« Recréer une supply-chain demande du temps » (Marc Raiola, Club des entreprises Carros-Le Broc)

Vrai territoire d’industrie, la zone industrielle située dans le périmètre métropolitain de Nice Côte d’Azur fait face aux enjeux qui secouent le monde entreprenarial, entre hausse des coûts, de l’énergie et efforts pour relocaliser une production qui s’affranchirait ainsi des problématiques diverses d’approvisionnement. Un sujet de tous les jours, qui ne doit pas être l’arbre cachant la forêt de projets. Même si le dirigeant d’Interima et président du Club des entreprises alerte sur les freins tout en louant la capacité d’adaptation des entreprises, grandes et plus petites.

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(Crédits : DR)

Avec une hausse de 16,3% en un an, le recours à l'emploi intérimaire semble dire que l'économie résiste. Oui, dit Marc Raiola, le dirigeant de la PME Interima, spécialiste du travail temporaire, du recrutement et de la formation mais en édulcorant tout de même l'enthousiasme provoqué par ce chiffre. « La tendance a été favorable jusqu'au mois de mars, mais cela semble se calmer au mois d'avril, lié en partie à la guerre en Ukraine pour une partie industrielle et pour le bâtiment. Cela est aussi lié probablement à une pénurie de main d'œuvre qui s'est beaucoup accentuéeNous sommes plus circonspects pour les mois d'avril et mai qui annoncent un ralentissement de cette hausse ».

Si le BTP, qui, traditionnellement à recours à l'intérim, ne faillit pas de ce point de vue, le secteur du transport est le second secteur très consommateur de l'emploi intérimaire et cela étant lié pour le coup au boom de l'e-commerce et donc à la logistique, à la livraison du dernier kilomètre.

Savoir faire émerger les compétences cachées

Ainsi, si le contexte global semble favorable à l'emploi intérimaire, il n'en reste pas moins que la problématique du recours aux talents demeure entière. Ce qui pousse aussi les entreprises à être plus vigilantes dans le maintien des compétences qu'elles possèdent en leur sein. Une question qu'Interima a saisi et que la PME adresse via Interima Compétences, structure créée tout exprès. Laquelle a vocation à faire « émerger les compétences qui existent déjà chez nos clients. On a trop souvent tendance à vouloir se tourner vers l'extérieur sans forcément s'intéresser aux compétences qui existent en interne. Si l'un des salariés s'avère être un très bon entraîneur sportif, peut-être qu'il possède des capacités managériales que le dirigeant ne soupçonne pas ». Une façon de faire ressortir les soft skills ? « Une façon de faire ressortir les envies, une façon aussi de mieux former sur la prévention des risques professionnels pour éviter l'absentéisme ». Une mission qu'Interima Compétences mène en intervenant en entreprise, au contact des salariés.

Des entreprises industrielles en constante adaptation

Cependant la problématique du recrutement n'est pas le seul enjeu auquel sont confrontées les entreprises actuellement. Et Marc Raiola de prendre sa casquette de président du Club des Entrepreneurs de Carros-Le Broc pour appuyer sur la difficulté que rencontrent les PME, malmenées dans leurs activité et développement par la hausse des prix de l'énergie comme des matières premières. Avec une incidence directe sur les carnets de commande, « concrètement difficiles à honorer puisque les entreprises n'ont pas les matières premières ou les composants nécessaires, parce que les bateaux sont bloqués en Chine ou parce que ces matières premières venaient d'Ukraine... » Autre problématique, celle de la hausse des prix, qui met à mal les industriels. « Un boulanger industriel de la zone de Carros qui subit la hausse des prix du blé - de l'ordre déjà de 60% en début d'année - produit donc plus cher. Or, il n'est pas certain qu'il puisse répercuter cette hausse sur son prix de vente. Nous faisons donc face à une problématique de hausse du coût de production face à une rentabilité qui baisse. Cette année s'annonce particulière avec un ralentissement soit de la production, soit parce que les clients ne suivent pas. L'autre sujet est celui des délais de livraison ou de garantie des prix », note encore Marc Raiola, qui redit la capacité répétée des entreprises à s'adapter. « Il y aura forcément des répercussions pour les consommateurs finaux. L'inflation a décollé. Il y aura probablement des conséquences sur l'emploi, cela reste à déterminer ».

La situation aurait été différente, analyse Marc Raiola, si la guerre en Ukraine n'avait pas lieu et si la Chine ne s'était pas refermée. L'incertitude taraude donc les entreprises, qui tentent de trouver des moyens de compenser ces problématiques, en dénichant des fournisseurs au plus proche, en relocalisant. Mais « remettre en place une supply-chain, cela prend du temps ».

Territoires d'industrie, ralentit mais toujours actif

Premier Territoires d'industrie à avoir signé une convention liant industriels et acteurs publics, Carros subit le ralentissement du dispositif engendré par la crise, certes, mais par une élection municipale qui a du se rejouer. « Le processus est toujours actif, le Club est très attentif à cela ». L'expérimentation de la navette autonome, développée avec l'IMREDD, est en cours, malgré du retard. En manque de moyens encore aussi, le CFA, mais « nous sommes fiers d'avoir initié cette formation à Carros ».

« Nous travaillons également sur l'attractivité de la zone industrielle », sujet qui fait également partie de la réflexion engendrée par Territoires d'industrie. Car qui dit zone industrielle dit appétence moindre. A tort, estime Marc Raiola, rappelant les champions français et européens qui y ont leurs sièges, dont Malongo ou Virbac, qui figurent parmi les plus connus. « Carros possède de belles pépites, avec une diversité de secteurs, ce qui fait à la fois sa force - une solidité dans le temps - et sa faiblesse - car cela ne présente pas d'unicité de filière, comme les parfumeurs à Grasse, par exemple ». Carros et ses entreprises qui demeurent dans la prospective et se projettent, désireux de « continuer à faire vivre les projets ».

Un décideur économique, invité chaque semaine

Pour rappel, depuis ce début novembre, La Tribune et BFM Nice s'unissent pour proposer chaque semaine une chronique éco, baptisée Marseille Business, qui décrypte l'économie du territoire, ses enjeux, ses défis, les réussites et les problématiques. Tous les mardis, un invité vient apporter son éclairage sur une thématique précise.

BFM Nice Côte d'Azur est à retrouver sur le canal 31 de TNT régionale et sur les box au canal 285/518 (SFR), 374 (Orange) et 360 (Bouygues).

La chronique est animée par Celine Moncel pour BFM Nice et Laurence Bottero, rédactrice en chef du bureau Provence Alpes Côte d'Azur du quotidien économique La Tribune.

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