Dans le Sud, la filière Green Tech se structure (et c’est bon pour l’attractivité)

Jusqu’alors plutôt atomisée, la filière qui réunit l’écologie et la technologie a décidé d’avancer démasquée. Fini l’atomisation, les initiatives parsemées qui avaient de la peine à démarquer Provence Alpes Côte d’Azur comme un territoire bon en greentech. Et comme on sait que c’est le volume qui fait le poids, que c’est l’union qui fait la force, autant se présenter urbi et orbi sous une même bannière. C’est notamment ce qui a été fait à Vivatech. C’est bon autant pour les entreprises que l’écosystème. Et pour l’attractivité.

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(Crédits : DR)

C'est la filière qui émerge et qui réunit deux paradigmes que l'on a souvent opposés mais dont on a dit après la crise qu'il ne fallait surtout pas : l'économie et l'écologie. Sauf que si la filière Green Tech apparaît désormais telle un seul homme, nombreuses sont les jeunes pousses et les projets innovants qui n'ont pas attendus pour allier le meilleur des deux mondes.

D'ailleurs, la Green Tech est une chose tellement sérieuse que même la mission French Tech s'en est emparée pour lui signifier une réalité forte en créant, l'an dernier, une promotion dédiée, c'est-à-dire en identifiant les startups développant des solutions durables et numériques, des startups à maintenir dans les radars parce que prometteuses, futures licornes, décacornes, PME, ETI...

La French Tech qui a d'ailleurs profité du dernier salon Vivatech, qui s'est tenu à Paris, pour présenter la deuxième promo de son programme French Tech Green20. Soit 22 startups qui adressent les enjeux écologiques, dont la décarbonation de l'industrie, les énergies renouvelables ou la ville durable. Et parmi elles, une pépite issue de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Hysilabs. Laquelle s'est intéressée dès 2015 au transport de l'hydrogène liquide. Une longue route de l'innovation pour Pierre-Emmanuel Casanova et Vincent Lôme, dont le bâton de pèlerin n'a pas chômé et qui après près de dix ans de R&D arrivent à la phase d'industrialisation. D'autant que leur solution est celle qui lève le verrou de certaines problématiques liées à l'emploi de l'hydrogène dont celles de la sécurité et de la chaîne d'approvisionnement.

La Green Tech, un sujet qui s'épanouit dans les territoires

Mais Hysilabs n'est pas la seule pépite ayant éclot en Provence-Alpes Côte d'Azur. La green tech est une filière dont s'est emparé le territoire mais, jusqu'ici de façon dispersée et sans que cela soit perçu comme une filière à part entière, ni dans le périmètre régional, ni au-delà. Sauf que l'état d'esprit (et la prise de conscience ?) sur ce sujet a changé. Entre temps, il y a eu la « COP d'avance » et maintenant la « COP d'avenir » de la Région Sud, orientation durable chère à son président, Renaud Muselier.

Et il fallait bien un salon très tech pour montrer sa patte verte. A Vivatech, ce mini CES français, 36 startups exactement ont fait cause commune et stand partagé. L'objectif : démontrer qu'en Provence Alpes Côte d'Azur, on sait parfaitement - et depuis longtemps - conjuguer durabilité, environnement, transition et numérique.

Si Bruno Le Maire a fait office de VRP en venant lui-même révéler la promo numéro 2 du programme Green Tech20, le ministre (aussi) de la souveraineté industrielle et numérique en a rajouté une couche précisément sur le côté porte-étendard de l'initiative. Comprendre montrer et démontrer que la France est aussi un pays qui sait entreprendre dans cette filière verte et numérique. L'enjeu, c'est la taille à l'échelle du marché et celui-ci est évidemment mondial.

