« Là où la frontière entre la droite et l’extrême-droite est poreuse, l’extrême-droite l’emporte » (Christèle Lagier, Université d’Avignon)

Avec 20 candidats élus sous l’étiquette Rassemblement National au second tour des Législatives, Provence-Alpes-Côte d’Azur fournit au parti présidé par Jordan Bardella près du quart de la totalité des députés qui siègent au Palais Bourbon. Une montée du RN qui ne surprend pas tant dans le Sud et qui puise ses raisons dans plusieurs facteurs comme l’explique la chercheuse et maitresse de conférence en science politique à l’Université d’Avignon.

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(Crédits : Reuters)

Alors que les députés RN s'installent ce 22 juin au Palais Bourbon, les résultats du parti présidé par Jordan Bardella au second tour des Législatives constituent ce qui est considéré comme une surprise, alors que les résultats, dans leur ensemble, placent la France dans un contexte compliqué.

Pourtant ce résultat ne surprend pas tant que cela Christèle Lagier. Maîtresse de conférence en science politique à l'Université d'Avignon, cette chercheuse et auteure de deux ouvrages sur l'ex-FN et le populisme souligne que c'est la traduction législative des résultats obtenus au soir du 19 juin qui est à retenir. Car « l'enracinement du parti est documenté depuis longtemps » et n'est « pas surprenant » sur les territoires fort contributeurs en députés RN, à savoir le Var et le Vaucluse, avec respectivement, 7 et 4 députés. Des départements qui ont déjà connu des maires encartés extrême droite - comme Orange ou Toulon - dans le passé, ou actuellement - comme Fréjus - dont le Premier magistrat, David Rachline est également vice-président du RN. Le Vaucluse qui a fait de Marion Maréchal une députée - la seule de la XIVème législature - de 2012 à 2017.

Certes, l'élection de 5 députés dans les Bouches-du-Rhône et de 3 députés dans les Alpes-Maritimes étonne davantage mais pour Christèle Lagier, même motif, même conclusion.

Et l'une des raisons tient dans « la porosité forte entre l'électorat de droite et l'électorat d'extrême-droite, avec des électeurs qui votent de façon intermittente et avec une forte volatilité ». Comprendre des électeurs qui ne votent pas RN à chaque élection, des électeurs qui peuvent aussi ne pas voter lors de certains scrutins. D'ailleurs, souligne Christèle Lagier, « il faut considérer l'abstention massive qui signifie que 50% du corps électoral ne s'est pas exprimé ».

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Zemmour et l'effet verrou qui saute

« La montée de l'extrême-droite est un problème de la droite », dit la chercheuse. « La droite a disparu de l'offre politique. Les offres portées par Les Républicains sont concurrencées par celles portées par le Rassemblement national ». Tout commence en 2017, souligne-t-elle, lorsque François Fillon ne se qualifie pas pour le second tour de l'élection présidentielle. Avec comme conséquence, un repositionnement majoritairement des électeurs de droite vers Emmanuel Macron, quand 20% d'entre eux font tout de même le choix du RN. « La première déperdition des voix de droite vers l'extrême-droite commence en 2017 » dit Christèle Lagier, soulignant que lors de la campagne présidentielle de 2022, c'est la candidature d'Eric Zemmour qui va concentrer les craintes de voir l'extrême l'emporter, détournant en quelques sortes, l'attention habituellement tournée vers Marine Le Pen. Et c'est là où se joue un autre moment de bascule. « Une partie de l'électorat de droite a voté Eric Zemmour au premier tour de l'élection présidentielle, ce qui, a contribué à faire sauter une sorte de verrou » et à voter RN avec moins d'état d'âme. « La droite a de la peine à tenir son extrême droite ».

Car il existe, dans la droite, une frange très à droite. « La droite populaire initiée par Thierry Mariani au sein des LR a été un mouvement suivi » rappelle Christèle Lagier. Thierry Mariani qui s'est rapproché, depuis, du Rassemblement national. Si l'électorat d'Emmanuel Macron s'est droitisé, fait remarquer Christèle Lagier, Marine Le Pen apparaît, au final, comme la représentante de la vraie droite.

Un ADN plus présidentiel que législatif

Mais intrinsèquement, pourquoi le vote extrême-droite, est-il si ancré en Provence-Alpes-Côte d'Azur ? « Il existe un rapport à la décolonisation, une part de l'Histoire compliquée. Provence-Alpes-Côte d'Azur est aussi une région assez inégalitaire avec une population qui ne considère pas toujours bien l'immigration ».

Mais, redit encore Christèle Lagier, « la droite a abandonné le terrain et s'est perdue. Le RN prend l'espace qu'on lui laisse. Ces résultats montrent l'incapacité de la droite à faire de vraies propositions politiques, qui se met en opposition plutôt que de faire des contre-propositions à des programmes politiques ».

Le succès du RN au scrutin législatif peut-il se comparer à la montée des extrêmes telle que vécue dans d'autre pays comme l'Italie ? « La progression de l'extrême-droite est un sujet européen, avec des succès inégaux cependant. Si le résultat du RN aux élections législatives va apporter une manne financière au parti, c'est la confrontation législative qui va faire la preuve. Et il n'est pas certain que cela soit dans l'ADN du parti qui s'est majoritairement focalisé sur la Présidentielle. Existe aussi la question de la formation. Qui est plutôt une culture de gauche ».

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