« Le FRAC contribue aux enjeux de cohésion sociale, attentif aussi aux inégalités économiques et environnementales » (Caroline Pozmentier, FRAC)

ENTRETIEN - Depuis presque douze mois, elle préside le Fonds régional d’art contemporain, dont le bâtiment installé au cœur de Marseille, ne laisse pas indifférent. Mal connu, cet outil, véritable levier sociétal, est pourtant stratège et s’inscrit notamment comme un élément de la politique de la ville. Où l’éducation, le soutien actif aux artistes, l’ouverture intellectuelle comme au monde économique sont autant de sujets d’attention, qui dessinent aussi une feuille de route particulièrement riche.
(Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Vous êtes arrivée à la présidence du Fonds Régional d'art contemporain en septembre dernier, conseillère régionale élue sur proposition de Renaud Muselier. Une nouvelle mission où on ne vous attendait pas forcément...

CAROLINE POZMENTIER - C'est un nouveau challenge dans mon parcours de femme engagée, d'élue locale. Depuis toutes ces années j'ai toujours travaillé dans la transversalité, le partenariat et la co-production, pour que les politiques publiques soient avant tout au service du citoyen et puissent restaurer la confiance dans l'action des institutions. Les FRAC - il en existe 23 en France - ont été créés en 1982, sur la base d'un partenariat Etat-Région, c'est une grande idée décentralisatrice, qui s'est développée au cœur des territoires et qui doit être mieux connue du grand public. Au moment où se joue un nouvel acte de décentralisation adapté à chaque territoire, le FRAC est une idée à suivre ! Le FRAC a pour mission de constituer une collection publique d'art contemporain, de les diffuser auprès des tous publics et d'inventer des formes de sensibilisation à la création actuelle. Le principe de mobilité attaché au FRAC, avec ses nombreuses actions « hors les murs » fait de lui un acteur indispensable de la politique d'aménagement culturel du territoire avec comme objectif de réduire les disparités géographiques et sociales et faciliter ainsi l'accès à l'éducation à l'art contemporain, aux arts visuels dans leur diversité auprès des publics les plus larges.

Le FRAC détient une collection de plus de 1.300 œuvres. Son bâtiment, conçu par l'architecte japonais Kengo Kuma fêtera ses dix ans cette année. Quelles sont les perspectives pour le FRAC ?

Le FRAC de notre région est un équipement exemplaire qui a reçu le premier, le label de mise en conformité délivré par le ministère de la Culture en 2018. Cette labellisation est issue d'un processus de concertation et de dialogue avec les réseaux professionnels et recouvre des enjeux forts. De la reconnaissance du projet des FRAC et des centres d'art à celle de leur rôle moteur, du professionnalisme des équipes de leurs compétences, en passant par la volonté de valorisation de ses missions, nous souhaitons ici ouvrir de nouvelles perspectives de développement. A travers le projet artistique proposé par sa directrice Muriel Enjalran « Faire Société », nous allons conforter le travail de diffusion et des projets dans une dynamique partenariale ainsi que renforcer sa mission de pôle ressource et son rayonnement au niveau local et international. Le FRAC Provence Alpes Côte d'Azur lieu totem dispose d'un fort niveau d'attractivité, faisons-le savoir auprès des acteurs privés et publics qui ne s'en sont pas encore approprié les enjeux. Nous travaillerons en direction de grands mécènes et serons présents dans les grands évènements pour tisser des liens et participer ainsi aux grands défis du monde qui vient.

Le FRAC est un outil de cohésion territoriale et d'éducation, si l'on considère ses actions hors les murs, notamment dans des zones où la culture est peu représentée. Quelles sont vos objectifs sur ce point ?

Nous sommes en présence d'un véritable laboratoire de réflexion et d'action pour penser et révéler, dans des périodes de crises mais aussi dans la proximité, le vivre ensemble et la richesse multiculturelle véritable patrimoine commun, qui nous le voyons, peut être très vite mis en péril. Depuis de nombreuses années le FRAC contribue aux enjeux de cohésion sociale attentif aussi aux inégalités économiques et environnementales auxquelles sont confrontés nos artistes et nos publics dans notre région forte de six départements aux physionomies diverses. Nous devons dans le cadre de la politique de diffusion de la collection, dans le cadre pédagogique aller de façon plus visible vers les publics éloignés pour des raisons géographiques et structurelles. Nous construirons des projets dans les « zones blanches » territoires ruraux et de montagne avec les parcs naturels et travaillerons avec les départements et les communes. Nous avons déjà signé des conventions, notamment avec celui des Bouches du Rhône et préparons les conditions de la nouvelle convention avec le département des Alpes de Haute Provence.

