Comment la startup VB-Tech veut valoriser les travaux du projet Epinov sur le cerveau virtuel

L’épilepsie, qui touche 50 millions de personnes dans le monde, est une pathologie difficile à traiter. Pour mieux la comprendre et mieux la prendre en charge, des chercheurs installés à Marseille s’attellent depuis plusieurs années à modéliser le cerveau des personnes épileptiques. En août 2021, la start-up VB-Tech, basée à Aix-en-Provence, a été créée pour valoriser ces travaux de recherche et en exploiter tout le potentiel. Au-delà même de l’épilepsie.

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(Crédits : Copyright : Allan Ajifo via Flickr)

C'est un projet de recherche qui n'avait pas vocation à demeurer confiné entre les murs d'un laboratoire. Un projet mené avec une ambition : celle d'améliorer très concrètement la prise en charge des personnes atteintes d'épilepsie.

Lancé en 2018 à Marseille, le projet de recherche Epinov a vocation à développer un cerveau virtuel permettant de modéliser celui d'une personne atteinte d'épilepsie. Ou plus précisément, « une plateforme computationnelle qui imite le fonctionnement du cerveau, en particulier l'organisation dynamique de son activité, la connectivité et l'échange de signaux électriques », expliquait alors Viktor Jirsa, le chercheur à la tête du projet.

Un travail de modélisation d'abord destiné à mieux préparer la chirurgie, alors que dans un cas sur trois, la maladie est résistante aux traitements médicamenteux. Une chirurgie qui a pour inconvénient d'être intrusive et de donner lieu à des effets secondaires imprévisibles, sur la personnalité et le système moteur notamment.

Labellisé RHU (Recherche hospitalo-universitaire en santé), le projet bénéficie en 2018 d'un financement européen de 5,8 millions d'euros. Après une première année au cours de laquelle les chercheurs peaufinent le modèle sur la base de données existantes, ils s'engagent en 2019 dans un vaste essai clinique impliquant 13 centres et 400 patients. Le but : prouver l'intérêt de la plateforme de modélisation en tant que « super imagerie » de l'activité électrique cérébrale, pour mieux préparer la chirurgie. Et éventuellement se projeter sur des applications plus poussées, telles que la prédiction des résultats d'une opération.

Retardé par l'épidémie de covid-19, l'essai est toujours en cours, avec des résultats encourageants de l'avis des parties prenantes au projet.

Au croisement de la recherche publique et de l'entrepreneuriat

Porté par l'AP-HM, Aix-Marseille Université, l'Inserm et les Hospices civils de Lyon, le projet bénéficie aussi du soutien d'un industriel : Dassault Systemes qui souhaite se positionner de manière précoce sur le projet en vue du développement d'une plateforme valorisant ces travaux de recherche. Mais si les échanges se poursuivent avec ce partenaire, c'est plutôt vers la création d'une startup (baptisée VB-Tech) que s'est porté le choix des chercheurs, afin d'assurer au mieux le transfert de technologies.

« Le potentiel de ce projet dépasse le champ de l'épilepsie », assure Jean-Marc Ferrier, PDG de la startup. « Créer une startup était une manière d'être sûr que le potentiel sera exploité et valorisé au maximum ». Un gage de plus grande maîtrise du devenir du projet, assorti de la possibilité d'une collaboration plus forte avec les acteurs de la recherche publique.

Ainsi, aux côtés de Jean-Marc Ferrier, c'est le chercheur et principal inventaire de la technologie, Viktor Jirsa, qui fait figure d'actionnaire majoritaire de la startup. Celle-ci devrait en outre bénéficier de locaux au sein même de l'Institut de neurosciences des systèmes (INS) où officie Viktor Jirsa, sous la tutelle de l'Inserm et d'Aix-Marseille Université.

VB-Tech est également proche de la Satt Sud-Est qui suit depuis plusieurs années la valorisation de cette technologie, et de l'AP-HM avec qui elle tisse un partenariat autour de la production de données cliniques futures. « Nous allons également prolonger le travail mené avec Ebrains », infrastructure créée dans le cadre du projet européen Humain Brain dans lequel s'est inscrit Epinov. « Ils ont de supers ordinateurs et de grosses bases de données sur lesquelles nous avons tout intérêt à nous appuyer ».

De quoi bâtir « un partenariat public-privé sur le long terme. Car quand on fait collaborer des équipes de recherche et des industriels, on va plus vite ».

Du planning pré-opératoire à l'optimisation du choix de traitement

Aller plus vite dans la mise en place d'une « plateforme de prise en charge holistique de l'épilepsie » d'abord, avec la possibilité de réaliser un planning pré-opératoire, du diagnostic (grâce à la compréhension des rouages de la maladie, de sa manière de se propager dans le cerveau, de sa gravité), mais aussi du pronostic. « Nous pourrons, à partir de symptômes précoces et grâce à l'intelligence artificielle, prévoir l'évolution de la maladie et tester de manière virtuelle différentes solutions thérapeutiques ».

En parallèle, la startup évalue la possibilité d'utiliser la technologie dans d'autres types d'indications : maladie de Parkinson, d'Alzheimer, ou encore sclérose en plaque. « Nous ne proposerions pas nécessairement les mêmes fonctions pour chacune de ces maladies. Dans certains cas, il pourrait s'agir de l'identification de biomarqueurs pour prévenir la maladie. Alors que dans d'autres, l'idée serait plutôt d'optimiser le traitement ».

A long terme, l'ambition est de proposer ce que les anglophones appellent « Brain Health Trajectory », que l'on peut traduire par « trajectoire de santé du cerveau ». Le principe : proposer à tout patient à risque - du fait d'une prédisposition ou de l'apparition de symptômes précoces- un bilan de la santé de son cerveau et de son évolution probable, pour mieux prévenir et guérir.

Une première mise sur le marché prévue en 2025

Mais d'ici là, la startup - qui prévoit quelques recrutements et deux levées de fonds d'un montant global d'environ 4 millions d'euros d'ici la fin d'année - doit préparer la mise sur le marché d'une première version de la plateforme dédiée à l'épilepsie. Chose qui devrait être possible d'ici 2025, en amont d'une phase d'industrialisation et de l'obtention d'un marquage CE pour la distribution sur le marché européen. Les États-Unis sont également une cible importante. Dans tous les cas, il s'agira d'offrir le service à des hôpitaux par le biais de distributeurs. Dassault Systems pourrait alors avoir un rôle à jouer, même si Jean-Marc Ferrier assure n'avoir aucune « idée préconçue », tout en appréciant la vision de la santé du futur prônée par ce groupe.

De par le caractère innovant de l'outil que souhaite proposer VB-Tech, sa mise sur le marché devra aller de pair avec un important travail d'évangélisation et de formation des professionnels de santé. « Ce sera un de nos challenges car il s'agit là d'une innovation de rupture. Mais il ne s'agira finalement que d'un outil qui s'ajoutera de manière assez fluide à la boite à outils à disposition des médecins. Par ailleurs, on parle de plus en plus de modèles computationnels, dans un nombre croissant de domaines. Et dans le cadre de l'essai clinique mené depuis 2019, les hôpitaux font preuve d'un grand enthousiasme à l'idée d'y participer ». Des signes encourageants, propres à rassurer Jean-Marc Ferrier et Viktor Jirsa dans leur volonté de mettre enfin à profit des malades, le fruit de vingt longues années de recherche, fondamentale puis appliquée.

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