Zéro chômeur de longue durée : quel bilan pour Jouques, premier territoire labellisé en région ? (2/2)

Initiée en 2016 dans cette commune de 4.500 habitants, l’expérimentation « Zéro chômeur de longue durée » a permis à plus de 116 personnes de sortir du chômage, soit en étant embauchées au sein de l’entreprise à but d’emploi créée pour le projet, soit ailleurs. Avec un chiffre d’affaires en hausse en 42 % l’entreprise voit l’intérêt des activités qu’elle propose validées. Mais peine à se développer plus encore, faute de volonté politique en sa faveur.
(Crédits : DR)

Jouques, situé dans l'arrière-pays aixois, a tout du charmant village provençal. La lavande. Les rues aux couleurs chaudes ; étroites et grimpantes. Le linge pendu aux fenêtres, séchant à la lumière du soleil. Le chant des cigales lorsque le thermomètre flambe.

Mais les paysages de cartes postales n'ont encore jamais fait fuir le chômage. Et la commune de 4.500 habitants, bien que moins pauvre que la moyenne du département, est confrontée à du chômage de longue durée.

Ils étaient ainsi 400 à être privés durablement d'emploi en 2017, au début du projet. En cause : plusieurs freins parmi lesquels le faible nombre d'employeurs présents dans la commune. Ce qui nécessite d'en sortir. « Mais les bassins d'emploi sont loin », pointe Ludwig Rouault, directeur de l'association Elan Jouques, l'entreprise à but d'emploi (EBE) dans ce projet. « Il faut une heure pour aller à Aix-en-Provence en bus. Quant à Pertuis, comme ce n'est pas le même département, c'est très mal desservi ».

S'y ajoute un enjeu que l'on retrouve partout ailleurs : le difficile retour à l'emploi passé les cinquante ans. Laurence, qui est salariée de l'EBE, a ainsi brutalement vu les portes se fermer malgré son master en communication et sa longue carrière dans la formation : « On arrive à un âge où on n'a jamais su autant. Et pourtant, plus personne ne veut de nous ».

« La majorité des profils ont plus de 45 ans », confirme Ludwig Rouault.

116 retours à l'emploi et un budget à l'équilibre

A ce jour, l'EBE embauche en CDI à temps choisi une cinquantaine de personnes, faisant d'Elan Jouques le premier employeur de la commune.

Lors de son bilan dressé en décembre dernier, l'association comptabilisait 116 personnes ayant retrouvé un emploi. Parmi elles, 74 ont été recrutées par l'EBE et 42 ont décroché un CDI sans passer par elle.

Des formations ont par ailleurs été financées en fonction des besoins et des envies des personnes accompagnées : « en bureautique, en sécurité, en réparation de vélo, mais aussi du coaching ou de la découverte de l'informatique », liste le directeur d'Elan Jouques. Qui plus est, neuf personnes ont ou s'apprêtent à passer leur permis de conduire.

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Parmi les activités mises en place dans le cadre du projet : un pôle multi-services « qui marche très bien », assure le directeur de l'association ; de la recyclerie, une ressourcerie, une laverie elle aussi très plébiscitée...

Des services liés au tourisme ont également été proposés un temps, « mais les personnes qui avaient les compétences pour cela sont parties ».

Dans l'ensemble, « le bilan est bon. Les activités se pérennisent. Et notre chiffre d'affaires a augmenté de 42 % ». Rendant le projet moins dépendant des deniers publics.

Les aides à l'emploi représentant désormais 50 % du budget. S'y ajoutent les dons de mécènes (Fondation Air Liquide, Fondation d'EDF Agir pour l'emploi, CEPAC...) « Et notre chiffre d'affaires comble la part manquante, ce qui nous permet d'atteindre l'équilibre économique ».

L'indispensable soutien des collectivités

Pour anticiper les probables baisses des contributions publiques à venir, l'association pourrait étoffer son offre de services. Mais elle fait face à un obstacle. « Le recrutement de nouveaux demandeurs d'emploi et le lancement de nouvelles activités dépendent du Comité local qui est présidé par le Maire ». Or la municipalité qui a initié l'expérimentation a changé lors des dernières élections. « Et désormais, l'animation territoriale n'est pas très active. Aucun groupe de travail n'a été mis en place ».

Pourtant, les salariés de l'EBE ont de nombreuses idées. Au-delà d'un service de taxi vélo qui devrait être testé en octobre, ils aimeraient proposer du lavage de voiture ou encore le traitement des biodéchets, qui deviendra obligatoire pour les communes d'ici 2024. « C'est un énorme investissement. Il faut gérer la collecte, proposer des solutions de traitement, voir si des agriculteurs seraient intéressés par du compost... ». Le Maire y est a priori favorable. Reste à régler la question du financement.

« Cela a permis à de nombreuses personnes de se reconstruire »

Malgré les entraves, Ludwig Rouault ne se décourage pas. « Si on appréhende le projet selon un angle purement économique, sachant que les activités n'ont pas le droit d'entrer en concurrence avec les entreprises locales, c'est compliqué d'en voir l'intérêt ». Sa plus-value, selon lui, c'est la manière dont l'humain est mis au cœur des enjeux. Et dont le travail s'adapte à lui plutôt que l'inverse. « Cela a permis à pas mal de gens de se reconstruire. De retrouver une dignité. De se former ».

Il est par ailleurs convaincu que ce projet a beaucoup à offrir à la société. Par les services qu'il rend et qui contribuent à l'animation des territoires. Mais aussi par sa capacité à tester, voire à créer de nouveaux métiers. Des métiers s'inscrivant pour beaucoup dans une économie circulaire et de proximité. Esquissant un modèle de transition tant écologique que sociale.

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