Comment la crise a obligé le spécialiste des télécoms pour les yachts, SeaSatCom a faire preuve d’innovation

Spécialisée dans les services de télécommunications pour les yachts, l’entreprise basée à Sophia-Antipolis, à l’image du tourisme de luxe, a vu son activité dégringoler avec la fermeture des frontières Schengen. En attendant une hypothétique réouverture, elle se cherche des relais de croissance à travers un triptyque qui se veut générateur de croissance : diversifier, sécuriser, numériser.

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(Crédits : DR)

"Pour la première fois de ma vie, je navigue à vue", constate Antoine Perry. Un comble pour le dirigeant-fondateur de SeaSatCom, spécialiste des services de télécommunications pour yachts. En cause, la fermeture des frontières Schengen qui prive le tourisme de luxe de sa clientèle internationale, sur terre comme sur mer. Résultat, l'activité de l'entreprise implantée au sein de la technopôle de Sophia-Antipolis, inscrite sur une trajectoire haussière en 2019 avec 150 bateaux administrés pour un peu plus de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires, a chuté de 20% en 2020. En 2021, la perte devrait atteindre 45% selon ses estimations. L'interdiction de mouillage des superyachts par le préfet maritime de la Méditerranée sur de vastes zones du littoral afin de protéger les herbiers de posidonies n'ayant rien arrangé à l'affaire. Bref, "la crise est violente, d'autant plus violente que le secteur de la grande plaisance n'a eu droit à aucune aide, si ce n'est le chômage partiel", affirme Antoine Perry. Qui doit donc "se réinventer pour repartir en croissance".

Rééquilibrer le portefeuille de l'entreprise

Pour le dirigeant, la planche de salut tient en un triptyque où la diversification prime. "Notre cœur de métier, c'est l'internet maritime. A cet égard, le segment de la grande plaisance est peut-être ce qu'il y a de plus complexe à gérer. Ce savoir-faire, nous sommes en train de le déporter vers d'autres secteurs et notamment vers ceux de la marine professionnelle et gouvernementale". SeaSatCom a ainsi récemment équipé une vedette de la SNSM et travaille "ardemment à développer l'axe des sous-traitants de la douane et de la gendarmerie maritime". Autres cibles visées, les petites compagnies de marine marchande et les bateaux de forage "pour lesquels nous avons signé quelques jolis contrats mais pas suffisamment pour compenser la baisse du yachting". D'où la nécessité aujourd'hui de rééquilibrer le portefeuille d'activité de l'entreprise. "C'est quelque part un pari sur l'avenir".

Deuxième volet, la cybersécurité. Là-aussi, Antoine Perry tente de préparer l'avenir, "d'être aux avant-postes", comme il dit. "Notre sujet, c'est de développer des services à valeur ajoutée qui vont au-delà de la simple connexion internet. Or, la cybersécurité maritime est extrêmement complexe car protéger un bateau ne se limite pas au réseau internet, il y a aussi les équipements de navigation, le réseau d'entertainment, les multiples capteurs à bord..." En relation avec l'association France Cyber Maritime et Bureau Véritas, SeaSatCom envisage de monter un projet européen dédié à cette problématique, histoire de compenser des capacités d'investissement obérées.

Dernier point, la numérisation avec le lancement prochain d'un site internet marchand proposant la vente en ligne de certaines prestations. "L'idée, relève le dirigeant, est de diversifier les canaux de distribution pour capter ceux que je ne touche pas encore". Avec, en renfort, la mise en place d'une stratégie de marketing digitale pour "faire savoir à la communauté maritime notre savoir-faire".

2024 en ligne de mire

En attendant, "il s'agit de tenir". "Si le paradigme n'est pas simple, admet Antoine Perry, nous sommes toujours debout, la trésorerie est à flot et le PGE sous le coude, au cas où". L'entreprise a évidemment "fortement réduit la voilure". Elle a allégé l'effectif, passé de 12 à 8 personnes, et n'envisage pas l'embellie avant deux à trois ans. "Tant que Schengen sera fermé, nous serons impactés. Or si j'en crois les compagnies aériennes, le retour à la normale est attendu pour 2024". D'où cette recherche de relais de croissance, dans un contexte qui demain pourrait s'avérer extrêmement porteur pour le spécialiste des services internet maritime avec l'arrivée prochaine du bateau autonome. SeaSatCom aura alors là une carte à jouer.

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