Yann Hervouët – Instant System : « Le MaaS doit faire émerger des schémas intermodaux »

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(Crédits : DR)
Alors que la mobilité demeure un enjeu stratégique, pour les territoires comme pour les entreprises, le mobility as a service continue d’être le centre de l’attention, de la R&D et de la réflexion des acteurs du secteur. Une solution qui n’a pas encore trouvé son modèle parfait mais qui réunit tous les enjeux des déplacements. Où l’agilité est primordiale et qui doit « tenir dans la main » comme l’explique le CEO de la PME basée à Sophia-Antipolis.

La mobilité partagée, c'est le quotidien de Yann Hervouët depuis presque dix ans, depuis la création d'Instant System en 2013 à Sophia-Antipolis. La question du déplacement est alors déjà une préoccupation. Dix ans plus tard, les besoins ont évolué. La technologie et les stratégies aussi. Et désormais c'est le MaaS, le mobility as a service qui concentre toutes les attentions, qui concerne les grands acteurs comme les constructeurs, tout autant que les entreprises innovantes. Cependant, le MaaS peine encore à trouver la solution parfaite, le business-modèle juste. Ce qui en fait (encore) un vrai sujet d'innovation.

« Le MaaS suit la courbe de Hype », explique Yann Hervouët. « Nous sommes actuellement dans la phase descendante, celle durant laquelle on essuie des échecs et où l'on dénigre... Puis vient la phase ascendante, le marché est trouvé... Nous sommes à un moment où on a beaucoup évoqué le MaaS, sauf qu'il n'est pas encore dans la main des usagers ».

Le cœur du MaaS, le transport public

Avoir accès à tout type de déplacement - de la trottinette au train - via une seule application, un seul compte utilisateur, c'est ça le MaaS. Et en effet, si sur le papier c'est le modèle parfait, « ce n'est encore une réalité déployée », complète Yann Hervouët qui estime que le déploiement se fera davantage autour du transport public. « Le cœur du MaaS c'est le transport public ».

Yann Hervouët qui dit aussi que si la crise a accéléré l'intérêt pour les solutions de mobilité douce, « tout le monde ne peut aller à vélo », question d'infrastructures. « Il faut un mix ».

L'un des enjeux du MaaS est celui lié à la billettique. Posséder sur une même application les différents horaires et moyens de transport à disposition c'est bien, mais comment acheter son ticket pour l'un, gérer son abonnement pour l'autre ? « Toute la complexité est liée à l'achat ce qui inclut le paiement, la durée de validité... ». Et la question du premier et du dernier kilomètre.

« Le sujet du MaaS relève de la simplification de la vie des usagers mais aussi de la proposition de combinaisons des modes. Il doit faire découvrir des combinaisons », ajoute Yann Hervouët. Le « bon » schéma est donc celui qui combine plusieurs modes. C'est aussi celui qui répond aux besoins du marché. Ainsi le co-voiturage, initialement proposé pour de la courte distance, a trouvé son modèle sur la longue distance. « Car c'est ce dont le marché avait besoin », souligne Yann Hervouët. « Ce qui se développe, c'est ce qui a du sens ».

Le « bon » MaaS est celui qui permet les gains partagés. C'est-à-dire qui offre un gain à l'usager et également un gain à l'opérateur de transport. « La trottinette rend le transport public attractif », cite en exemple, Yann Hervouët.

Stratégies plurielles

Si pour l'heure, aucun phénomène de concentration des acteurs n'est observé, les stratégies sur le MaaS sont plurielles. Celle qui privilégie l'approche BtoC n'est pas la plus aisée, ne serait-ce que parce qu'elle se confronte au GAFA et « un seul acteur gagne à la fin, c'est Google », indique Yann Hervouët. Instant System se situe, elle, comme un acteur du MaaS sphère publique. Mais aujourd'hui, il existe aussi une approche de MaaS Corporate, c'est-à-dire pour les entreprises et qui consiste à vendre aux entreprises un service MaaS afin que les salariés consomment la mobilité telle que le permet la loi LOM et la loi mobilité durable. « L'enjeu est fiscal, RH, financier... » Et pourrait bien pousser au changement dans la façon même dont les entreprises envisagent leur politique interne. Un crédit mobilité plutôt qu'une voiture de fonction ? « J'y crois fort », dit Yann Hervouët.

Qui le redit, « le MaaS doit être au service des parties prenantes. Les enjeux sont aussi ceux de la pollution, de l'encombrement, du vivre ensemble, de l'espace public... L'enjeu de la ville, c'est la ville apaisée ». Et l'enjeu premier du MaaS est globalement celui de la mobilité du territoire.

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