Quelle stratégie de déploiement pour Géocorail et ses outils de lutte contre l’érosion des littoraux ?

A Marseille, cette PME a développé une technologie, le Géocorail, qui permet de protéger les littoraux et ouvrages maritimes contre l’érosion. Jusqu’alors surtout présente sur le littoral méditerranéen, elle se développe côté Atlantique. Et devrait reprendre le chemin de l’export.
(Crédits : DR)

C'est une technologie aux multiples applications. Baptisée Géocorail, cette technique consiste en l'immersion d'une grille métallique associée à une anode, elle-même connectée à un générateur électrique. S'ensuit l'électrolyse qui provoque, au bout de 6 à 24 mois, l'agglomération des sédiments présents en mer en une sorte de roche ou de béton naturel. Le but : renforcer des ouvrages maritimes et lutter contre l'érosion, tout en étant le moins invasif possible pour l'écosystème naturel.

Cette innovation permet par exemple de consolider des digues. Ou encore éviter l'affouillement qui mettrait en danger des ouvrages construits sur l'eau. Dans ce dernier cas, Géocorail est en mesure de combler la zone et de la renforcer. C'est d'ailleurs pour ce cas d'usage qu'elle a obtenu son premier contrat commercial, avec le Port militaire de Toulon, en 2018.

Le potentiel des géotextiles

Depuis, la société a élargi plus encore les applications de sa technologie. Avec le développement notamment de géotextiles. Ces tissus, assez rêches, sont souvent enroulés sous forme de tubes et remplis de sable pour réduire la force des vagues afin de protéger les côtes. « L'inconvénient de ces textiles, c'est qu'ils sont relativement fragiles », remarque Philippe Andreani, directeur général de Géocorail. « Si un bateau passe avec une hélice ou qu'un pêcheur au harpon y plante sa flèche, le sable part. Alors nous incorporons des fibres métalliques à ces tissus pour lancer le processus et permettre au sable de se durcir ». L'entreprise dispose notamment d'un démonstrateur de ce type de géotube à Marseille. Démonstrateur qu'elle a elle-même financé pour prouver l'intérêt de l'outil alors que les besoins pour pallier les limites des géotubes classiques sont importants.

Par ailleurs, au-delà des cet usage, les géotextiles de Géocorail servent aussi sous forme de matelas permettant de renforcer des pieds de digues ou d'empêcher l'affouillement.

« Nous travaillons également sur des gabions, ces cages métalliques que l'on remplit de cailloux. On en voit un peu partout et on en utilise aussi en milieu marin ». Problème : le sel entraîne la corrosion de l'armature et les mouvements des caillons peuvent détériorer le gabion. La technologie Géocorail permet alors de constituer un matériau rocheux à même de protéger le grillage tout en soudant les cailloux, ce qui ralentit la dégradation du gabion.

L'enjeu de la confiance

Sur ces divers sujets, l'entreprise travaille beaucoup sur la côte méditerranéene, notamment au niveau du bassin de Thau. Et depuis quelques mois, les projets s'accélèrent également sur le littoral atlantique. C'est le cas à La Rochelle, en lien le Cerema, Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement. « Nous avons une convention de partenariat avec eux pour plusieurs dispositifs de stabilisation d'enrochement. Nous allons suivre le comportement de ces ouvrages ». Un partenariat de bon augure pour Philippe Andreani : « le Cerema est une référence pour toutes les collectivités locales ». De quoi assurer une notoriété et une crédibilité accrues, essentiel sur un marché que l'innovation met parfois un certain temps à pénétrer. « Sur ce marché, il faut travailler en amont de la publication des appels à projet si l'on veut avoir la possibilité d'y répondre ».

Ce qui passe aussi par l'élargissement des activités au-delà de la technologie Géocorail. « Depuis l'origine, nous travaillons essentiellement pour des marchés publics. Mais au début, nous n'avions pas la capacité de poser nous-mêmes les équipements, ce qui nous empêchait de répondre à certains appels à projet». D'où le recours à un sous-traitant, une entreprise unipersonnelle. « Nous nous sommes bien entendus avec lui et finalement, nous avons embauché cette personne et racheté sa société ». Ce qui permet à la PME, avec le recrutement et la formation de plongeurs, d'assurer elle-même certains travaux sous-marins : du balisage, de la réfection de pontons, ou encore des opérations en lien avec du photovoltaïque flottant. Une manière d'aborder plus aisément et de gagner la confiance des clients. Mais aussi « de garder l'équipe mobilisée et de ne pas dépendre exclusivement de notre recherche et développement ».

Cap sur l'international

Après une levée de fonds de 2,7 millions d'euros clôturée l'an dernier, Géocorail a pu renforcer ses équipes d'une douzaine de recrutements. Avec une équipe de 3 commerciaux désormais, elle espère permettre à son directeur commercial de se dégager du temps pour ré-attaquer l'export, mis en suspens à cause de l'épidémie de covid-19 qui a freiné la possibilité de voyager.

Parmi les horizons prometteurs : les pays du Golfe où se déroulent beaucoup de travaux côtiers, qui plus est dans une zone où l'eau est chaude, ce qui favorise la technologie de Géocorail. Les États-Unis pourraient aussi offrir des débouchés. Le tout étant de s'adapter à chaque territoire, à ses particularités géographiques autant qu'organisationnelles.

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