Comment Volta Medical veut s’imposer dans le traitement des arythmies cardiaques

A Marseille, cette entreprise a développé un logiciel capable de cartographier le cœur et d’identifier les régions présentant des anomalies électriques à l’origine de la fibrillation atriale. Après une première étude, une seconde – en cours – doit permettre d’établir le logiciel comme traitement de référence de cette maladie.

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(Crédits : DR)

Chef d'orchestre de l'organisme, le cœur joue sa partition sous la houlette du nœud sinusal. Cet ensemble de cellules situé dans l'oreillette droite - une des quatre cavités du cœur - impulse une onde électrique qui, telle une vague, se propage du haut vers le bas, de manière uniforme.

Mais il arrive parfois que la symphonie se mue en cacophonie. Vieillesse, malformations, anomalies génétiques ou troubles de la vascularisation peuvent désaccorder la mécanique du cœur. On parle alors d'arythmies cardiaques.

Parmi elles, la tachycardie, caractérisée par un rythme trop rapide, ou à l'inverse, la bradycardie qui se manifeste par un nombre de battements par minute inférieur à 50 au repos.

Mais l'arythmie la plus répandue est la fibrillation atriale, aussi appelée fibrillation auriculaire. Sa caractéristique : un rythme du cœur chaotique. « Le chaos électrique génère un chaos mécanique », explique Théophile Mohr Durdez, PDG de Volta Medical. Et les conséquences peuvent être graves : hausse de la mortalité, risque d'AVC, de démence, insuffisance cardiaque ....

La fibrillation atriale : 30 millions de personnes concernées dans le monde

Dans le monde, on estime que 30 millions de personnes sont concernées. Un chiffre qui connaît une croissance annuelle de 15 %. Au delà de modes de vie plus propices au développement de ce type de pathologie, cette hausse s'explique par une très faible capacité de prise en charge des patients. « La rythmologie cardiaque interventionnelle est relativement jeune. L'étude de la rythmologie interventionnelle a démarré dans les années 1990 et a vraiment commencé à fleurir dans les années 2000. On compte donc encore assez peu de médecins et d'infrastructures relativement au nombre de patients à traiter».

Parmi les quelques uns à se pencher sur le sujet, les trois cofondateurs de Volta Medical que sont Jerome Kalifa, Julien Seitz et Clément Bars. Le premier a fait l'essentiel de sa carrière dans la recherche fondamentale. Quant aux deux autres, ils exercent le métier de cardiologue, notamment au sein de l'hôpital Saint-Joseph à Marseille.

Dupliquer grâce au numérique une méthode de traitement

« Ils ont développé une technique visuelle pour mieux opérer les patients à partir de signaux du cœur ». Reposant sur une première phase d'exploration et sur une seconde consistant en une ablation des zones problématiques, cette méthode a fait ses preuves. Ce qui lui a valu une publication dans le Journal of the american college of cardiology, référence en la matière.

Seul bémol, de part sa technicité, la méthode est très difficile à transmettre et donc à diffuser. Alors pour lui donner plus d'écho, Jerome Kalifa, Julien Seitz et Clément Bars ont une idée : faire appliquer leur méthode par le biais d'un logiciel.

C'est alors que Théophile Mohr Durdez, ingénieur, rejoint l'aventure. Un an plus tard, en 2017, une première version du logiciel voit le jour. « Par voie veineuse, on place sur le cœur des cathéters multipolaires, avec plusieurs électrodes qu'on peut déplacer. Cela permet de mesurer des signaux qui sont ensuite analysés par le logiciel ». Ce, grâce à un algorithme entraîné grâce à plusieurs centaines de milliers de données collectées par les cofondateurs de l'entreprise.

Le logiciel révèle alors au médecin une cartographie du cœur qui montre où se situent les anomalies électriques à traiter.

Etude en cours auprès de 30 centres hospitaliers internationaux

L'outil, qui dispose désormais d'un marquage CE (Union européenne) et FDA (États-Unis), est d'abord testé dans le cadre d'une première étude exploratoire de douze mois, menée auprès de 300 patients issus de 8 centres hospitaliers français. Les résultats sont en cours d'analyse.

Désormais, une seconde étude clinique (multicentrique et randomisée) est en cours, cette fois auprès de 30 centres hospitaliers internationaux et 374 patients. Sur douze mois également. « Cette seconde étude a vocation à prouver la supériorité d'une approche avec Volta Medical par rapport à une approche conventionnelle pour le traitement de la fibrillation atriale persistante », cette forme persistante représentant 70 % des cas de fibrillation atriale.

Dans le cadre de cette étude, une opération d'ablation est réalisée sur les zones identifiées par le logiciel. Et les résultats semblent encourageants. « Sur le court terme, 90 % des opérations débouchent sur un arrêt de la fibrillation atriale contre 10 à 50 % avec des approches conventionnelles. Il faut ensuite suivre les patients sur la durée pour mesurer les bienfaits à long terme et évaluer le taux de récidive par exemple ». Des résultats qui devraient être connus d'ici fin 2023.

Démarrage commercial

Si cet essai est pour l'heure le principal sujet de préoccupations des équipes de Volta Medical, la commercialisation a néanmoins pu être enclenchée dès l'an dernier. « Nous comptons pour l'instant environ cinq centres clients en France et en Allemagne. Il s'agit de centres clés à haut volume avec une grosses expérience d'ablation de la fibrillation atriale ».Volta Medical entend gérer elle-même cette commercialisation. « Notre produit est très innovant. Pour le vendre et en faire comprendre les bénéfices, nous préférons pour le moment garder la main sur le processus de vente».

En parallèle, elle poursuit ses efforts en recherche et développement pour améliorer le logiciel existant et le doter de modules destinés à améliorer le traitement d'autres arythmies cardiaques. « Nous voulons répondre à d'autres besoins des médecins en bloc opératoire ». D'autant que, Theophile Mohr Durdez en est convaincu : « L'arythmie cardiaque, de part l'énorme quantité de données qu'elle génère, se prête particulièrement bien à l'intelligence artificielle ».

Pour tirer profit de ce potentiel, Volta Medical entend renforcer ses équipes dédiées à la recherche et développement. Des ingénieurs technico-commercial, présents en Europe et aux États-Unis (où l'entreprise dispose d'une filiale installée dans l'état du Rhode Island) devraient aussi être recrutés. De telle sorte que l'effectif de la PME devrait atteindre d'ici la fin d'année 80 salariés, contre 45 aujourd'hui.

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