Philippe Renaudi, UPE 06 : « La transition écologique doit être impulsée par les entreprises, pas par le gouvernement »

Président de l’Union pour les entreprises des Alpes-Maritimes, celui qui assume aussi la présidence du comité des métropoles au sein du Medef national fait le bilan de la première année de brainstorming, se dit évidemment favorable à la réforme de l’assurance-chômage et dit surtout tout ce qu’il pense de la meilleure façon de réussir la transition verte des entreprises, une transition qui doit être intelligente et assumée par elles…

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(Crédits : DR)

Vous êtes président du comité des métropoles du Medef national. Quel bilan un an après sa mise en place ?

Nous avons eu les félicitations de Patrick Martin (n°2 du syndicat patronal NDLR). Toutes les métropoles étaient là, les grandes - Paris, Bordeaux, Marseille - comme les plus petites -Nancy, Saint-Etienne, Rennes, Dijon. Le comité a mené deux grands travaux : un socle d'offre pour les ETI, dont le rapport de synthèse a été présenté ce 26 août, et qui va être repris par les autres métropoles (le Medef compte 22 métropoles NDLR) et une charte, qui doit être signée avant le 15 décembre, qui lie le Medef avec France Urbaine. Ce document comprend six grands thèmes comme le logement, le transport, la mobilité, le numérique, la transition écologique..., soit des thèmes qui touchent aussi bien les territoires que les entreprises. Ces thèmes ont fait l'objet de travaux de réflexion pendant un an. La synthèse a été faite en juillet et doit nous mener à la constitution donc d'une charte signée par la présidente de France Urbaine, Johanna Rolland, et le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Cette charte reprend nos besoins et les besoins de France Urbaine. Il y a donc un aspect juridique, fiscal et politique...

Vous avez un projet commun avec le Medef International. Quel est-il ?

Le Medef International est une association à but non lucratif de 33 personnes, qui vit des ressources des entreprises avec lesquelles elles collaborent. Elle mène plus de 260 actions annuelles, réparties entre l'Afrique, l'Asie, l'Eurasie, le Moyen-Orient, un peu les Amériques. Beaucoup de leurs adhérents, qui sont des ETI, ne sont pas adhérentes du Medef dans les territoires. Nous avons convenu d'échanger entre nous, de nous recommander respectivement les ETI que l'un et l'autre ne connaissent pas. Mais surtout, nous allons réfléchir à une offre globale entre les Medef territoriaux et Medef international qui pourrait intéresser ces ETI. La réflexion est lancée.

Hier Geoffroy Roux de Bézieux évoquait le retour venu du terrain et des patrons, qui démontre la bonne tenue de l'économie française, déjouant les analyses des spécialistes. Faites-vous le même constat ?

C'est exact ! Les retours que nous avons et par exemple les retours chiffrés de la Préfecture et notamment du Codefi, montre que la TVA augmente, ce qui signifie qu'il y a du commerce qui fonctionne. Il y avait déjà d'assez bons résultats en juillet. Fin juin, l'hôtellerie et la restauration n'avaient pas de visibilité, mais des chiffres semblent encourageants pour la période estivale. L'événementiel reste encore un peu impacté, mais les chiffres semblent plutôt favorables. Cependant, il faut mettre un bémol, le remboursement des PGE va commencer en mars prochain et c'est là que l'on va voir si les PME ont vraiment su faire les écureuils et mettre les noisettes de côté sur la trésorerie, si elles ne se sont pas imagineées que le PGE était là pour permettre un nouvel investissement. Le PGE a été utile pour pallier le manque de trésorerie. Les patrons qui ont été intelligents vont s'en sortir. Ceux qui ont utilisé le PGE pour faire du dumping sur les prix ne s'en sortiront pas et nous les retrouverons aux tribunaux de commerce.

L'annonce de Jean Castex annonçant la non application du passe sanitaire dans les entreprises est une bonne nouvelle pour les patrons ?

Oui. Que le passe sanitaire soit appliqué dans les entreprises qui accueillent du public, cela est normal. Mais pour celles qui n'accueillent pas de public, c'est une bonne nouvelle. Dans un secteur comme le mien, le BTP (Philippe Renaudi est le dirigeant de l'entreprise de TP, Tama NDLR), je vois mal demander le passe sanitaire tous les matins aux ouvriers sur les chantiers. Il faut rester lucide. Jean Castex a raison, il ne faut pas aller sur le passe sanitaire à tout va.

La réforme de l'assurance-chômage a été l'un des sujets également abordés par le président du Medef. Cette réforme est souhaitable, vite ?

On ne peut pas rester dans un pays avec 8% de chômeurs alors que l'on a une offre d'emploi qui est très importante dans des secteurs d'activité comme l'hôtellerie, la restauration, l'aide aux personnes âgées, le BTP. En Allemagne le taux de chômage est à 4%, en Italie, il est de 4% à 5%... Peut-être que le chômage est trop rémunéré aujourd'hui. La réforme de l'assurance-chômage envisagée pour octobre est correctement envisagée car elle rémunère sur une durée plus longue, moins par mois certes, mais cela est très bien pour les demandeurs qui auront du mal à trouver un emploi et elle incite à retrouver un travail rapidement.

Un sommet franco-italien de l'industrie s'est tenu en Italie durant l'été. Il a notamment été question de transition écologique. Que faut-il en retenir ?

L'industrie italienne est très loin devant l'industrie française, elle est presque au niveau de l'industrie allemande, sur tous les sujets. En France, nous n'avons quasiment plus de tissu industriel. Un ministre italien - issu du Mouvement Cinque Stelle - est venu nous dire qu'il faut aller vers la transition écologique, que c'est nécessaire, mais que ce n'est pas le gouvernement qui doit l'impulsion, ce sont les entreprises qui doivent le faire. La transition écologique oui, mais pas au détriment de la compétitivité et des emplois. Il faut la faire de manière intelligente, sans perte d'emplois subite. Ici, ce que j'entends de quasiment tous les politiques, c'est « faites la transition écologique », point. Et on nous impose les Zones à Faibles Emissions, on nous impose beaucoup de normes. Ce que je retiens de ce sommet c'est que le gouvernement italien est très compréhensif, d'ailleurs l'Italie n'est pas en retard sur le sujet et le pays continue d'être compétitif et de créer des emplois. En France, on impose des choses qui ne sont pas possible pour les PME. On ne peut pas imposer une transition écologique à des entreprises qui ont souscrit à un PGE. Où peuvent-elles trouver le financement pour passer au tout électrique ou autre ? Ce n'est pas possible. Il faut laisser le temps au temps, il ne faut pas, bien sûr, mettre de la mauvaise volonté, mais on ne peut pas la faire à marche forcée et au rythme du gouvernement. Ça ne fonctionnera pas. Il faut laisser l'initiative aux entrepreneurs. Je rappelle que les sondages que nous avions mené ont démontré que les patrons étaient bien plus sensibilisés à la transition écologique que les salariés. Au sein de mon entreprise, les 34 véhicules dédiés à l'encadrement sont hybrides. Demain, si on me propose des fourgons où je peux encore mettre du matériel, je passe à l'hybride. En revanche je ne parle pas des engins, qui nécessitent une grande puissance, qui nécessitent des moteurs hydrauliques... l'électrique n'y arrivera pas. L'hydrogène y arrivera, mais il faut être capable de générer de l'hydrogène vert... On a encore beaucoup de progrès à faire... On est un peu trop ambitieux et aujourd'hui ça ne suit pas.

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