Christophe Caille tient bon la barre de l’engagement pour la planète

Il a toujours été précurseur. Pas de raison que cela change. A la tête d’Entrepreneurs pour la planète, il fait du mécénat de compétences le lien qui rassemble les porteurs de projets à impact environnemental et les dirigeants. Une façon de faire se rencontrer deux passions, qui ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre. Durablement.

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(Crédits : DR)

En 2009, Christophe Caille est l'un des rares à percevoir dans le solaire et l'autoconsommation des sujets d'avenir. Avec Pierre de Froidefond et Hervé Lucas, ils donnent naissance à Cap Vert Energie, installée à Marseille. Douze ans plus tard, la petite entreprise est l'une des plus belles pépites du territoire qui la porte et de l'Hexagone. Il semblerait donc que Christophe Caille ait des certitudes bien ancrées et une certaine vision d'avenir. Et pas peur de prendre des risques. Alors qu'il aurait tout aussi bien pu demeurer à la barre de Cap Vert Energie, il a eu envie de plus, sans trop savoir préalablement qu'elle forme donner à ce désir d'engagement. Une réflexion plus tard, naît Entrepreneurs pour la planète. Une association mais surtout une façon de favoriser la concrétisation des engagements environnementaux. Car la bonne idée de Christophe Caille c'est de faire se rencontrer des volontés et des expertises. D'un côté, un porteur de projet à impact environnemental. De l'autre un chef d'entreprise. Entre les deux, un échange de bons procédés et c'est là où l'idée est fine et forte à la fois : au premier, le dirigeant apporte son expérience d'entrepreneur, sa capacité à rendre un projet mature, viable et pérenne. Au second, le porteur de projet apporte une certaine prise de conscience, un déclic qui peu à peu va décider le dirigeant à être plus impliqué dans l'approche durable de son entreprise et de ses actions. C'est ce que l'on a coutume d'appeler un rapport gagnant-gagnant. C'est aussi, un peu, le principe des vases communicants.

Passer à l'acte, plus qu'évangeliser

Mais avant toute action, la mission d'Entrepreneurs pour la planète est de sonder ce qu'il se passe sur le territoire qu'elle observe. « Nous cartographions de façon la plus exhaustive possible les projets auprès des différentes structures d'accompagnement », détaille Christophe Caille. Chaque projet à impact environnemental - quelle que soit son ambition - est ainsi répertorié. « Chacun d'entre eux est présenté sur notre plateforme, ce qui offre une vision de ce qu'il se passe sur un territoire ». Mais pas question de s'arrêter à un simple « audit ». « Entrepreneurs pour la planète est véritablement une plateforme pour le passage à l'acte, pas pour l'évangélisation ». C'est le lieu idéal pour « ceux qui ont envie de bouger mais qui ne savent pas comment passer de la volonté à la concrétisation, de façon simple, pragmatique et efficace ». Et quoi de plus simple et facile que de mettre ses compétences au service des autres ? « Au-delà de l'aspect financier, c'est le partage de l'expérience qui est le plus engageant », assure Christophe Caille. « Finalement, dans le mécénat de compétences, la collaboration est plus forte, plus altruiste ». Le ROI, ce retour sur investissement, indicateur que tout entrepreneur pilote sur son tableau de bord, ici, n'est pas financier mais presque philosophique. « Il est de s'approprier de façon plus forte la démarche environnementale et d'embarque ses collaborateurs ». Car si d'un côté, l'apport d'expertise entreprenariale sert la maturation des projets, l'objectif est aussi d'offrir un champ des possibles à l'entrepreneur, sensibilisé parce qu'au plus proche des démarches à impact environnemental. Une action vaut mieux qu'un long discours...

Embarquer... en esprit d'équipe

D'ailleurs, les entreprises ont-elles vraiment le luxe de ne pas penser impact environnemental ? Clairement pas, selon Christophe Caille. « Les entreprises qui ne vont pas vers la transition écologique vont au-devant de bien de problèmes. En termes de recrutement, par exemple, les jeunes générations - mais aussi désormais les moins jeunes - voient une démarche environnementale construite comme une démarche inspirationnelle. En termes de partenariats ensuite. Aujourd'hui, l'implication dans une démarche durable est un enjeu d'attractivité aussi pour les différents partenaires, très soucieux de l'engagement de ceux avec lesquels ils s'associent. Et puis, cela a, de façon plus large, un impact sur l'attractivité même de l'entreprise, qui, si elle ne pense pas ses produits sous ce prisme de durabilité, perd en compétitivité. Sur ce dernier point, nombre d'entreprises l'ont bien compris ».

Christophe Caille sait bien aussi qu'au pays de l'environnement, tout n'est pas rose. « Il est parfois compliqué pour un dirigeant de faire bouger les lignes, de convaincre ses salariés qui peuvent percevoir la prise en compte de l'impact environnemental comme une contrainte. L'idée d'Entrepreneurs pour la planète, c'est de contourner tout cela, en embarquant les salariés avec les porteurs de projets. Cela est un très bon moyen de faire tomber les barrières, de contourner les résistances ».

Mais si le mécénat de compétences est le socle de base d'Entrepreneurs pour la planète, le financement est un sujet qui fait partie de la concrétisation. « Pour faire émerger les projets, il faut de l'argent », ne manque pas de reconnaître Christophe Caille. Aujourd'hui, le business-modèle de l'association repose majoritairement sur les subventions, le mécénat et le sponsoring. Mais demain, l'idée est d'aller plus loin dans la structuration financière.

Car Christophe Caille regorge d'idées, de projets. Et veut pousser plus loin encore le propre engagement d'Entrepreneurs pour la planète. Comme cette idée d'embarquer des dirigeants sur un voilier - un Class40 acheté tout exprès, pour une navigation prévue six mois en Méditerranée, six mois en Bretagne, encadrés par deux skippers professionnels. Deux mondes embarqués dans une aventure en mer, pour permettre encore et toujours, d'être au contact le plus vrai possible de la réalité. « Les dirigeants vont rencontrer des experts de la transition écologique », indique Christophe Caille. L'objectif : « éveiller les consciences », et distiller la petite graine durable pour qu'elle puisse éclore ensuite, au sein de l'entreprise.

Essaimer sur les territoires

Et la réalisation récente d'Entrepreneurs pour la planète est ultra symbolique. Interxion, le groupe mondial, spécialiste de solutions de data centers de colocation va apporter toute son expertise entreprenariale au Parc national des Calanques, ce petit bijou de la nature, qui attire de nombreux touristes et qui est entré dans une démarche de durabilité, voulant se protéger de la sur-fréquentation des touristes... et de leurs véhicules. Seul parc national continental, insulaire et marin, doté de 8 500 hectares terrestres et de 43 500 hectares marins, cocon abritant 200 espèces protégées, il accueille chaque année, par moins de 3 millions de visiteurs. Impossible, que le tout n'est pas de répercussions environnementales. Et c'est là où Interxion est attendu. Au groupe d'apporter ses expertises, ses compétences, sa vision de l'innovation, sa capacité à expérimenter, ses méthodologies... Et puis, voilà de quoi donner des idées ailleurs. Car Entrepreneurs pour la planète essaime en France, en Ile-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est. Alors certes, les problématiques ne sont peut-être pas toutes identiques dans le Sud ou dans le Nord. Mais l'esprit est le même. Il est de montrer qu'économie et environnement ne sont définitivement pas incompatibles. C'est même le mantra de ce siècle. A minima.

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