Pourquoi M-Capital Partners veut lancer un fonds rien que pour le tourisme

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(Crédits : CC0 Public Domain)
Après l’Occitanie en 2019, la société de gestion née à Toulouse et ses partenaires s'apprêtent à lancer le Fonds Tourisme Côte d’Azur. Doté - à terme - d’une enveloppe de 60 M€, il vise à accompagner la transformation et l’attractivité de l’offre touristique du territoire en favorisant et en accélérant la mise en œuvre de projets de création, de rénovation ou de reprise. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte de crise qui rebat les cartes d’une industrie où ceux qui n’auront pas su évoluer risquent de louper le train de la reprise.

La structure de l'industrie du tourisme sur la Côte d'Azur et à Paris présente de nombreuses similitudes. Première et deuxième place touristique de France, elles sont, par exemple, toutes deux fortement dépendantes du tourisme international et d'affaires, ce qui explique les difficultés qu'elles connaissent depuis le déclenchement de la crise sanitaire. "A la différence près, note Éric Tardy, directeur de la dette chez M-Capital Partners, que si ces dernières années des montagnes d'argent sont arrivées à Paris, lui permettant de restructurer son offre, cela n'a pas été le cas pour la Côte d'Azur". Un manque que la société de gestion toulousaine, implantée à Nice depuis une décennie, entend combler - en partie - avec le lancement du Fonds Tourisme Côte d'Azur (FTCA), doté à ce jour de 44 M€ mais appelé, dans les 12 mois à venir, à atteindre 60 M€.

Co-financements

Construit à l'initiative de M-Capital Partners et de la Caisse d'Epargne Côte d'Azur (qui participe à hauteur de 40 %), avec le concours de la BEI (Banque Européenne d'Investissement, qui injecte 50 % du total), la Métropole Nice Côte d'Azur et la CCI, FTCA vise donc à accompagner en priorité les acteurs touristiques privés, mais aussi publics et parapublics des Alpes-Maritimes et du Var, en co-finançant sous forme de dette leur projet de développement. "Il ne s'agit pas de remplacer les banques mais de se positionner en tant que catalyseur de l'investissement bancaire et permettre ainsi de rendre possible des projets qui avaient du mal à se financer", explique Laetitia Estrosi-Schramm, responsable de la Région Sud chez M-Capital Partners et directrice du développement du fonds azuréen. Les segments couverts sont larges : de l'hôtellerie à la culture, au sport et au bien-être, du nautisme à la montagne, en passant par l'œnotourisme, la restauration jusqu'à la parfumerie et le tourisme industriel. Avec comme seules exigences la responsabilité, tant sur le plan environnemental que sociétal, et bien sûr la viabilité. Ce qui pourrait exclure, pour un temps, le tourisme d'affaires, segment de marché qui génère aujourd'hui trop d'incertitudes, bêtes noires des investisseurs.

Donner de l'ambition

Car la Covid-19 a changé la donne. "La crise a touché tout le monde, partout dans le monde. Ce que vivent les hôteliers niçois, les hôteliers new-yorkais le vivent aussi", reprend Éric Tardy. Toutefois, on le sait, rien ne dure, pas même une pandémie. L'activité touristique reprendra mais sans faire l'économie de changements. "La concurrence sera encore plus violente et pas forcément axée sur les prix. Même si le tourisme low-cost perdurera, nous pensons que les consommateurs aspireront à un tourisme plus responsable, plus qualitatif et plus respectueux de l'environnement. Ce qui nécessitera des investissements que les professionnels doivent faire aujourd'hui pour ne pas risquer de perdre la bataille en 2022, 2023". Les premiers concernés en ont-ils conscience ? "Pas toujours, d'où notre ambition de leur donner de l'ambition". L'enjeu étant que "le territoire soit au plus haut niveau le jour où les vannes s'ouvriront". Bien que pensé avant la crise, FTCA apparaît donc comme une réponse post-Covid.

10 à 15 investissements par an

"Pour candidater, il suffit de déposer son projet sur notre plateforme dédiée, fondstourismecotedazur.fr, poursuit Laetitia Estrosi-Schramm. Notre équipe l'analysera et apportera une réponse dans les quatre semaines". Actif pendant quatre ans, FTCA accordera des montants sous forme de prêts amortissables, in fine ou participatifs d'une part, d'obligations simples ou convertibles de l'autre, oscillant entre 500 000 et 5 M€ et ce pour une durée maximale des crédits de quinze ans. "A ce jour, une vingtaine de projets sont dans le 'pipe', essentiellement de l'hébergement qui cherche à monter en gamme en s'inscrivant dans une stratégie produit et une identité fortes". On y trouve également des dossiers portant sur le slow tourisme, l'œnotourisme ou encore sur des innovations technologiques : des applis pour la plupart, dédiées au nautisme, à l'offre touristique ou encore au parfum. "Des projets à un stade de développement inférieur", mais qui "méritent tout autant que l'on s'y arrête", relève-t-elle. Les premiers investissements seront finalisés dès novembre, et devraient concernés 10 à 15 projets chaque année.

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Avec FTCA, M-Capital Partners poursuit sa diversification

Le lancement d'un fonds d'investissement thématique dédié à l'industrie touristique n'est pas une première pour M-Capital Partners. La société dirigée par Rudy Secco, qui revendique la gestion de 530 M€ d'encours pour le compte d'institutionnels (banques, assureurs, family offices) et de 27 000 investisseurs privés, a en effet créé avec ses partenaires locaux un premier fonds en 2019 dans sa région natale, l'Occitanie. Doté de 110 M€, il a déjà investi (ou est en passe d'investir) dans une quinzaine de projets. Parmi eux, la transformation d'un hôtel deux étoiles en trois (0,3 M€ accordé pour un budget global de 2,5 M€), la création d'un éco-parc animalier avec lodges 4 étoiles (1,9 M€ pour 9,1 M€ au total) et celle d'un éco-domaine proposant des cabanes sur pilotis ou dans les arbres (1 M€ sur un projet de 3,5 M€). L'entreprise créée en 2002, dont le cœur de métier reste le capital investissement pour les PME et ETI de province, poursuit ainsi sa diversification entamée il y a trois ans avec le lancement d'une activité immobilier et confirme sa volonté de se consolider sur la partie dette privée pour laquelle elle s'est structurée en conséquence avec le recrutement d'une équipe dédiée.

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