Augmenter la capacité de détection précoce des troubles cognitifs chez l’enfant sera déterminante pour accroître l’égalité des chances en milieu scolaire

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Si la capacité de détection des troubles cognitifs chez l’enfant va augmenter grâce aux initiatives du gouvernement, il va falloir du temps et des outils supplémentaires pour faire valoir la neuro diversité à l’école !

On pourrait commencer pour illustrer ce propos par ce fait divers, qui avait fait écho il y a un mois, dans une école communale de Saint-Éloi-de-Fourque. Une commune d'à peine 500 habitants située dans l'Eure où les médias avaient relayé, des faits de violences et d'incivilités dans une classe de CP-CE1. On décrivait alors une ambiance de chaos, des jets d'objets, de chaises, des insultes, des enfants traumatisés ne dormant plus, des parents dépassés et un maire ébahi...Un fait divers résonnant comme familier, pour nous professionnels qui travaillons dans la sphère des troubles cognitifs*.

Face à cet élan médiatique, l'Inspection académique avait alors dépêché sur place des experts pour établir un diagnostic de la situation et dans un communiqué, l'Académie de Normandie précisait que tout serait parti d'un élève, présentant des troubles du comportement*. « D'un cas simple, qui aurait pu être pris en charge correctement, on a laissé tout le monde dire qu'il s'agissait de 'racaille en CP/CE1' » s'était insurgée à juste titre Barbara Lefebvre, enseignante et chroniqueuse dans l'émission Les Grandes Gueules.* Une situation hors de contrôle, qui aurait pu être évitée si on avait pu/eu les moyens d'établir un diagnostic avant l'incident. Un récit qui n'est pas sans nous ramener cette semaine à l'actualité et l'annonce enfin, d'un décret modifiant le parcours de bilan et intervention précoce pour les troubles du neuro- développement.

Près de deux millions d'enfants touchés par des dysfonctionnements cognitifs et peu d'outils pour les diagnostiquer


Les chiffres sont importants : 20 à 25% des enfants ont aujourd'hui des dysfonctionnements cognitifs (Troubles de l'attention (TDAH), troubles 'DYS', et troubles du spectre autistique (TSA))*. Cela correspond à près de deux millions d'enfants et touche par conséquent trois millions de parents. Un enfant atteint de troubles de l'attention dans une classe, c'est un enseignant en difficulté. Il suffit qu'ils soient deux à présenter un seul ou plusieurs troubles du neuro-développement, pour que cela devienne rapidement compliqué. Alors, qu'est ce que l'on fait de ces 25% d'enfants? Leurs caractères invisibles les rendent particulièrement difficiles à identifier et donc à prendre en compte. Est-ce que cela fait d'eux des enfants moins intelligents? Non, bien au contraire. Est ce que l'on a besoin de les aider pour qu'ils arrivent au même niveau que les autres? Oui. Mais dans cette sphère, il n'y a malheureusement pas assez de détection suffisamment tôt, comme le démontre ce cas à Saint-Eloi-de-Fourque. C'est l'errance diagnostic, les neuro-spécialistes ne sont pas assez nombreux, et de surcroit dans les zones en déserts médicaux, le personnel adéquat manque cruellement. La crise sanitaire avait ralenti en 2020 le déploiement des PCO TND* mais la journée mondiale de l'autisme a permis au gouvernement de venir s'exprimer cette semaine à nouveau sur sa stratégie pour mettre fin à la confusion entre l'autisme, le TDAH ou les troubles Dys. Le nouveau décret n° 2021-383 du 1er avril 2021 vient compléter les premières mesures qui avaient été prises.

