Oléoinnov : les biotechnologies pour mieux valoriser les coproduits agricoles

Installée à Marseille, cette startup valorise des coproduits agricoles dont elle extrait des molécules biosourcées à forte valeur ajoutée pour des industriels. En plus de réaliser des prestations à façon pour des agriculteurs soucieux de valoriser leurs déchets, elle développe ses propres produits, dont une enzyme qui offre une alternative plus verte pour la décoloration de toiles de jean.

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(Crédits : DR)

Qu'ils soient issus du monde de la recherche ou de celui de l'industrie, de plus en plus d'acteurs se penchent sur la valorisation des déchets résultant de l'exploitation agricole ou de la transformation agroalimentaire. On pense à la paille et au son de céréales ou encore aux épluchures de fruits et légumes. L'enjeu est double puisqu'il s'agit à la fois d'éviter le gaspillage (et donc la surexploitation des sols) et d'offrir un complément de revenu aux agriculteurs.

C'est dans cette démarche que s'inscrit Oléoinnov. Avec une particularité qui lui permet de se différencier de bon nombre de ses concurrents : le recours aux biotechnologies. « Notre valeur ajoutée, c'est notre bonne connaissance des matrices végétales et de la composition des coproduits », assure ainsi Frédéric Fine qui a auparavant travaillé plus de dix ans pour Terres Inovia, un institut technique spécialisé dans la filière des huiles et protéines végétales, ainsi que de la filière chanvre.

En partenariat avec l'Inrae à Marseille, il se penche alors sur un co-produit en particulier : le tourteau de plantes oléagineuses qui est le résidu solide résultant de l'extraction de l'huile des graines.

Extraire des coproduits agricoles des molécules à forte valeur ajoutée

La poudre obtenue est utilisée dans l'alimentation animale sous forme de granulé. Mais chez certaines espèces animales, volailles en particulier, le tourteau est assez mal digéré en raison d'une trop forte concentration de lignocellulose, des fibres peu digestes.

Frédéric Fine découvre alors qu'un champignon raffole de ces fibres qu'il dégrade, ce qui le rend le tourteau plus digeste et en accroît la valeur marchande, passant d'un prix de 300 euros la tonne à 350 euros. Et cerise sur le gâteau, la dégradation du tourteau par ce champignon génère des molécules à forte valeur ajoutée susceptibles d'intéresser des industriels.

C'est pour tester ce potentiel commercial que Frédéric Fine fonde en 2019 Oléoinnov, autour de deux activités.

Prestations à façon et développement en interne de procédés

D'une part, l'entreprise met son expertise au service de coopératives agricoles soucieuses de valoriser certains de leurs déchets. Oléoinnov en analyse la composition puis réalise une étude technique pour identifier l'enzyme ou le champignon qui permettra de tirer de cette matière des molécules d'intérêt. Elle se charge ensuite de mettre au point les procédés industriels que le client (propriétaire intellectuel de l'innovation) pourra mettre en œuvre. « On a par exemple été contacté pour valoriser les déchets issus de la préparation de compotes de pommes, une sorte de mélasse avec beaucoup de sucs, de pectine et de lignocellulose. On a en extrait une molécule avec un pouvoir antioxydant qui peut être utilisée dans les industries cosmétique, nutraceutique et pharmaceutique ».

En parallèle, la startup s'attelle à développer ses propres procédés à partir du tourteau de colza. « On produit une enzyme dotée de propriétés décolorantes qui est utilisée par un fabricant français de toiles de jeans. On peut aussi dépolluer des effluents colorés rejetés par des industries dans le textile ou l'imprimerie par exemple ».

En plus de cette enzyme, elle est en mesure d'extraire une molécule antioxydante brevetée, le canolol, qui présente un intérêt pour l'industrie cosmétique et dermocosmétique grâce à sa bonne solubilité dans les matières grasses et à sa faible coloration. Son caractère antioxydant lui ouvre en outre des portes dans la nutraceutique.

« Et récemment on a découvert qu'il y a des applications possibles dans les bioplastiques, c'est une bonne surprise ».

S'ajoute enfin un potentiel en santé. « D'après la littérature scientifique, le canolol a un pouvoir anti-inflammatoire et anti-cancéreux. On a commencé l'évaluation de la molécule pour ces propriétés ».

Étoffer la gamme de procédés proposés, à partir de plus de coproduits

Si la prestation à façon est censée financer le fonctionnement courant de l'entreprise, le développement de procédés en interne permet de générer des revenus de licence qui sont réinvestis dans la recherche et développement de l'entreprise qui ne compte pas s'arrêter au tourteau de colza. « On regarde aussi du côté du tourteau de tournesol et de la paille de différentes cultures comme le colza et le blé. On y trouve des molécules intéressantes dans la lignocellulose qu'on peut libérer avec nos champignons et enzymes ». Des molécules dotées de propriétés aromatiques et antioxydantes notamment.

Pour accélérer son développement, la startup souhaite se doter d'un outil de production qui lui permettra de fournir directement certains clients qui ne passeraient pas par des contrats de licence. Un projet qu'elle entend financer grâce à une levée de fonds de 800 000 à 1 million d'euros d'ici la fin d'année.

Ce sera en même temps l'occasion d'étoffer l'effectif qui se compose à ce jour d'une salariée en plus de Frédéric Fine. « Dans un premier temps, nous souhaitons embaucher un ingénieur recherche et développement ainsi qu'un commercial. L'ambition est de constituer une équipe de quatre personnes d'ici début 2023 ».

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