Pour autant il convient aussi dans les zones urbaines et les quartiers prioritaires de la ville de co-produire avec les associations, les éducateurs des projets artistiques. Du champ social à celui du handicap aux publics scolaires vous allez découvrir des projets très forts en direction de publics éloignés et empêchés. Nous ne négligerons pas non plus nos partenariats engagés avec la direction interrégionale des centres pénitentiaires, la protection judiciaire de la jeunesse... Vous voyez on retrouve-là un pan de mon action politique commencé dans d'autres domaines, l'art est un vecteur puissant qui peut rassembler.

En termes d'éducation, des projets pourraient-ils voir le jour au sein même du bâtiment ?

Le FRAC a signé une convention avec l'Education Nationale et Aix-Marseille Université, c'est la démonstration de notre capacité à partager les savoirs et à accompagner des publics jeunes. A ce titre je rappelle ici les actions innovantes qui seront mises en direction des lycées de la Région comme le dispositif « Trait d'Union » permettant aux élèves de relier le FRAC au MUCEM par un parcours de récits sur tablettes numériques. Le FRAC s'impliquera comme le fait la Région par la volonté de son président Renaud Muselier, dans d'autres actions emblématiques de la démocratisation de la culture et s'investira notamment dans le nouveau dispositif du Pass Culture en y prévoyant des interventions d'artistes.

Nous pouvons aussi citer ici le rôle majeur des médiateurs du FRAC qui accueillent et reçoivent à la faveur d'ateliers, des enfants de Marseille et de la Région. Aujourd'hui notre ambition est de faire de ce lieu un véritable lieu de vie ouvert à tous permettant la découverte, l'étude, la recherche et l'événementiel de se croiser et se nourrir les uns des autres.

Il en découle la volonté de permettre la gratuité de l'entrée toute la semaine nous y travaillons et solliciterons des partenaires pour y parvenir.

Quelle est votre politique en termes de prêts ?

Tout d'abord je précise que la collection du FRAC est publique et inaliénable et contient des trésors, elle est d'ailleurs consultable sur le site internet. Par an c'est en moyenne 400 mobilités des œuvres de la collection qui sont diffusées. Chaque année de nombreuses structures, qu'elles soient privées ou publiques, sollicitent le FRAC pour le prêt individuel d'œuvres de la collection. Par exemple en ce moment vous pouvez admirer un Joan Mitchell de 1981 de la collection au Musée d'art et d'archéologie de Valence qui était l'année dernière présenté à la Fondation Louis Vuitton. Le site internet du FRAC présente la collection et une carte des mouvements des œuvres. La diffusion concernant le prêt simple est gratuite mais avec une contribution forfaitaire pour le conditionnement bien sûr et le paiement du droit d'exposition à l'artiste. Avec la Région Sud et l'Etat nous mettons tout en œuvre afin qu'artistes et créateurs trouvent des conditions économiques les plus favorables à leur création et une juste rémunération. Il existe aussi les prêts d'œuvre dans le cadre de projet éducatifs et culturels pour lesquels les conditions varient en fonction des besoins. Nous avons des comités de prêts qui se tiennent afin d'étudier régulièrement les conditions favorables des sites pour accueillir les œuvres.

L'un des enjeux est le développement du mécénat. Quelles sont vos ambitions ?

Il s'agit en la matière de permettre aux acteurs économiques d'appréhender la mission de service public que représente le FRAC véritable interface entre création, éducation et rayonnement du territoire. Le partenariat avec les entreprises du territoire et nationales est naturel et peut correspondre à une vision sociale et responsable commune. Le FRAC est un outil d'accompagnement pour ces acteurs sur des thématiques sociétales touchant à l'innovation et à la recherche. Le FRAC met en œuvre des projets à fort impact social qui nous permettront de collaborer autour de l'éducation, de la transmission et de la création. Ainsi nous avons lancé en 2022 un chantier de refonte de notre politique de mécénat pour être accompagné dans la prospection d'entreprises ciblées par projets et reposant sur la dynamique évènementielle que nous portons en Région (Festival, Salons, Réseau Plein Sud) notamment sur les Olympiades culturelles et les jeux Olympiques de 2024. Dès 2023 notre club de mécènes sera bien développé autour de ceux qui nous ont déjà fait confiance. Le FRAC réfléchit aussi à l'horizon 2024 en partenariat avec « Mécènes des Sud » autour de projets de résidences d'artistes en entreprises reliés au projet des Olympiades Culturelles par l'entrée « Art et Sport ». Il faut comprendre que notre ambition rejoignant celle de la Région Sud et aux côtés de l'Etat est le soutien à la création artistique des arts visuels et la structuration de la filière régionale artisanale ou industrielle. Je rappelle ici que la Région Sud a créé dans ses OIR, ses Opérations d'intérêt régional, celle de « l'Industrie Créative et du tourisme », démontrant que notre territoire dispose d'une scène et de réseaux d'excellence et innovants en la matière.