Pour l'heure la France dispose de 1.800 startups Green Tech. Dans le Sud, le ministère de la transition écologique en a identifié 27. Et cela fait largement écho à un constat : la Green Tech est une filière qui se développe particulièrement bien dans les territoires. Selon Thomas Cottinet, directeur d'Ecolab, le laboratoire d'innovation des données qui dépend du ministère de la transition écologique et solidaire, 70% des startups issus de cette filière ne se situent pas en région parisienne. Preuve que les régions sont impliquées et motrices. Sachant aussi, dit encore Thomas Cottinet, que 50% de ces pépites sont âgées de moins de 5 ans. « La transformation écologique rencontre la transformation de l'économie française », explique-t-il.

Dans le Sud, le sujet est donc depuis longtemps adressé. On en veut pour preuve le technopôle de l'Arbois, basé à Aix-en-Provence qui a impulsé sa pépinière Cleantech il y a près de 5 ans. A l'est de la région, l'Eco-Vallée prend le tournant des écotechnologies dès 2008. Et les pépites Green Tech ne cessent de pousser, pousser. Outre Hysilabs, Geocorail, Ombrea, SerenySun, Agrove, Dualsun ou Qualisteo grandissent, emploient, développent des projets, agrandissent leur marché. D'autres encore, comme Cap Vert Energie, ont aussi mis une dizaine d'années à évangéliser leur marché, avant de devenir une PME avec des présences à l'international et des plans de recrutements qui se comptent en centaines d'emplois. A Nice, Legapass, jeune entreprise innovante née depuis quelques mois seulement, qui déploie une solution de protection et de gestion de la succession de son patrimoine numérique, on fait le choix de « serveurs basse consommation, pilotés grâce à l'alimentation par panneaux solaires. Il est essentiel de prendre en compte ce que consomme le stockage de données. Et nous voulons être neutres de ce point de vue-là », insiste Jean-Charles Chemin, son co-fondateur et dirigeant.

Sud Place, effet loupe

Fédérer une filière, c'est aussi la nourrir de ce qui doit lui permettre de grandir. Sur ce sujet, on n'en fait jamais assez. Parce que malgré les French Tech, les pôles de compétitivité, il y a toujours besoin de faire le liant. C'est ce qui sert la croissance de toutes les entreprises, petites et grandes. On a longtemps appelé ça open innovation. Mais désormais les startups ne sont plus regardées avec condescendance par les grandes. On joue à pied d'égalité, les unes apportant aux autres. Cependant, pour densifier la filière et sa création de valeur sur le territoire il faut tout faire pour favoriser le business. C'est l'objectif de Sud Place, la marketplace créée par Rising Sud, l'agence de développement économique de la Région Sud. Développée en interne elle veut jouer plus efficacement encore le rôle d'intermédiaire entre les entreprises innovantes et les donneurs d'ordre. « Pour que l'innovation se produise, il faut des conditions », rappelle Jacques Richier, président d'Allianz France et vice-président de la Métropole Nice Côte d'Azur. « Nous devons être plus efficient et nous avons besoin que les entreprises soient en connexion directe avec les grands donneurs d'ordre », insiste Bernard Kleynhoff. « Nous avons aussi besoin d'ETI », comprendre que les petites startups d'aujourd'hui sont les possibles grandes entreprises de demain. Mais « les grands donneurs d'ordre ont aussi besoin d'un écosystème autour d'eux pour se développer ». Sud Place qui oriente aussi vers les différents dispositifs qui aident à grandir, financer l'innovation.

Une approche qui conforte ce que beaucoup d'entreprises vivent sur le terrain. A Aix-en-Provence, Julie Davico-Pahin ne dit pas autre chose. « Sud Place accompagne notre stratégie qui consiste à travailler avec d'autres startups, qui possèdent des briques complémentaires à notre solution, des technologies ou des services que nous n'avons pas vocation à internaliser. Nous allons donc avoir désormais un outil où nous pouvons recenser toutes les startups qui sont au plus près de nos besoins. Cela va nous faire gagner du temps », détaille la dirigeante d'Ombrea, qui s'est, par exemple, rapprochée d'une autre startup régionale, Telaqua, sur le sujet de l'irrigation intelligente. « Si nous voulons faire du co-développement, résume Bernard Kleynoff avec à-propos, nous devons faire du circuit court ».

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