Hautes-Alpes recherche (2.400) compétences désespérément

Bien qu’il affiche un taux de chômage à 7,8%, soit mieux que la moyenne nationale, le département le plus montagneux de Provence Alpes Côte d’Azur et le plus haut en altitude de France n’échappe cependant pas à la pénurie de main d’œuvre. Avec, un dommage collatéral qui pourrait vite apparaître, celui d’un déséquilibre dans l’aménagement du territoire, pour causes de désertification de certaines zones. Un réel danger qui pousse les acteurs économiques locaux à faire cause commune via une plateforme qui promeut les 2.400 emplois disponibles alors qu’une campagne de communication est lancée sur les réseaux sociaux, avec l’objectif d’attirer les jeunes actifs.

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(Crédits : DR)

C'est une pénurie « que nous n'avons pas vu venir », constate Yvan Chaix. Une pénurie au long cours s'entend. Car, comme d'autres territoires, les Hautes-Alpes connaissent, occasionnellement un besoin en main d'œuvre qui n'est pas comblé. Sauf que, pour la première fois, celui-ci dure... trop.

« Nous avions connu des tensions ponctuelles », indique le directeur de l'agence d'attractivité mais celle qui secoue le département alpin est « massive et concerne tous les secteurs ».

Une plateforme unique comme portail d'entrée

C'est le BTP qui, le premier, a enregistré des tensions persistantes. Il faut dire que le secteur a aussi été le premier à sortir de la crise, à voir ses carnets de commandes se remplir, enregistrant une croissance de 11%, et à rapidement se trouver confronté aux difficultés de recrutement. 250 emplois sont par exemple à pourvoir actuellement, pour une filière qui compte 665 entreprises et 3.554 salariés.

Une situation suffisamment inconnue mais surtout inquiétante pour que la fédération du BTP 05 se rapproche de Pôle Emploi et de l'agence d'attractivité afin de réfléchir ensemble à la meilleure façon de résoudre la problématique, c'est-à-dire d'attirer les talents. Surtout que le BTP n'est pas le seul concerné. Tourisme, hôtellerie, agriculture, services à la personne, santé... tous les pans de l'économie haute-alpine sont concernés. Alors même que s'ouvre une saison hivernale exigeante en main d'œuvre, que 2 millions de touristes passent par les Hautes-Alpes chaque année, sachant que le département possède pas moins de 27 stations de ski dans son périmètre. Et qu'elles représentent un tiers de la richesse comme un tiers des emplois.

Du brainstorming commun est née la plateforme baptisée metiers.hautesalpes.net, qu'administre Pôle Emploi. L'idée étant de disposer d'un seul et même portail pour à la fois recenser les postes à pourvoir mais aussi pour aider à tout ce qui va avec un nouvel emploi comme le logement ou les services associés. Un point essentiel estime Yvan Chaix, pour lever les freins qui bloqueraient les venues nouvelles sur le territoire. « Les droits de mutation ont augmenté de 21,3% en 2021 », détaille le directeur général de l'agence d'attractivité. Qui estime que l'accès au logement constitue une pierre angulaire dans le procédé d'attractivité. « Il y a un effort à faire sur le logement, sinon les jeunes actifs ne viendront pas ».

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Contenir le déperchement

Les jeunes actifs qui sont, bien évidemment, la cible n°1 des acteurs économiques. Car si le territoire veut attirer, il veut attirer à lui sur le long terme, conscient que ce manque de compétences risque d'engendrer un dommage collatéral et pas des moindres puisqu'il pourrait, à terme, peser sur l'aménagement du territoire. « Nous assistons à un phénomène de migration interne, que nous appelons le déperchement. Les hautes vallées se dépeuplent, les actifs venant s'installer dans les bourgs où sont présents tous les services de la vie quotidienne », raconte Yvan Chaix. Une situation d'autant plus ubuesque que « d'habitude en France, les territoires se vident mais c'est à cause du manque d'emplois ».

Une situation qui pousse les acteurs économiques à penser une stratégie long terme. « Notre responsabilité est de faire changer cela », poursuit Yvan Chaix. « Se pose la question du logement, des services et de la logistique ». Il est aussi un peu question de stratégie gouvernementale car l'effet de concentration des services à contribué à accélérer le mouvement de déperchement. Sur ce point, les Hautes-Alpes ont l'écoute des services de l'Etat, et on rappellera au passage que le secrétaire d'Etat à la ruralité, Joël Giraud est originaire de Gap et qu'il a notamment été député des Hautes-Alpes jusqu'en 2020.

Et pour fixer les emplois sur le territoire, il faut aussi être meilleur en termes de formation.  « Nous avons eu une initiative de réaction en créant la plateforme commune, mais nous sommes aussi dans la mise en place d'actions plus structurelles. Nous voulons insister sur les formations qui ne correspondent plus aux attentes des entreprises. Pour cela nous mettons toutes les parties prenantes autour de la table. Le but est aussi d'ancrer des formations sur le territoire car, les jeunes qui partent se former ailleurs, occupent leur premier emploi souvent pas très loin de leur lieu de formation et ne reviennent pas, immédiatement, dans le département ». Le but serait de réitérer ce qui avait été fait avec la filière aéronautique engendrant la naissance de Poly-Aéro et la mise en contact d'entreprises avec des jeunes... lesquels avaient fait le choix de s'installer dans les Hautes-Alpes.

Montrer la vraie vie

Et pour attirer les jeunes, il faut certes les former mais aussi leur donner envie. D'où cette campagne de communication qui est lancée sur les réseaux sociaux et les divers supports digitaux, mettant en situation les diverses filières, du tourisme, du BTP ou de l'agriculture. Une série de vidéos, mettant en scène ceux qui ont choisi de travailler dans les Hautes-Alpes sera bientôt disponible et vise à pousser l'effet identification. Insistant sur les opportunités d'emploi, certes, puisque c'est le nerf de la guerre, mais aussi sur la qualité de vie que propose le territoire alpin. Un argument qui compte (presque) autant.

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Commentaires 2
à écrit le 14/12/2021 à 21:45
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La problématique du territoire, c'est des loyers élevés dans les zones d'emplois avec des salaires peu élevés. On peut habiter à serres pour avoir un loyer plus bas mais pour aller à gap c'est 90 km A/R avec du 6.5 L/100 km pour un diesel c'est 10€ p...

à écrit le 14/12/2021 à 8:37
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AUGMENTEZ LES SALAIRES !!! Il faut le hurler ou quoi bon sang !?

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