Souveraineté alimentaire dans le Sud : quand la production s'associe à l'innovation

EPISODE 1 - Les crises successives ont mis en avant un enjeu essentiel, celui d’être autonome sur la question alimentaire. Arriver à cet objectif nécessite une réorganisation sur toute la chaîne de valeur, à commencer par la production agroalimentaire et sa diversification. Deux éléments sur lesquels l’innovation a un rôle à jouer.

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La formulation s'est même glissée dans le titre officiel du ministre de l'Agriculture. La souveraineté alimentaire, qui a remplacé dans l'intitulé le mot alimentation, est sur toutes les lèvres politiques. Eu égard aux récentes crises qui ont mis en évidence cet enjeu, le fraîchement nommé Marc Fesneau l'a rappelé. "On avait peut-être pensé que la question de la souveraineté était une question résolue, or la crise ukrainienne et les questions climatiques viennent montrer que la souveraineté n'est pas une question résolue", expliquait le tout nouveau ministre lors d'un déplacement. La question s'est faite plus insistante dès 2019, et comme dans beaucoup de domaines la crise sanitaire a joué un effet d'accélérateur au point que les pouvoirs publics mettent clairement le sujet sur la table.

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En Provence-Alpes Côte d'Azur, la Région ambitionne d'être un territoire pilote sur le sujet. "Nous avons une chance, celle de pouvoir presque tout produire", expose Bénédicte Martin, vice-présidente en charge de l'agriculture au sein de la collectivité. Des Alpes jusqu'à la Méditerranée, la région Provence Alpes Côte d'Azur apparaît en effet comme un lieu idéal. Pourtant, la diversité économique alimentaire agricole est de 57,9% selon une étude du think tank Utopies. Seuls le Grand Est et l'Île-de-France ont un score plus faible. Le rapport indique également que le Sud, avec la Corse et Auvergne-Rhône-Alpes, ne pourrait pas subvenir à la consommation locale si 100% de sa production lui était dédiée. "Nous ne serons jamais à 100% d'auto-suffisance, l'idée n'est pas d'être renfermé ou de vivre en autarcie", précise toutefois Bénédicte Martin. La Région travaille ainsi avec l'Occitanie par exemple sur certains projets. "Nous n'avons pas les mêmes outils, mais nous essayons d'avoir des positions homogènes".

Une production territoriale très diverse

"Lorsque l'on parle de territoire pour l'auto-suffisance alimentaire c'est une notion qui peut être élargie au-delà la région tant que cela reste raisonnable", abonde Dominique Sassoon, ex-élu sous l'étiquette EELV et rapporteur d'une étude pour le conseil consultatif de la société civile du pays d'Aix sur le sujet de la souveraineté alimentaire de ce territoire. Car si l'on parle de production locale, il n'existe pas de définition inscrite dans le marbre. Avec le terme de souveraineté, on comprend qu'il s'agit surtout de permettre à la France d'avoir la main sur ce qu'elle fait pousser. "La guerre en Ukraine a mis un coup de pied dans la fourmilière, cela a fait prendre conscience que nous dépendions des autres", estime Patrick Lévêque, président de la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône.

Parmi les enjeux qu'identifient les Régions, émerge celui de la structuration de filières territoriales. Dans les 25 pages de son étude, la société civile du pays d'Aix fait un premier état des lieux de la situation et propose des pistes d'évolutions. "Constatant la diversité des productions du territoire (miel, maraîchage, sardines, anchois, maquereaux, olives, fruits à coque, ...), le groupe préconise de bannir en revanche les cultures inadaptées au territoire, à l'instar du maïs, par exemple, très gourmand en eau. Sans remplacer la totalité des protéines animales par des protéines végétales, le groupe soumet l'idée de développer une production locale de protéines végétales (type lentilles), diversifiée, importante et de qualité, pas forcément bio, en circuit court et adossée à des laboratoires de transformation", y lit-on. Pour résumer, Dominique Sassoon défend une "production adaptée au climat".

Le rôle de l'innovation

L'évolution de la production est un élément important de la mutation de l'agriculture territoriale. L'innovation aura aussi son rôle à jouer. Comme en témoigne le salon des agriculteurs de Provence qui pour la troisième année organise des trophées de l'innovation. "C'est un métier qui s'est toujours adapté, nous sommes attentifs à ce type de démarche car cela peut servir de locomotives pour d'autres projets", explique Patrick Leveque. Qui donne un exemple concret : "Au Japon, une machine permet de planter le plant de riz sans semer, cela permet d'économiser deux mois d'eau et cela donne une plante plus résistante et qui se développe plus vite".

Le rapport de la société civile du pays d'Aix préconise d'ailleurs de "stimuler l'innovation dans la production, la communication, la commercialisation par le biais notamment de start-up spécialisées et regroupées". Ou comment faire germer les bonnes idées entre grands et plus petits...

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