Le FRAC PACA a été retenu pour l'Olympiade culturelle, qui reprend l'idée originelle du baron Pierre de Courbertin qui était de muscler autant le corps que l'esprit. Quel est l'enjeu de cette Olympiade sur le territoire ?

Oui, « un esprit sain dans un corps sain ». Le projet artistique prévoit, pour notre plus grande fierté, un axe autour des relations de l'art au sport avec l'ambition de croiser les publics et amateurs de deux disciplines qui forment un socle commun dans la perspective des JO de 2024, retenu par le COJO. Marseille est ville hôte pour les épreuves de voile, mais pas seulement, l'Olympiade culturelle a retenu une programmation à l'initiative du FRAC qui interroge ce lien entre l'art et le sport à travers les œuvres de 100 artistes français et internationaux où cohabitent fascination, critique et humour. Le MUCEM, le Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur et le Musée d'Art Contemporain (MAC) offriront une trilogie, au sein de ces trois lieux, intitulée Olympiques jusqu'en septembre 2024. Le projet du Frac est fédérateur, il rassemble et va permettre de donner au territoire un beau rayonnement à l'occasion des Jeux olympiques 2024. Ces projets sont possibles grâce au soutien de la Région Sud et du ministère de la Culture, et s'inscrivent pleinement dans le cadre de la politique culturelle régionale souhaitée par Renaud Muselier et sa majorité plurielle.

Un autre événement, la Biennale de la Joliette, en 2023, place le FRAC et son bâtiment comme un acteur au sein d'un quartier qui représente le futur de Marseille. Quel peut être son rôle dans un quartier en plein devenir dans sa phase II ?

C'est dans le projet artistique de Muriel Enjalran et nous allons l'accompagner pour le porter haut et fort collectivement. L'implantation au cœur du quartier d'Euroméditerranée du bâtiment du FRAC inauguré il y a presque 10 ans, doit être un marqueur fort pour envisager des passerelles entre les acteurs divers qui y vivent, y travaillent, s'y retrouvent.

Dans un contexte de crise sanitaire et environnementale, l'expression artistique dans nos villes sur l'espace public revêt un caractère de plus en plus fondamental. L'art dans l'espace public est un formidable vecteur de messages à plusieurs niveaux et dans une période de quête de sens et de remise en question de certains modèles socio-économiques, le dialogue entre stratégies urbaines et stratégies culturelles peut se révéler être un outil précieux pour prévenir les fractures et permettre à la ville d'être plus inclusive et conviviale. Il s'agit en effet pour la « Biennale » de poser un événement fédérateur au cœur du quartier de la Joliette en lien avec l'axe « autour de l'art dans l'espace public ». L'art comme levier d'attractivité pour faire monter en gamme le paysage urbain du quartier et lui donner une identité. Assumer dans les espaces publics une création tout-terrain : laisser la possibilité à toutes les formes d'interventions artistiques de prendre place dans la ville. L'art comme levier de convivialité c'est fédérer les usages de l'espace public éveiller et honorer la mémoire des lieux, permettre une appropriation du site. Je reviendrai sur ce magnifique projet qui fait à l'heure actuelle l'objet de réunions de concertations entre les différentes structures qui pourraient être engagées à nos côtés, mais je tenais à vous l'annoncer.

Quel futur rêvez-vous pour le FRAC PACA ?

Je rêve qu'il soit reconnu comme un « Objet Urbain-Objet Monde » exemplaire de diffusion et de soutien à l'art contemporain de notre territoire permettant aux artistes et aux publics de vivre heureux de leurs différences. Je rêve de voir ce magnifique bâtiment éclairé sans cesse, par la jeunesse de Marseille et de la région. Qu'ils soient visiteurs, acteurs dans les ateliers, étudiants, artistes et entrepreneurs d'aujourd'hui et de demain l'expérience FRAC doit les marquer et les convaincre de leur liberté et de leur valeur à illuminer le monde. Les FRAC auront 40 ans l'année prochaine, cette politique culturelle est unique et nous est enviée dans le monde entier alors je rêve de continuer à faire rêver le monde de l'art contemporain par le rayonnement d'un FRAC « Laboratoire Plateforme » de référence artistique de la région Sud Provence Alpes Côte d'Azur, véritable phare et trait d'union.

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