Guerre en Ukraine : ce que la Banque de France dit des répercussions sur l’économie dans le Sud

Observées et craintes par les acteurs économiques, les conséquences de la guerre en Ukraine sont évidemment sensibles pour tout ce qui concerne l’approvisionnement en matières premières, tout comme elles le sont d’un point de vue de l’activité de l’hôtellerie, de la restauration et plus largement du tourisme. Pour autant, pour l’heure et selon les études de la banque centrale en Provence Alpes Côte d’Azur, les entreprises et leurs projets ne subissent qu’un impact relatif, avec des projets d’investissement maintenus.
(Crédits : iStock)

Jusqu'au 24 février dernier, c'est un net sentiment de rebond qui dominait le contexte économique. En Provence Alpes Côte d'Azur, quasiment tous les secteurs avaient retrouvé une activité, peut-être pas égale à celle d'avant crise, mais qui laissait entrevoir de meilleurs auspices pour les mois à venir. Même le tourisme et l'événementiel - les plus durement touchés - voyaient revenir les beaux jours et les rendez-vous BtoB comme deux axes de développement capables de tirer les chiffres d'affaires vers le haut.

Sauf que depuis près d'un mois, la guerre en Ukraine rebat les cartes d'une relance qui semblait aller d'elle-même. Où les chiffres d'affaires des entreprises connaissaient une augmentation supérieure à la baisse enregistrée durant la crise. Le bémol concernait les secteurs du CHRD - cafés, hôtellerie, restauration, discothèques - et du BTP, le premier ayant connu une baisse de 10 à 15 points de croissance quand le second, malgré le sursaut immédiat après la crise était vite revenu à un niveau plus modeste. Mais, malgré cela, clairement, « le panorama général était plutôt favorable », note Jean-Christophe Ehrhardt, le directeur régional de la Banque de France dans le Sud. Avec un secteur industriel à + 8% et les services marchands à +7%, la relance semblait donc belle et bien engagée.

Dans ce contexte de reprise sous influence d'une guerre qui refait jaillir des problématiques déjà connues avec la crise, telles celle de l'approvisionnement des matières premières, comment anticiper l'économie des prochains mois ?

Inflation, approvisionnement, confiance...

En regardant trois types de composantes estime Jean-Christophe Ehrhardt. D'abord le processus inflationniste, sachant que 75% des entreprises ont augmenté leurs prix sur un an glissant. Sur les délais d'approvisionnement ensuite, plus d'une entreprise sur deux disant remettre en cause son niveau de production capable de répondre à la demande. Une situation ubuesque, sachant que les carnets de commande sont remplis et bien remplis. Et qu'il faut aussi tenir compte des difficultés de recrutement et d'augmentation des prix de gazoil. Et puis, il y a l'indispensable notion de confiance. Celle sans laquelle un chef d'entreprise n'investit pas ou a minima. « Nous pensons que deux éléments soutiennent structurellement l'économie », souligne Jean-Christophe Ehrhardt. « La consommation des ménages et l'investissement. Sur ce dernier point, et notamment en ce qui concerne l'industrie, nous ne sommes pas trop pessimistes. Les industriels portent des projets pour réajuster la balance. La dynamique de crédit d'investissement ne s'est pas encore démentie ». Au contraire, puisque dans le Sud, les PME réalisant moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, la croissance des encours de crédit est de 5%, soit un point de plus que le niveau national. Et cela pendant que les grandes entreprises continuent de se désendetter. « La situation financière des entreprises est correcte » indique Jean-Christophe Ehrhardt, précisant que la courbe des cotations ne s'est pas modifiée. 56% des entreprises de Provence-Alpes-Côte d'Azur disposent d'une bonne cotation, quand 20% voient leur cotation être dégradée.

Quand le remboursement du PGE devient un indicateur

Point à surveiller, celui de la demande de restructuration des PGE, qui se fait, en fonction des profils des entreprises, soit auprès du tribunal de commerce soit auprès du médiateur du crédit. Or, redit le directeur régional de la Banque de France, hormis les professionnels du CHRD et du BTP qui se sont davantage endettés, au double du poids naturel, « nous n'assistons pas à un mouvement de panique avec un sentiment de difficulté à rembourser ». D'autant que du côté des défaillances d'entreprises, le niveau est toujours bien en-deça de ce qu'il était habituellement, à 3.200 défaillances enregistrées sur un an glissant, contre 5.200 défaillances en période pré-crise. « Il y aura sans doute un rattrapage progressif mais nous n'assisterons pas à un tsunami, comme certains l'ont craint ».

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Reste donc à savoir quel scénario va se réaliser : celui qui prévoit une stabilisation des cours dans les prochains mois ou celui qui envisage une hausse des cours des prix du gaz comme du pétrole. « Dans ces deux cas, nous devrions retrouver, dès 2023, une inflation à 2% ». A l'heure actuelle, c'est donc plutôt un certain attentisme qui prime. Tandis que dans certains secteurs, comme les services marchands, la demande continue de se maintenir à de bons niveaux. « Et c'est un indicateur qui est regardé », pointe Jean-Christophe Ehrhardt. Un indicateur porteur d'espoir.

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