Dans le Sud, la (nouvelle) guerre des CRT qui enflamme la filière tourisme

En décidant de ne plus soutenir financièrement le comité régional du tourisme Côte d’Azur et de recentrer la vision stratégique et donc le financement vers le CRT Provence Alpes Côte d’Azur, la Région lâche un pavé dans la mare et réactive une bataille endormie depuis près de dix ans. Au-delà de la mésentente sur la forme, les conséquences économiques sur le fond sont loin d’être neutres.

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(Crédits : DR)

C'est la petite bombe lâchée par le président de la Région Sud lors de la dernière Assemblée plénière : il n'y aura désormais plus de subvention accordée au CRT Côte d'Azur. Soit 700.000 euros qui évidemment constituent un soutien essentiel pour la structure que préside David Lisnard, le maire de Cannes.

Derrière la nouvelle qui pourrait, pour les non-initiés, paraître anodine, c'est une véritable tempête qui secoue le monde du tourisme azuréen. Et qui réveille une querelle jamais vraiment éteinte, celle qui oppose le Comité régional du tourisme Provence Alpes Côte d'Azur et le Comité régional du tourisme Côte d'Azur depuis de longues années.

Comment la querelle est née... finalement peu importe. Elle est là, présente, on la sentait couver ces derniers mois et depuis l'annonce faite en séance plénière du conseil régional le 23 juillet, elle est clairement revenue sur le devant la scène.

Le sujet est depuis longtemps une cause de débat : alors qu'un comité régional du tourisme Provence Alpes Côte d'Azur existe, à côté de lui existe aussi un comité régional du tourisme spécifique, centré sur la Côte d'Azur. Créé en juin 1942, confirmé en 1987, il avait été aussi au centre de de tensions en 2012. Mais depuis, les deux structures vivaient l'une à côté de l'autre, plutôt en complément.

Recentrer pour affronter la crise

Pour expliquer les raisons de cette décision de ne plus participer au budget du CRT Côte d'Azur France, la Région et son président, Renaud Muselier mettent en avant un rapport de la Chambre régionale des comptes qui pointait en 2017, de par cette situation unique de deux CRT pour une seule et même région, une dispersion des moyens. La Région, de dire aussi que cette configuration qui n'existe pas ailleurs n'est pas davantage idéale pour répondre aux « enjeux territoriaux » à « l'efficacité exacerbée face à une crise inédite ». Bref, tout cela est pour le bien commun affirme-t-on du côté de la Région, qui assure que le CRT Provence Alpes Côte d'Azur va bénéficier d'un plan stratégique tout neuf et qu'il intègrera désormais davantage d'acteurs touristiques et d'élus azuréens.

Sauf que du côté du CRT Côte d'Azur, on ne l'entend pas vraiment de cette oreille. On rappelle qu'avec 11 millions de touristes chaque année, 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 75.000 emplois directs, la Côte d'Azur est un fort contributeur à l'économie touristique régionale - plus du tiers précise même une lettre ouverte adressée par les professionnels à Renaud Muselier - et que cela justifie une action menée par un CRT dédié, au plus près du terrain.

Une stratégie affinée appuyée sur la proximité terrain

C'est exactement ce que défend aussi Claire Béhar, la directrice générale du CRT Côte d'Azur France, qui souligne la proximité avec les professionnels sur le territoire, les remontées que ces derniers font du terrain, lesquelles permettent d'affiner dans l'immédiat les stratégies d'approche des différents marchés. Une réactivité rendue possible aussi par la taille de l'équipe dédiée - une vingtaine de personnes au total - constituée de professionnels qui « connaissent le tissu touristique et économique. Nous disposons d'un réseau relationnel et humain qui répond à une réalité terrain ». A l'argument d'une centralisation des moyens et des financements vers une seule structure, Claire Béhar répond que « nous ne sommes pas redondants » et que « nous ne gaspillons pas d'argent ». Et de rappeler sur ce point précis, un coût de fonctionnement en baisse, de l'ordre de 2,1 millions d'euros en 2014 contre 1,9 million d'euros en 2020, soit respectivement 53,80% du budget contre 40,73% six ans plus tard.

Un CRT qui deviendrait une ADT ?

Au-delà de la forme de l'annonce, il y a aussi (et surtout) le fond. Quelles sont les conséquences d'une telle décision ? Certes, la Région n'est pas le seul financeur du CRT Côte d'Azur. Le Département des Alpes-Maritimes est ainsi le plus gros contributeur, avec une subvention allouée de 2.650.000 euros, soit un peu plus de 70% du budget total. Mais clairement, cette suppression remet en cause bien plus que le financement, il remet aussi en cause son envergure stratégique et sa capacité à être une force de frappe efficace, justement alors même que le tourisme est lui aussi une activité en pleine relance.

Le CRT Côte d'Azur France pourrait bien perdre son statut de CRT. Une option difficile à envisager alors même que la stratégie mise en place depuis ces dernières années, ciselée, marque des points sur l'image de cette Côte d'Azur dont on rappelle que le périmètre concerné s'étend bien plus qu'au seul périmètre administratif des Alpes-Maritimes et qu'il y intègre aussi une partie du Var.

Outre un club d'ambassadeurs - des personnalités de tous horizons - il y a ce programme de licence qui réunit une vingtaine d'entreprises partenaires et dont la dernière opération, qui date du 22 juillet dernier, est le lancement d'un café bio et équitable élaboré par la marque Malongo - implantée à Carros - spécifiquement composé à partir de notes florales et méditerranéennes pour l'occasion. Créé en 2018 pour servir la stratégie de marque, cette démarche de licence a donné naissance à 160 produits estampillés Côte d'Azur France allant de la mode, à l'épicerie fine, à la bijouterie ou à l'artisanat d'art. En 3 ans, 133.000 produits licenciés ont été vendus générant 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires.  « Nous risquons de perdre toute notre expertise », déplore Claire Béhar, le CRT Côte d'Azur France pouvant devenir un ADT. Ce qui signifierait la fin de sa capacité à pouvoir mener une stratégie au national et à l'international. Or la stratégie est pensée avec d'autres territoires, notamment Monaco, pour un travail d'équipe qui a tout son sens. Une stratégie qui a aussi été validée par la Région, rappelle le CRT Côte d'Azur, dans un courrier adressé aux élus régionaux ce 29 juillet.

Si la Région défend l'idée d'un recentrage et d'un CRT Provence Alpes Côte d'Azur qui gèrerai les trois marques - Provence, Alpes et Côte d'Azur - le CRT Côte d'Azur France y voit la réintroduction d'une structure pyramidale. Pour l'heure, la riposte prend la forme d'un courrier écrit et d'une pétition signée par plus de 500 professionnels. Reste une éventuelle réponse sur le terrain juridique...

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