Les Jouets français, ambitieux ambassadeurs du Made in France

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(Crédits : DR)
Fondatrice de l'entreprise basée à Saint-Mitre les Remparts, près de Marseille, Pamela Margotte souhaite mettre en avant la créativité et le savoir-faire français en la matière. Un combat qu’elle mène au sein de ses deux boutiques, sur son site web et depuis peu grâce à une fédération dédiée. A long terme, elle rêve de bâtir une usine en région. Et fait un appel du pied à l’industrie.

La fabrication française attire. Elle rassure et se veut être un gage de qualité. Elle est plébiscitée dans la mode, dans les cosmétiques et, peut-être surtout, dans l'alimentation. C'est un peu moins le cas en matière de jouets.

Il y a bien sûr des marques nationales. Mais l'ancrage se limite souvent à la conception du produit, la confection étant réalisée à l'étranger. « Il y a trente ans, on comptait 300 entreprises qui fabriquaient en France. Elles ne sont plus que 100 aujourd'hui. Beaucoup ont fermé, notamment dans le bois », assure Pamela Magotte. « Pourtant, on trouve dans cette filière des savoir-faire hallucinants, des gens qui ont des mains en or. Il y a aussi de plus en plus de gens qui ne travaillent pas dans cette filière et qui utilisent leur métier pour créer des jouets qui sont ficelés, aboutis et que les enfants adorent. Il y a notamment une institutrice qui a créé un coffret d'écrivain pour faciliter l'apprentissage de l'écriture de manière ludique. C'est génial ! ».

Offrir une notoriété aux fabricants français

C'est un fait, le potentiel créatif est là, la qualité aussi. « Nous avons en France des normes hyper strictes qui le garantissent ». Reste à le révéler.

Souvent isolés et de petite taille, les fabricants ont du mal à communiquer. Manque de moyens, de temps ou de compétences. Difficile donc de rivaliser avec les géants du domaine que sont Lego, Playmobil et autres Barbie. C'est pour les y aider que Pamela Magotte fonde en 2015 Les Jouets Français.

A ce moment-là, elle vient d'emménager avec sa famille dans une maison de Saint-Mitre-les-Remparts. Elle prévoit d'y rester quelques mois pour finaliser les travaux et s'occuper de ses quatre fils. A ses heures perdues, elle met sur pied un site de revente de jouets français. Elle les choisit selon leur lieu de fabrication mais pas seulement. Ils doivent aider l'enfant à grandir, l'éduquer sans qu'il s'en aperçoive.

Pour stocker les produits, elle installe une cabane dans son jardin. « Comme ça, je respectais le deal et je restais à la maison », dit-elle un brin taquine. Rapidement, des clients lui suggèrent d'ouvrir un magasin physique. L'idée fait son chemin. « Je suis quelqu'un qui a besoin de tester, d'expérimenter, de comprendre. C'est d'ailleurs ce qui a fait que j'ai eu un parcours scolaire assez chaotique ».

C'est aussi ce qui l'a conduite à naviguer entre des domaines très éloignés les uns des autres. Bâtiment, cigarette électronique, restauration, et maintenant le jouet. Avec chaque fois cette dose de passion qui émane d'elle lorsqu'elle parle. « Avec moi c'est tout ou rien ».

Construire un réseau de boutiques... avec un supplément humain

Une fois convaincue de l'intérêt de mettre sur pied une boutique, elle doit attendre trois ans avant de trouver des investisseurs qui croient en elle. Pas question de bâtir un point de vente comme il s'en fait tant. Ce doit être un lieu qui privilégie le lien social. « Dans la boutique, il y a un espace pour les parents avec des boissons, des canapés, de gros jeux en bois. Les gens partagent des moments, ils adorent ça car ils en ont de moins en moins ». Tout en disant cela, elle se replonge dans ses souvenirs d'enfance passée à Carry-le-Rouet. « A neuf ou dix ans, on sortait dans la ville sans que nos parents sachent précisément où on était. Mais ils savaient qu'en cas de problème, il y aurait toujours quelqu'un sur qui compter. La boulangère qui nous connaissait, le pompiste qui nous servait ... Avec ces services qui s'effacent, la société est devenue beaucoup plus individualiste ». A son échelle, elle veut y remédier.

A ce jour, Les Jouets Français disposent de deux boutiques, une à Saint-Mitre-les-Remparts, l'autre à Orange. Quatorze personnes y travaillent. Pamela Magotte espère en ouvrir de nouvelles, avec l'ambition de tisser un réseau d'ici cinq ans. En Provence-Alpes-Côte d'Azur dans un premier temps, puis à l'échelle nationale. Mais la vente de jouets n'est pas la seule activité de l'entreprise qui a tenu à se diversifier.

Elle propose ainsi des ateliers créatifs, scientifiques et artistiques pour les enfants. Elle travaille en outre avec les entreprises et collectivités pour leurs fêtes de Noël. « L'idée est d'avoir une répartition équilibrée entre toutes ces activités pour compenser d'éventuelles difficultés ».

Et des difficultés, elle en a déjà connu un bon nombre dans sa courte vie d'entrepreneuse. Piratage du site web la première semaine de décembre 2019, puis épidémie de coronavirus. Autant d'aléas qui ralentissent ses projets. Pas facile pour cette femme d'action qui tente au quotidien de composer avec son impatience. Mais cette impatience est aussi sa force, une source de créativité qui la conduit à imaginer toujours plus de manières de soutenir la filière.

Une fédération, pourquoi pas un label ?

Elle vient ainsi de lancer une fédération pour les jouets de France. « L'idée est de faire découvrir ces produits et leurs fabricants, de créer un label et de faire collaborer toutes les marques entre elles ». Pour l'heure, 36 personnes ont été contactées, fabricants et revendeurs. Pamela Magotte souhaite aussi bâtir des passerelles avec l'industrie. « Ce qui manque aux jouets français, c'est un certain niveau d'innovation technologique. Ensemble, on peut créer de l'innovation dans le jouet. Pour des industries parfois vieillissantes, c'est l'occasion de se diversifier ».

Intarissable, elle songe à long terme à créer une usine. « On y travaillerait tout ce qui est bois et métal. L'usine permettrait de redynamiser le bassin. On y fabriquerait notre propre gamme et on pourrait y installer un pôle de recherche et développement pour tous les fabricants qui le souhaitent. Cela pourrait créer une émulation de dingue, comme une pépinière pour les jouets français. Je suis sûre qu'il y a matière à faire ».

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Commentaires
a écrit le 27/11/2020 à 8:58 :
Et il est lamentable que nos polticiens ne soient pas capables d'opposer un protectionisme économique afin de protéger ces jouets sains contre tout ces objets toxiques, polluants et parfois dangereux venant de Chine et autres pays d'esclaves salariaux, même si avec notre dumping social l'UE s'en raproche de plus en plus.

Ils sont tellement soumis, ils osont tellement faibles...

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