Agriculture : le « gigantesque » défi du renouvellement des générations

EPISODE 1- En Provence-Alpes-Côte d’Azur, on estime que pour 100 agriculteurs qui quittent le métier, une cinquantaine s’installent. Une tendance que l’on retrouve peu ou prou à l’échelle nationale. A l’heure où les consommateurs et le contexte réglementaire avec la loi Egalim privilégient le local, après une épidémie qui a mis l’accent sur l’importance de l’autonomie alimentaire, une question se pose : qui pour nourrir la société de demain ? Le sujet inquiète les acteurs locaux et les oblige à concevoir diverses solutions pour lutter contre les deux principales causes de ce phénomène. A savoir l’attractivité du métier et la raréfaction du foncier.

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(Crédits : DR)

Il y avait déjà cette lame de fond en faveur d'une alimentation locale. Réputée plus saine, plus goûteuse, elle permet de faire vivre des producteurs locaux tout en réduisant la pollution liée au transport de denrées alimentaires. De la part des pouvoirs publics, une volonté de relocalisation est affirmée. Au niveau local, la création de projets alimentaires territoriaux (issus de la loi d'avenir pour l'agriculture de 2014) permet de faire travailler ensemble divers acteurs pour assurer une plus grande autosuffisance. Tandis qu'au niveau national, la loi Egalim encourage la restauration collective à opter pour des produits bio, locaux et labellisés. Les intentions sont posées.

Puis déferle l'épidémie de covid-19. Les supermarchés bondés. La crainte de manquer. On s'aperçoit que les échanges mondialisés peuvent s'interrompre brutalement. Confiné, on passe du temps chez soi, on cuisine, on a le temps de s'interroger sur ses approvisionnements. La vente directe de produits alimentaires connaît une accélération sans précédent. Un peu partout, on installe des drives paysans. On crée des places de marché numériques proposant les produits d'une multitude de producteurs et transformateurs locaux.

Qui pour répondre à la demande de produits agricoles locaux ?

D'après une enquête d'Opinionway pour Max Havelaar, 69% des Français considèrent que la crise économique et sanitaire signe la nécessité de changer nos modes de consommation en faveur de produits plus responsables, y compris locaux. Mais encore faut-il qu'il y ait suffisamment de producteurs pour répondre à cette demande.

Pendant la crise, pas de pénurie à signaler. L'offre n'a pas fait défaut. Mais qu'en sera-t-il dans 10 ans, où l'on estime que la moitié des agriculteurs auront pris leur retraite (source Draaf) ?

D'autant que le taux de renouvellement est insuffisant : 50 % pour Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ce qui signifie que pour 100 agriculteurs qui partent, 50 s'installent, assure Sébastien Bougerol, référent PACA des points accueil transmission mis en place par la Chambre d'agriculture régionale. Avec de grandes disparités selon les départements. « Du côté des Alpes, le taux est beaucoup plus haut : 96 % dans les Hautes-Alpes, 83 % dans les Alpes de Haute Provence. On est à 50 % dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse. Et à seulement 26 % dans les Alpes Maritimes ».

Pour Florian Pellegrin, président du syndicat des Jeunes agriculteurs PACA (qui représente 500 adhérents), le défi du renouvellement des générations est « gigantesque ».

Des métiers difficiles, qui relèvent d'un projet de vie global

A l'échelle nationale, on identifie deux causes majeures à ce phénomène. Parmi elles : un déficit d'attractivité des métiers de l'agriculture. « Ce sont des métiers difficiles », reconnaît Florian Pellegrin par ailleurs éleveur bovin dans les Hautes-Alpes. « Il y a plein d'avantages, mais c'est très prenant. Il faut voir ça comme un projet de vie avec des investissements parfois lourds ».

Un projet de vie qui implique souvent d'habiter en milieu rural. Or, comme l'observe Sébastien Bougerol :« il y a un problème d'attractivité des zones rurales. Il faut des services publics. Aujourd'hui, les agriculteurs ne veulent pas s'installer à la campagne s'ils se retrouvent trop loin de l'école de leurs enfants et des hôpitaux. Dans l'est des Alpes de Haute-Provence, où le climat est rude, il y a peu d'installation ».

Parmi les secteurs les plus concernés : l'arboriculture et l'élevage laitier

Aussi, en fonction des cours et des conditions climatiques, certaines filières sont plus en difficulté que d'autres. « L'économie de la production entre beaucoup en compte », explique Philippe Lauraire (Safer PACA). « Depuis quelques années c'est assez difficile dans l'arboriculture qui a souffert de la concurrence étrangère et des épisodes de gel ». Il relève également depuis 2 ou 3 ans une inquiétude grandissante pour le Vaucluse, département le plus agricole de la Région qui compte 31 % des exploitants agricoles de la région et où 40 % des effectifs devraient partir en retraite d'ici 5 ans.

De son côté, Florian Pellegrin, le président des Jeunes agriculteurs, pointe « une déprise totale » dans un secteur qu'il connaît bien, celui de la production laitière. « Nous ne sommes pas une grosse région de lait. Et pour les ovins, il faut faire face au problème de la prédation. Dans les Hautes-Alpes, il y a quelques années, un jeune sur trois qui s'installait le faisait dans l'élevage ovin. Aujourd'hui, ils ne sont plus que quelques pourcents. Mais la demande est là. Peut-être que ça finira par s'améliorer ».

Une agriculture globalement attractive... mais où le foncier se tarit

Malgré ces particularités, la région parvient globalement à attirer grâce à son climat et à une agriculture relativement en phase avec les nouveaux modes de consommation. En PACA, le circuit court concerne 38 % des exploitations ; un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale qui est de 21 %. 25,8 % des surfaces agricoles sont engagées dans l'agriculture biologique, ce qui place la région au premier rang national. S'ajoute à cela la coexistence d'une trentaine de labels de qualité hors vin et alcool (AOC, AOP, IGP) qui permettent de mieux valoriser la production.

« Je constate encore une forte appétence pour ces métiers », observe ainsi Philippe Lauraire, directeur général adjoint de la Safer PACA. « Moins sur les filières traditionnelles, c'est vrai. On constate également une baisse des inscriptions en lycée agricole. Mais il y a un tas de porteurs de projets avec des profils nouveaux, sur un modèle périurbain, avec des modes de production qui privilégient le bio, ou les principes d'agroforesterie. Il y a par exemple beaucoup de projets dans la vigne ».

Même constat pour Chloé Ribolla, élue référente à l'installation et à la transmission au sein de la Chambre d'agriculture des Bouches du Rhône. « Il n'y a pas de pénurie de candidat ». Pour elle qui rencontre de nombreux porteurs de projet, le principal frein au renouvellement des générations est ailleurs. « Lorsqu'ils nous présentent leur projet d'installation, on leur dit que c'est faisable mais qu'ils devront s'armer de patience parce qu'il faut parfois 2 à 3 ans avant de trouver un terrain ». Une attente qui génère parfois des abandons. Car en région et en particulier le long du littoral, le foncier agricole est devenu une denrée rare.

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