Blaise Rapior – DG Escota : « Nous croyons beaucoup au co-voiturage »

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(Crédits : DR)
Alors que la mobilité constitue l’un des enjeux à la fois de la ville, de l’aménagement urbain, de l’attractivité, elle intègre évidemment les volontés de transition écologique et d’innovation pour devenir plus verte. Une thématique qui modifie les stratégies et les business modèles. Co-voiturage, autoroute décarbonnée, investissement dans les nouvelles énergies sont donc des sujets que n’ignore pas le directeur général de la société d’autoroute, filiale du groupe Vinci, qui gère le réseau en Côte d’Azur. Il en fait même, dit-il, des motifs d’auto-disruption.

Avec une jolie enveloppe de 460 millions d'euros, la convention de financement signée en février dernier par l'Etat, la Région Sud et Vinci Autoroutes donne tout l'oxygène financier dont ont besoin 13 projets identifiés sur l'ensemble du périmètre de Provence Alpes Côte d'Azur. Des projets qui visent en rendre la mobilité plus facile, plus fluide, plus efficiente. Et en termes de marges de progression, il y a de quoi faire, notamment pour ce qui concerne le désengorgement des nœuds autoroutiers.

En Côte d'Azur, le gestionnaire du réseau autoroutier est l'une des filiales de Vinci Autoroutes, Escota, que pilote Blaise Rapior. Et le sujet de la mobilité verte, efficiente, innovante, c'est totalement son quotidien. « Il faut réaliser que l'essentiel de la mobilité en France est autoroutière », pointe-t-il. « En France, 85% des déplacements se font par la route ». Un pourcentage, étonnamment stable depuis les années 90. 2020, en revanche, année hors cadre, a davantage poussé la route comme moyen de déplacement, crise sanitaire oblige.

Les énergies et les technologies nouvelles, pour décarboner

Tous ces éléments pris en compte convergent vers une problématique centrale : la mobilité verte. « L'enjeu du 21ème siècle est celui de la décarbonation », confirme Blaise Rapior. Une mobilité, « élément essentiel de la vie économique, levier aussi d'ouverture vers le monde. C'est un lien d'épanouissement professionnel, économique, social, en particulier dans la mobilité du quotidien » Cela a mettre en balance avec les causes d'émissions CO2, « 1/3 provenant de l'industrie, 1/3 du logement - mais cela a tendance à baisser grâce aux performances techniques - le dernier tiers venant de la mobilité, et c'est une part plutôt en augmentation », complète le directeur général d'Escota, rappelant une donnée, très parlante - celle de 94% des mobilités provenant de la route.

« Si l'on cherche à véritablement traiter le sujet, alors il faut décarboner la mobilité routière. Comment faire ? En ayant des actions sur les émissions des automobilistes dans les embouteillages ».

La décarbonation passe donc par celle des motorisations. « Nous y croyons tellement que nous avons adapté notre flotte, avec 50% de véhicules électriques. Nous nous sommes dotés de notre propre réseau de bornes et ça fonctionne en exploitation », précise Blaise Rapior pour qui impossible de prôner une mobilité verte si ce n'est pas pour se l'appliquer soi-même. Et qui dit voir très bien un « horizon pour le véhicule léger avec des offres de la part des constructeurs et un schéma de déploiement de bornes ambitieux ». Côté poids lourds - ils contribuent aussi aux défis de la mobilité, Blaise Rapior reconnaît que le degré de maturité n'est pas le même que pour le véhicule léger. Mais que les carburants d'avenir, dont fait partie l'hydrogène, laissent apparaître une capacité à être opérationnel à grande échelle, à horizon de plus de dix ans. Les énergies nouvelles sont aussi matière à test, comme en ce qui concerne le gaz naturel avec un filigrane, la question de « quelles vont être les technologies nécessaires à la mobilité de demain ? »

Escota A8

Mieux organiser la multimodalité

La densification des usages de la route représente un autre défi. Ou comment faire conjuguer plus de voyageurs sur la route mais moins de production de CO2. La réponse s'appelle (entre autres) co-voiturage ou bus sur la route. « Nous devons travailler sur cet axe là », insiste Blaise Rapior. D'ailleurs le projet de Car à Haut Niveau de Service qui empruntera l'A8 pour desservir et désengorger la technopôle de Sophia-Antipolis figure parmi les 13 projets objets de la convention signée en février.

« Il nous faut organiser la multimodalité, cela passe par des pôles multimodaux, l'ajout d'un service de type métro, tram et ce bus sur autoroute », estime Blaise Rapior. Qui reconnait aussi qu'en France, on est plutôt frileux encore sur ce point, mais que les expériences menées, comme celles pilotée par Vinci sur l'A10 en Ile-de-France peuvent faire la preuve du concept et tâche d'huile.

Ces révolutions à venir

Sur ce plan - mais aussi sur le thème de la mobilité verte - l'apport innovant des startups est particulièrement guetté. Certaines d'entre elles se sont d'ailleurs assez vite positionnées sur le covoiturage par exemple. « C'est un outil pour abaisser le coût des mobilités. Il est plus performant, collectivement, sur le long terme. Le covoiturage courte distance pose le problème de la captation d'un modèle économique. Nous avons tenté des expérimentations sur le covoiturage dynamique, que nous reprendrons dès la sortie du contexte sanitaire », explique Blaise Rapior. Qui pointe deux révolutions à venir. Celles du rapport à la possession d'un véhicule automobile et celle du véhicule autonome, dont « la principale plus-value est celle du gain de temps du chauffeur ».

Autant de changements de paradigmes à intégrer dans les stratégies à venir. Et qui obligent, en quelque sorte, « à nous auto-disrupter ».

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Commentaires
a écrit le 11/03/2021 à 13:20 :
Hum vu comme ils adorent leurs bagnoles allemandes dans cette région, vu le temps et le fric qu'ils y passent, y faire monter des étrangers ne doit pas y être une volonté farouche quand même hein...

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