Qista, spécialiste de la lutte contre les moustiques, s'envole à l’international

Basée à Aix-en-Provence, la startup a développé des bornes qui piègent et tuent les moustiques sans nuire aux autres espèces. Un outil qui s’adresse aux collectivités et au grand public, particulièrement réceptif pendant le confinement. Portée par cet élan, la jeune pousse souhaite se renforcer à l’export. L’innovation est aussi au cœur de sa stratégie.
(Crédits : Reuters)

Pénible pour certains, le moustique est pour d'autres un véritable enjeu de santé publique. Dengue, paludisme, chikungunya, Zika... ces maladies qu'il véhicule sont responsables de 750 000 décès par an à l'échelle mondiale. Ce qui en fait le premier prédateur de l'Homme.

Pour s'en protéger, de nombreuses solutions existent, du bâtonnet de citronnelle au biocide en passant par les huiles essentielles et autres répulsifs. Mais il faut souvent choisir entre efficacité et innocuité. Longtemps promu comme la solution bio la plus pertinente, le Bti, une bactérie larvicide, a finalement été remis en cause par différentes études dont une de la Tour du Valat, en Camargue. Une étude qui a motivé la création de Qista par Pierre Bellagambi et Simon Lillamand.

"Dans les opérations de démoustication, ces bactéries sont épandues dans l'eau", explique Pierre Bellagambi, co-fondateur de l'entreprise. "Elles sont consommées par les larves de moustiques qui subissent alors une explosion de leur système digestif. Le problème, c'est que la molécule est également consommée par d'autres insectes à l'état larvaire comme le chironome", un proche cousin du moustique. Avec un impact sur toute la chaîne alimentaire. "De plus, quand une bactérie est ingérée par d'autres animaux, la qualité de vie de ces derniers est détériorée, ils sont en moins bonne santé et leurs capacités de reproduction sont altérées". Une étude du CNRS s'interroge même sur un possible lien de causalité entre l'utilisation de ce type de biocides et le développement de maladies digestives chez l'Homme, type malade de Crohn.

Une borne pour particuliers et collectivités

Face à ces résultats inquiétants, les deux ingénieurs s'affairent pour trouver une manière de démoustiquer qui soit plus respectueuse de l'environnement. Au terme de deux années de recherche, ils mettent au point une borne capable de simuler la respiration humaine. Le moustique assoiffé de sang chaud est attiré par la borne où il se retrouve piégé.

C'est au Sambuc, en Camargue, que la solution est expérimentée à grande échelle, entre 2015 et 2018. Avec un taux de nuisance réduit de 88 %, elle présente une efficacité similaire au Bti, l'impact environnemental en moins.

Sans attendre ces résultats, la startup s'est déjà lancée sur le marché des particuliers où elle rencontre un fort succès. La preuve de son efficacité lui ouvre ensuite les portes des collectivités locales. A Hyères, on commande 157 bornes à l'été 2019. Ce qui ne manque pas de convaincre les riverains de s'équiper personnellement. Et parfois, c'est l'inverse. "A Grenoble, ce sont des particuliers qui ont manifesté leur satisfaction auprès des collectivités pour qu'elles s'en procurent". D'où l'intérêt d'avancer sur les deux fronts en même temps.

En 2016, Air Liquide et Thierry Dassault investissent pour soutenir le développement de la jeune pousse. C'est le début d'une croissance à toute vitesse. Le chiffre d'affaire passe de 350 000 euros en 2016 à un million en 2018, avant de doubler en 2019. "Cette année, nous avons déjà atteint les deux millions", se réjouit Pierre Bellagambi. Car loin d'en ralentir l'élan, le confinement a nourri la demande des particuliers. "Les gens se sont retrouvés confinés avec des moustiques". Alors que ce marché représente généralement 43 % de son chiffre d'affaire, il en représente cette année 65 %.

De grands projets à l'international

Portée par cet élan qui la pousse à investir constamment pour augmenter ses capacités de production, la jeune pousse de 37 salariés peut avancer sereinement à l'international où elle est déjà présente dans treize pays. "Nous vendons nos bornes en Afrique, en Europe, au Sri Lanka..."  Avec notamment un gros projet au Sénégal où plus d'une centaine de machines seront installées dans le sud du pays, en partenariat avec le Plan national de lutte contre le paludisme, le ministère de la Santé et le ministère français de l'Economie. Il est aussi question de s'installer plus solidement en Amérique du Nord. "Nous sommes en train de définir un lieu où poser une filiale de l'entreprise pour assembler sur place".

Pour s'imposer, Qista mise aussi beaucoup sur l'innovation. Depuis deux ans, elle a doté sa borne de nouvelles facultés. "Chacune est en mesure de fournir des rapports sur les captures avec une géolocalisation du système, les mouvements météorologiques autour du piège. En cas de forte affluence, on peut chercher à en expliquer l'origine. Ce peut être des eaux usées mal évacuées, un chantier avec de l'eau stagnante ou un phénomène naturel. Une fois la cause identifiée, on peut être proactif et traiter le problème à la racine". Faisant de la borne un véritable outil de politique sanitaire.

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