Quelle stratégie de différenciation pour E-Scopics, le Spotify de l’échographie ?

Installée à Aix-en-Provence, cette startup développe un système d’échographie dématérialisé afin de démocratiser ce type d’imagerie de plus en plus plébiscité. Mais la stratégie de différenciation ne s’arrête pas là : l’entreprise se pose aussi en plateforme de test pour les nouveaux biomarqueurs développés en laboratoire. Biomarqueurs qu’elle peut ensuite proposer à ses clients via son interface.

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(Crédits : DR.)

D'un échographe classique, E-Scopics n'a gardé que la sonde qui tient dans une main. Le reste de l'appareil a été entièrement dématérialisé sous forme d'une « interface numérique extrêmement simplifiée » résume Claude Cohen-Bacrie, PDG de l'entreprise.

Cette simplification va de pair avec une plus grande facilité d'utilisation et un coût moindre comparé à un échographe classique. Car l'ambition est bien de démocratiser auprès d'un large panel de spécialités médicales ce type d'imagerie, l'échographie étant de plus en plus plébiscitée en raison de son innocuité (absence de radiation) et de ses performances en constante amélioration.

Pas question pour autant d'aller sur le créneau des échographes miniaturisés, ceux-ci proposant une moindre performance. "Nous avons la volonté d'amener l'échographie ultra light vers une performance premium". La condition sine qua non pour convaincre les professionnels de santé de franchir le pas.

Simplifier le diagnostic de la maladie de Nash

Si la dématérialisation est un facteur clé de la stratégie de différenciation de E-Scopics, l'entreprise mise aussi sur sa capacité à proposer des biomarqueurs innovants, facilitant le diagnostic et donc le traitement de certaines pathologies.

Sa première cible, c'est la maladie de Nash, plus connue sous le nom de maladie du soda ou maladie du foie gras. Il s'agit d'une inflammation du foie liée à une surcharge de graisse autour de celui-ci, pouvant entraîner une cirrhose et d'autres complications. L'enjeu est majeur en termes de santé publique puisque d'après l'OMS, cette pathologie pourrait concerner 20 % de la population mondiale d'ici 2025.

De quoi susciter l'engouement de l'industrie pharmaceutique qui tente de mettre au point un traitement qui n'existe pas encore. Et pour mener à bien ses essais, elle est très demandeuse d'imagerie, la biopsie présentant de nombreuses limites. C'est là qu'E-scopics a une carte à jouer, offrant les biomarqueurs recherchés sur son interface dématérialisée. « Nous avons d'ores et déjà dérisqué notre projet avec un prototype fonctionnel », se réjouit Claude Cohen-Bacrie. Reste à se doter des validations nécessaires pour une mise sur le marché l'an prochain, à destination des industries mais aussi des médecins.

En effet, la maladie de Nash prenant une ampleur considérable, « il est inenvisageable, dans un avenir de moyen à long terme, d'envoyer tous les patients vers les départements de radiologie sous peine de les engorger. Alors plutôt que d'emmener le patient à l'échographe, on emmène l'échographe au patient, dans le cabinet du diabétologue par exemple », le diabète étant un important facteur de risque dans la maladie de Nash.

Pour financer sa commercialisation, l'entreprise organise actuellement une levée de fonds. L'objectif : réunir 10 à 15 millions d'euros qui serviront également à intégrer à l'interface de nouveaux biomarqueurs.

Créer un App-Store de l'innovation en matière de biomarqueurs

Déjà, E-Scopics travaille avec l'université de Caroline du Nord sur des biomarqueurs permettant de détecter des maladies pulmonaires. Claude Cohen-Bacrie en résume le principe : « Lorsque l'on fait une échographie, on émet des ultrasons qui pénètrent par l'air. Or, les poumons sont un ensemble d'alvéoles remplies d'air, si bien que quand tout va bien, aucun écho ne revient. En revanche, s'il y a du liquide ou une fibrose, les poumons renvoient des ultrasons et on peut savoir si l'on a affaire à un œdème ou à une fibrose ».

Cette nouvelle approche est encore à l'étude au sein de l'université américaine et E-Scopics lui offre la possibilité de tester son approche sur sa plateforme tout en mettant à sa disposition des données brutes. « Grâce à notre technique, ils vont pouvoir passer en essai clinique avec nos sondes et leurs process pour les valider ». Une fois la validation obtenue, l'application pourra être proposée d'ici 2023 sur l'échographe dématérialisé d'E-Scopics.

La startup se voit ainsi en « Apple Store » de l'innovation en matière de biomarqueurs, sa force résidant dans son ultra-portabilité. « Pour les laboratoires, c'est difficile de mettre une innovation sur un gros échographe. Ce positionnement nous permet de nous distinguer ».

Et bien sûr, la jeune pousse de seize salariés ne compte pas s'arrêter là. « Maintenant que nous avons prouvé l'intérêt de notre plateforme, nous pouvons accélérer sur le développement d'autres applications. Nous avons noué des liens avec des laboratoires qui voient en nous une plateforme idéale pour tester leurs innovations en clinique. Il y a notamment quatre ou cinq grands thèmes sur lesquels on aimerait travailler, par exemple la médecine d'urgence ou les soins intensifs ». Autant de secteurs où l'échographie a beaucoup à apporter, et ce au niveau mondial. C'est pour cette raison que l'entreprise entend se développer directement à l'international, un marché qu'elle aborde avec une carte de visite fraîchement décorée du prestigieux prix Galien Medstartup 2020. De quoi lui ouvrir bien des portes.

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