne de valeur, de l'amont à l'aval, des matières premières au produit final et en capitalisant sur les compétences que chacun peut apporter ». Après avoir rencontré des entreprises en Europe et même en dehors de frontières européennes, c'est finalement un consortium réunissant - outre Inno Energy - Engie New Ventures, Forvia, Plug, Primetals Technologies et Idec qui s'est constitué.

RH et permitting, les deux premières briques déployées durant l'été

Le consortium établi et l'annonce officielle faite, place désormais à l'opérationnel. Car comme le souligne Karine Vernier, il faut aller vite, le calendrier établissant une construction d'usine à horizon 2024 pour un démarrage de production en 2027. Autant dire que l'été ne va pas être chômé. Il va notamment servir à lancer la large phase de recrutement, 50 postes étant envisagés d'ici à six mois, pour « monter ensuite rapidement à 100 personnes », annonce Karine Vernier. Ainsi les premières fiches de poste vont être publiées pendant l'été et les premières embauches, principalement locales, effectuées. « Le sujet RH est crucial pour tenir nos enjeux. Nous devons recruter rapidement ». L'été qui va voir aussi, l'arrivée du nouveau CEO de GravitHy, Karine Vernier, en tant que CEO Inno Energy, assurant une sorte d'intérim. Un nouveau CEO dont on ne sait pas grand-chose, hormis qu'il est un professionnel de l'acier et que son identité sera dévoilée en septembre.

Pour l'heure, c'est aussi la phase d'accord et de permitting, cette étape cruciale qui mêle rencontres de bon aloi avec les institutionnels et demandes de raccordements nécessaires. Puis place à la phase d'études, à la pré-ingénierie, à la préfaisabilité de la construction avant la phase de préinvestissement au premier semestre 2024 que devrait suivre la construction effective et le démarrage de la production en 2027. Si le « planning est ambitieux », il n'est pas moins déjà connu, « nous avons déjà observé le lancement d'une société telle que celle-ci. Nous savons que c'est réalisable », souligne Karine Vernier. Il faut aussi engager des discussions plus avancées avec les possibles investisseurs, plutôt européens, mais là encore, Karine Vernier ne s'interdit rien. « Nous regarderons au cas par cas, aujourd'hui rien n'est fermé. Un investisseur doit avoir du sens par rapport au projet pour que, au-delà de l'argent, il y ait un alignement de vision stratégique ».

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Le DRI, la spécificité de GravitHy

D'ici 2027 donc, la France - et Fos-sur-mer - sera dotée d'une usine produisant du DRI (minerai de fer préréduit, ou Direct reduceed iron) qui sera commercialisé sur place comme matière première pour l'acier vert, soit commercialisé à l'export sous forme de HBI, autrement dit de briquettes. La présence de Forvia (ex-Faurecia) au sein du consortium représente d'ailleurs cette partie clientèle, celle capable d'utiliser cette matière première décarbonée. « Il faut que nous arrivions à savoir dans l'échelle de coût quel va être l'intérêt du produit que nous allons proposer. C'est ce qu'apporte Forvia en plus de l'intérêt d'incarner la clientèle », détaille Karine Vernier.

Des clients potentiels invités à faire part, d'ores et déjà, de leur appétence concrète. « Il n'est pas trop tôt pour montrer son intérêt. Ces premiers clients qui se positionneraient est aussi une façon de démontrer aux investisseurs que le projet suscite une appétence. Chaque étape technique rassurera sur la capacité à délivrer. Et chaque étape commerciale sur la crédibilité du projet en tant que produit délivré ».

Une production prévue pour délivrer 2 millions de tonnes de BRI par an, de quoi « produire 2 millions de véhicules légers par an avec de l'acier décarboné », précise Karine Vernier. Une production d'envergure - « nous partons sur une gigafactory » - mais qui « ne saturera pas le marché ». Avec d'autres projets également positionnés sur l'hydrogène - on pense à Masshylia par exemple, déployé par TotalEnergies et Engie à La Mède - pas de concurrence, bien au contraire, plutôt une nécessité de coopération, de dialogue et de partage. « Ce projet va tirer le marché de l'hydrogène au sens où ça va générer de l'activité pour les sous-traitants, les fabricants d'équipement... Globalement cela va faire baisser les prix, va augmenter le niveau d'industrialisation. Cela va amorcer l'intégralité de la filière hydrogène. Tous les projets ont intérêt à se parler. Ce n'est pas parce qu'il existe plusieurs projets dans la zone que cela va répondre à tous les besoins hydrogène, donc il faut coopérer, il faut que l'on échange. Il est intéressant d'avoir cet écosystème dans la zone, pour les entreprises cela diversifie les clients potentiels », analyse Karine Vernier.

Fos-sur-mer, « hub logistique clé »

Volontariste sur l'acier vert, GravitHy collaborera-t-il avec ArcelorMittal ? « Nous discutons avec ArcelorMittal, il peut être un client potentiel mais aussi ne pas en être un. Le modèle a été construit en imaginant les deux solutions. GravitHy est complémentaire à ce que fait ArcelorMittal sur une sorte de jeu de lego magique ».

Le choix de Fos-sur-mer a plutôt à voir avec à la capacité plurielle en termes de logistique que propose le Grand Port Maritime. A la fois la façade maritime en Méditerranée, la capacité à basculer sur l'Atlantique, à remonter vers le Nord de l'Europe par les voies fluviales, à livrer partout en France en s'appuyant sur le ferroviaire. « Fos est un hub logistique clé. Il nous est apparu que c'était le lieu idéal pour poser une usine de cette nature ». De quoi valider la stratégie du GPMM. Et de faire du bien à tout un territoire, local, régional et hexagonale. Ou comment aussi prendre une place sur l'échiquier européen d'une transition énergétique qui veut et doit aller toujours plus vite.

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