Spécialiste de la détection des pathologies de la vigne, RGX Systems prêt à attaquer le marché

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(Crédits : DR)
En associant l’imagerie spectrale à l’intelligence artificielle, l’agritech basée à Sophia Antipolis s’attaque à la flavescence dorée, pathologie de la vigne à l’origine d’importantes pertes de récoltes. Après trois campagnes d’acquisition de données, elle finalise la phase expérimentale de sa solution pour une mise sur le marché espérée à la fin 2021.

Dans le domaine de l'agriculture de précision, où la data est reine, il y a ceux qui regardent d'en haut, à partir de drones ou de satellites, et ceux qui regardent d'en bas, au plus près des plantes. C'est le cas de RGX Systems, lauréat du prix spécial Jeune Pousse du concours Natur'Tech 2020 organisé par le pôle de compétitivité Innov'Alliance, pour qui "seule la proxidétection pourra résoudre la problématique de détection des pathologies de la vigne". Une niche - les maladies - dans la niche - la viticulture - sur laquelle s'est focalisée la jeune pousse azuréenne créée en juillet 2018 par Boyan et Alexandre Nedeltchev. Un segment de marché porteur quand on sait que "près de la moitié du vignoble mondial est contaminé par un virus, une bactérie ou un parasite". Au point que certains se demandent si l'on pourra encore boire du vin en 2050, entre réchauffement climatique, recours aux pesticides et maladies en tout genre...

Deux technologies associées

Hébergée au Village by CA à Sophia Antipolis, l'agritech s'intéresse donc au processus de détection des pathologies du vignoble qu'elle cherche à automatiser. L'idée : associer la technologie de l'imagerie spectrale à celle de l'intelligence artificielle et du machine learning. La première, embarquée dans des capteurs positionnés directement sur les engins agricoles, permet de voir au-delà des capacités de l'œil humain et, par exemple, "de déterminer l'état physiologique ou chimique d'une plante", explique Alexandre Nedeltchev. Les données récoltées sont ensuite analysées par la seconde de façon "à restituer une cartographie, pied par pied, de l'état phytosanitaire de la parcelle". Et ainsi, apporter au vigneron toutes les informations nécessaires à la prise de décision qui, pour certaines maladies, se limite malheureusement à l'arrachage du pied contaminé.

Haro sur la flavescence dorée !

C'est le cas de la flavescence dorée, première cible de RGX Systems. "C'est une épée de Damoclès sur la tête des vignerons, souligne le dirigeant, car incurable et à la croissance exponentielle". Très réglementée et surveillée, "elle n'est présente qu'en Europe, sur environ 1 million d'hectares, soit 15% du vignoble mondial." "En France, reprend-il, 75% du vignoble entre dans le périmètre de lutte obligatoire" contre ce fléau à l'origine de pertes de récoltes importantes. L'enjeu est donc d'en détecter la présence au plus tôt.

A cet égard, les vignerons n'ont que deux moyens à leur disposition : la prospection à pied, plutôt efficace mais très chronophage et mobilisatrice de ressources, et depuis quelques années la détection par drone, jugée toutefois "peu adaptée à la spécificité de la détection des pathologies du vignoble". RGX Systems se présente donc comme une solution alternative, qui cumulerait les avantages des deux offres, l'efficacité d'une part, l'automatisation de l'autre. "Ce qui nous différencie, c'est aussi l'absence d'interférences de notre solution avec le processus de l'utilisateur qui peut donc acquérir des images quand bon lui semble, sans contraintes de météo, ni d'autonomie. Le vigneron gagne ainsi en efficacité, optimise sa prise de décision et évite des pertes de production", argumente Alexandre Nedeltchev.

Commercialisation en 2021

Lancée en 2018, la solution finalise actuellement sa phase d'expérimentation, avec dans son escarcelle trois grandes campagnes d'acquisition de données durant les vendanges 2018, 2019 et 2020. "En trois saisons, nous avons triplé le nombre de parcelles, le nombre d'hectares et le nombre de cépages couverts", relève-t-il. Essentiellement dans les Bouches-du-Rhône et le Var mais aussi en Camargue et en Champagne. Avec, comme premiers résultats, "de très beaux taux de détection, supérieurs à 80% sur pas mal de parcelles". L'objectif évidemment est d'atteindre les 100% avant une commercialisation programmée à la fin 2021.

A ce sujet, la start-up travaille sur une approche complémentaire qui consiste à détecter la maladie avant l'apparition des symptômes, visibles entre un et cinq ans après l'infection, en se concentrant aussi sur l'élément vecteur de la flavescence dorée, petit insecte suceur dénommé cicadelle. "Cela permettrait de réduire considérablement le recours aux pesticides". Il s'agit également d'universaliser l'algorithme afin qu'il corresponde au plus grand nombre de cépages. Pour se faire, l'entreprise de 3 personnes a relancé, dès septembre, sa démarche de levée de fonds mise entre parenthèse en raison du confinement. L'objectif : recruter des profils d'ingénieurs, agronomes comme informatiques, pour avancer plus vite, plus fort. Et commencer à adapter son offre à d'autres pathologies de la vigne, en l'occurrence, celles liées aux maladies du bois qui "à elles-seules contaminent 20% du vignoble mondial".

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