Avec sa solution de récupération de la chaleur de l’eau, Quantia passe à l’industrialisation et convainc L’Oréal

Installée au sein du technopole de l’Arbois à Aix-en-Provence, cette startup a développé un système qui réchauffe l’eau froide à partir de la chaleur émise par les eaux usées de la douche. Après 4 années de mise en place, le chauffe-eau, baptisé Gecko, s’apprête à faire son entrée sur le marché. Dans les salles de bain mais aussi dans les salons de coiffure, à travers un partenariat avec L’Oréal.

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(Crédits : iStock)

C'est d'un double constat que naît le projet de chauffe-eau intelligent de la société Quantia, explique Jean-Luc Dorel. D'une part, celui d'une « eau de plus en plus rare ». De l'autre, celui d'un « coût toujours plus élevé pour la chauffer ». D'où l'intérêt d'économiser non seulement l'eau, mais aussi sa chaleur.

C'est ainsi qu'il décide d'acheter le brevet déposé par deux ingénieurs. Le principe : un système qui récupère l'eau chaude usée de la douche (à 35°C environ lorsqu'elle part dans les égouts) et qui, grâce à un échangeur thermique, réchauffe l'eau froide propre à la consommation. Deux flux qui se croisent sans pour autant se rencontrer.

Le nom du dispositif, Gecko, est une référence au petit reptile qui a la capacité d'auto-réguler sa température en milieu aqueux. « Il réduit sa production d'énergie quand il n'en a pas besoin ».

Lorsqu'il rachète le brevet, Jean-Luc Dorel pense que la solution est industrialisable. Ce n'est finalement pas le cas et il faudra quatre années pour la peaufiner afin qu'elle le devienne. « Désormais, nous avons 30 machines en test, avec des retours concluants », se réjouit Jean-Luc Dorel. Le dispositif permettrait de réduire de 90 % la facture d'eau chaude de la douche ». Une économie qui permet par ailleurs de réduire l'espace dédié à un ballon d'eau chaude classique, soit environ 1 mètre carré. Ce qui, dans des villes comme Paris, peut représenter de considérables économies, dans des immeubles notamment. Enfin, l'économie d'énergie générée a bien sûr un intérêt écologique, avec une empreinte carbone cinq fois inférieure à un chauffe-eau thermodynamique.

Hôtellerie, logement social et salons de coiffure

Des résultats qui permettront de s'engager d'ici quelques semaines dans l'industrialisation de Gecko. Ciblant en premier lieu l'hôtellerie (avec des partenaires comme Logishôtel ou Coucoo et ses cabanes dans les arbres), le logement social et la coiffure.

« Nous avons un partenariat avec L'Oréal. Pour le moment, nous avons installé un appareil dans une de leurs écoles à Paris. Si les retours sont positifs, nous en installerons aussi à Marseille, Lille et Nantes où le groupe a également des centres de coiffure et de formation ». S'ensuivrait un déploiement au sein des 3.000 salons, en France mais aussi aux États-Unis.

Au-delà de ces trois domaines d'application prioritaires, l'entreprise s'autorise aussi à répondre à des demandes émanant de salles de sport - elle équipe une salle de sport Keepcool à Nantes -, de blanchisseries, ou encore de piscines municipales, celles-ci étant contraintes de se débarrasser d'une certaine quantité d'eau chaude chaque jour.

Plusieurs scenarii de production en fonction de la demande

Pour répondre à la demande à venir, l'entreprise imagine différents scenarii concernant la production des machines. Pour l'heure, elle s'appuie sur un « modeste atelier toulousain » qui lui permet de produire 50 machines par mois. Au-delà, elle envisage de s'appuyer sur une entreprise parisienne qui lui permettrait de répondre à une demande de 500 à 1.000 unités mensuelles. Ensuite, « nous pourrions avoir notre propre atelier ». Voire plusieurs ateliers, proches des lieux de consommation pour une approche plus circulaire.

A long terme, un partenariat avec un fabriquant de chauffe-eau n'est par ailleurs pas à exclure.

Mais d'ici là, l'enjeu est d'évangéliser le marché. Car « il y a très peu de solutions pour récupérer la chaleur de l'eau. Celles qui existent s'adressent à l'industrie et relèvent plutôt du bricolage ». Ce qui - c'est le bon revers de la médaille - laisse à la startup d'importantes perspectives de déploiement.

Mailler le territoire et renforcer la R&D

Un déploiement qui doit passer par des recrutements. L'équipe compte pour l'heure, en plus de son fondateur, 3 ingénieurs. « A terme, on aimerait avoir des commerciaux sur différentes zones avec un ou deux techniciens selon les besoins ». La recherche et développement devrait aussi faire l'objet d'embauches pour se renforcer et répondre au mieux aux demandes de solutions sur mesure qui doivent représenter 20 % de l'activité. « Nous avons par exemple été sollicités par une usine de pasteurisation qui chauffe de l'eau à 93°C ». Eau qu'ils ne peuvent évacuer en l'état car trop chaude. D'où l'intérêt de récupérer sa chaleur. « Il s'agit d'une demande spécifique mais si nous parvenons à y répondre, nous pourrons ensuite aller voir toutes les entreprises qui font de la pasteurisation ».

Autres pistes de développement : la transformation du format du chauffe-eau utilisé dans les salles de bain pour pouvoir l'intégrer directement dans la douche, et pousser plus encore la logique de gain de place. Qui plus est, la solution pourra être améliorée grâce aux données collectées par l'application associée au dispositif. Application qui sert par ailleurs à fournir aux consommateurs des informations sur leur consommation d'eau chaude.

L'an prochain, la startup espère réaliser un chiffre d'affaires de 800 000 euros. Puis 2,3 millions en 2023 et 5 millions à horizon 3 ans.

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