Nicolas Mérindol – Groupe Carmin : « Les fintechs sont un aiguillon mais elles ne bouleversent pas encore l’architecture bancaire »

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(Crédits : DR)
Spécialiste du conseil en ingénierie financière, celui qui a été le directeur général du Groupe Caisse d’Epargne, déploie sa société de conseil en région Sud, en s’installant à Marseille. Avec, dans son portefeuille, le conseil en ingénierie tournée vers l’industrie, mais aussi en banque et assurance, avec un regard particulier sur le sujet des fintechs. Et une analyse précise de ce que l’économie tout comme les entreprises doivent appréhender pour s’inscrire dans l’effet de relance.

Si Carmin est d'abord parisien, Nicolas Mérindol ne méconnait pas pour autant le Sud. Outre des attaches familiales, il a notamment mené des missions de conseils pour la Tour La Marseillaise et Les Terrasses du Port, deux actifs immobiliers importants à Marseille et dispose également d'un portefeuille d'une dizaine de clients. L'installation d'un bureau dans le Sud correspond surtout davantage à une stratégie de déploiement du Groupe Carmin, qui s'est également installé dans d'autres régions, à Lille comme à Nantes, et qui cherche un partenaire pour pouvoir se déployer de la même façon dans l'Est.

Part du marché

Parmi les sociétés qui structurent le groupe, Investance, spécialisée dans le consulting banque et assurance et rachetée il y 7 ans, « investit beaucoup en recherche », précise Nicolas Mérindol, 20% du chiffre d'affaire y étant dédié ce qui comprend aussi les nouveaux marchés. Dans ce même état d'esprit, la société édite chaque année l'Observatoire des fintechs, annuaire exhaustif de ces 450 pépites qui ont pris leur place dans l'écosystème de la finance. Un sujet qui passionne l'ancien banquier ô combien. Il en prépare même un livre... « La fintech a d'abord été regardée avec une certaine distance. C'est plus qu'un poil à gratter. Beaucoup pensaient que le facteur confiance était réservé aux banques. Une autre erreur a été de considérer que le conseil nécessitait un face à face, que lorsqu'il passe par l'intuitu personnae, on aime bien qu'il soit incarné. Les banques pensaient que les fintechs ne pouvaient pas proposer ce lien. Beaucoup de conseils sont traités par des applications, qui ne remplacent pas mais prennent une partie du marché », analyse Nicolas Mérindol. « Les modes de développement IT de la fintech et de la banque n'ont rien à voir. La fintech est un aiguillon mais elle ne bouleverse pas encore l'architecture bancaire. Cependant, ça s'organise en France, les autorités de tutelle accompagnent bien. Elles ont assez vite créé des équipes dédiées et ont mis en place des réglementations adaptées ».

Revisiter les fondamentaux

Si les fintechs sont malgré tout une part du marché bancaire et un élément du monde de demain qui se construit, l'économie se mesure aussi en termes de dynamisme à ce qu'il se passe du côté des fusions-acquisitions. « Dès que l'on est une ETI, le marché existe », pointe Nicolas Mérindol. Sauf qu'aujourd'hui, le contexte de crise crée un décalage d'estimation de la valeur entre le vendeur et l'acheteur. « Nous sommes dans une période où acheteur et vendeur ne sont pas synchrones en termes de valorisation ». Pour autant, « l'activité M&A existe, mais elle se situe davantage au niveau du conseil, de la stratégie, de la gouvernance plus que de la transaction elle-même. C'est un domaine actif, ça bouillonne, mais c'est plus long », décrypte Nicolas Mérindol qui estime surtout que « c'est le moment de revisiter les fondamentaux, de revoir toutes les questions que l'on ne se posait plus car l'argent coulait à flot », de rappeler "que le court terme se finance avec du court terme, le long terme avec du long terme ».

La relocalisation ? Marginale et sectorielle

Puisqu'on évoque les conséquences de la crise, il est intéressant de regarder ce qu'il se passe du côté de l'industrie, un secteur que couvre Polymont Engineering. La relocalisation, appelée des vœux de l'Etat, sujet depuis longtemps le cheval de bataille des industriels, est-elle possible, faisable ? « La relocalisation est un sujet d'optimisation des coûts », explique Nicolas Mérindol. « Elle sera marginale et sectorielle. Elle concernera les secteurs comme le luxe ou des segments stratégiques. L'alternative à la relocalisation, c'est de faire en sorte d'avoir plusieurs choix en termes d'approvisionnement, par exemple, pour ne plus être contraint ».

Si le monde d'après va s'en doute retenir des enseignements du monde de maintenant, il n'en reste pas moins que tout est ouvert. Nicolas Mérindol ne dit pas autre chose, soulignant que « même si nous en avons les grandes lignes, personne n'incarne ce que sera la banque dans dix ans. Il y a un vrai besoin d'échanges car le business-modèle de la banque ne s'impose pas. Le sujet fondamental c'est celui-là ».

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