Des pistes de solutions

Le repérage et la prise en charge précoces des dysfonctionnements cognitifs chez l'enfant constitue une priorité de santé publique, qui fait l'objet, depuis 2001, d'un plan interministériel (Santé, Éducation nationale). Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre depuis 2017, chargée des personnes handicapées travaille à faire avancer ce sujet, avec toutes les associations, les professionnels de santé qui l'entourent. Jamais un gouvernement n'aura pris autant à bras le corps ce dossier. Ce nouveau décret va permettre la détection précoce et la prise en charge au plus tôt (sans attendre un diagnostic spécialisé) des enfants à risque de troubles du neuro-développement. L'action des plateformes de coordination et d'orientation est étendue aux enfants de 7 à 12 ans et leur nombre multiplié par deux. Il devrait faciliter la vie des parents et leur permettre d'accéder à une prise en charge coordonnée et financée. Aujourd'hui, d'après l'excellente étude IPSOS de 2020 sur 20,000 personnes, 76% des repérages des troubles se fait soit par les parents ou bien les écoles et 14% seulement par les professionnels de santé, démontrant que les solutions d'accompagnement manquent au rendez-vous*. Un premier espoir d'une améliora0on constante de la vie de tous vient de se me4re en place.

Le digital comme sortie possible

En effet, s'il est important de ne pas catégoriser les enfants atteints de troubles cognitifs, nous ne devons pas dans le même temps les laisser dans l'ignorance, sous peine d'accroitre les inégalités. La détection doit être une priorité afin de pouvoir leur venir en aide. Sensibiliser les enseignants à ces sujets là est une mesure obligatoire. Il faut pouvoir détecter les enfants le plus tôt possible, à l'école ! Même si le projet actuel en déploiement avec des Plateformes d'Orientations et de Coordination dans les départements est une excellente nouvelle, force est de constater que les médecins sont débordés et il semble impossible de résorber cette demande. Utiliser le digital et les nouveaux outils sur la détection, pour un repérage systématique à l'école serait la meilleure combinaison possible pour très vite désengorger les PCOs* et donner des outils aux enseignants, parents et enfants très tôt pour une vraie compréhension. Il faut réussir à apporter le meilleur de la technologie, des sciences cognitives dans les écoles pour pallier à cette pénurie de professionnels de santé, en attendant les vrais diagnostics des médecins. Les outils technologiques et l'innovation peuvent être la clé pour contribuer au respect, à l'égalité des chances, et aux droits des personnes sur ce sujet. La surmédiatisation du fait divers de Saint-Éloi-de-Fourque doit nous amener à réfléchir sur l'intolérance de certains, qui pourrait contribuer à cacher les énormes progrès pourtant bien réels accomplis ces dernières années.

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Troubles cognitifs ou troubles neuro-développementaux (Troubles de l'Attention (TDAH), les troubles spécifiques de l'apprentissage, dont les 'DYS' (Dyslexie, Dyspraxie...), les troubles de la Communication, les troubles de la Coordination, les Troubles du Spectre Autistique).
*(source France Bleu)

*Source: Les Grandes Gueules du 5/03/2021

*Selon une études Ipsos/Délégation interministérielle menée sur 20 000 personnes : Détection et Remédiation troubles cognitifs
*PCOs: Plateformes de coordination et d'orientation
*TND: Trouble du neurodéveloppement

*Vincent Berge est également membre de Provence Business Angel et membre du Conseil d'Administration de HyperSupers, une association sur les TDAH (Trouble de l'Attention)

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Commentaires
a écrit le 09/04/2021 à 9:47 :
Oui voilà ce sont les humains qui sont malades et pas notre époque. Au secours tous les maniacs du bistouris se réveillent avec cette hystérie sanitaire !

"" La folie est quelque chose de rare chez l'individu ; elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples, les époques. " Nietzsche
a écrit le 09/04/2021 à 7:58 :
Les troubles cognitifs sont ils transmissibles des parents ( et lien des générations )vers enfants de 0-3 ans ?
Peut être qu’il faudrait renforcer la formation des pédiatres en incluant , une sensibilisation à la détection précoce des troubles cognitifs?

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