Sakowin fait le pari du plasma pour produire de l'hydrogène vert

L'entreprise installée à Aix-en-Provence vient de réunir 9 millions d'euros auprès de Bpifrance et de l'Europe afin de développer sa brique technologique de production d'hydrogène. A la différence des nombreux projets sur ce sujet, elle s'appuie sur le plasma pour obtenir à partir de méthane une énergie sans rejeter de CO2.
(Crédits : iStock)

Impossible depuis plusieurs mois de passer à côté du phénomène hydrogène, cette molécule érigée comme la remplaçante "propre" des énergies fossiles. Cet engouement, bien alimenté par un plan d'investissement de l'Etat, met en avant de nombreux projets pour développer la production d'hydrogène. Parmi eux, Sakowin, dont le procédé se base sur le plasma plutôt que sur l'électrolyse. "C'est le seul moyen de produire en très grande quantité", défend Gérard Gatt, le président de l'entreprise née à Fréjus, dans le Var, mais dont le laboratoire se trouve à Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône.

Car la différence entre plasma et électrolyse change beaucoup de choses. En effet, la production d'hydrogène vert se réalise via l'électrolyse de l'eau. Pour résumer, une impulsion électrique permet de séparer les atomes de l'eau (H2O) pour donner du dioxygène (O2) et du dihydrogène (H2). Autre solution largement utilisée, le vaporeformage de méthane (CH4) qui consiste à exposer le gaz à de la vapeur d'eau très chaude pour obtenir du dihydrogène mais cela crée aussi du CO2.

"Les solutions actuelles ne répondent qu'à une partie du problème", estime Gérard Gatt. Car selon lui, l'hydrogène vert par électrolyse est "énergivore et cher" alors que celui obtenu par vaporeformage a certes un coût réduit mais "avec du CO2". C'est la raison pour laquelle le dirigeant mise sur la pyrolyse, ou séparation d'éléments chimiques, par le plasma. Une méthode qui nécessite moins d'énergie et ne laisse que du carbone solide en plus de l'hydrogène. Une technique qui permet de réduire les besoins en électricité par au moins cinq assure Gérard Gatt.

S'installer sur les infrastructures existantes

Voilà pour le cours de chimie, mais pour ce qui est de l'aspect économique le processus n'est pas encore développé à l'échelle industrielle. Sakowin en est à l'étape du laboratoire. Toutefois, dire que sa solution, baptisée South Beach, intéresse est un euphémisme car l'entreprise a réuni neuf millions d'euros auprès de Bpifrance, de l'accélérateur du Conseil européen de l'innovation et de la Banque européenne d'investissement. Une levée de fonds est prévue pour réunir davantage de financement. Cela doit permettre de "financer la recherche & développement pour sortir le produit en 2025" avance Gérard Gatt qui compte aussi créer une usine capable d'atteindre les 400 unités annuelles à terme. Pour être compétitif, le dirigeant fixe à trois euros le coût du kilogramme d'hydrogène.

Pour l'instant, c'est donc en laboratoire que Sakowin développe et teste son produit. Concrètement, il ressemble à un grand placard que Gérard Gatt espère installer rapidement en prototype sur le site d'un client. Car l'un des atouts de l'entreprise de 14 collaborateurs, c'est qu'elle utilise les infrastructures déjà existantes. "Nous produisons directement l'hydrogène sur le site à la demande du client en nous installant en bout de ligne d'une infrastructure de gaz déjà présente sauf que nous enlevons le CO2", détaille le dirigeant. Pour schématiser, il s'agit d'ajouter un filtre au bout du tuyau.

Un fournisseur de brique technologique

Gérard Gatt vise donc les industriels du verre, de l'acier, de la céramique ou encore du papier. "Les gros consommateurs de gaz et qui émettent du CO2", résume-t-il. Ces entreprises qui auraient besoin de ce "filtre" sont les utilisateurs finaux. Sakowin se positionne plutôt comme un fournisseur de sa brique technologique à des sociétés qui proposent une solution complète. En début d'année, Saint-Gobain, Ponticelli Frères et ADF avaient d'ailleurs investi un peu plus d'un million d'euros dans l'entreprise.

Autre volet à développer, celui du devenir du carbone que produit South Beach. "C'est une matière qui est très utilisée dans beaucoup d'activités", prévient Gérard Gatt qui ne souhaite pas s'appuyer sur cette valorisation dans son modèle économique "pour ne pas en être dépendant". Car la transformation du méthane donne trois fois plus de carbone que d'hydrogène, ce qui en signifie que la production sera très importante. "Il faudra d'autres débouchés", confirme le dirigeant. "Cela peut remplacer le ciment ou encore aider l'agriculture qui consomme le carbone du sol pourtant important pour retenir l'eau". Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme comme le veut le mantra du monde de la chimie.

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