Antoine Petit – PDG CNRS : « Le quantique est magique en ce qu’il défie la compréhension naturelle »

 |  | 1106 mots
Lecture 6 min.
(Crédits : CNRS)
Logique de recherche, nécessité du transfert des technologies, attractivité du territoire et de la France, choix pertinents et de « niche » à faire dans les régions, fuite des cerveaux comme porte ouverte enfoncée… Présent à Sophia-Antipolis, le patron du centre national de la recherche scientifique explique les enjeux de la recherche française et les défis qui dépassent, évidemment, le cadre national. Où il est question d’IA et de quantique…

La recherche hexagonale est, plus que jamais, un sujet d'actualité. Pas uniquement que d'un point de vue vaccins et coronavirus. Et c'est bien toute la palette de ce qu'adresse le CNRS que son PDG veut souligner. Présent dans le Sud, à Marseille et Nice Sophia-Antipolis, Antoine Petit est certes venu en visite sur le terrain mais c'est bien évidemment aussi, l'occasion de rappeler quelques fondamentaux et d'évoquer un peu (beaucoup) la stratégie.

Le CNRS est évidemment l'une des institutions les plus emblématiques de la recherche, employant 32 000 employés pour un budget annuel de 3,7 milliards d'euros.

Mais, rappelle Antoine Petit - et on sent bien qu'il y tient - « le CNRS couvre tous les champs de la connaissance », de la biologie aux mathématiques, de la physique à l'écologie et l'environnement. C'est surtout une présence très forte sur le territoire hexagonal, via 1 000 laboratoires en France, sans oublier la centaine existante également à l'étranger.

Un CNRS qui partage des laboratoires communs avec les universités ou les grandes écoles. Un CNRS qui n'est pas davantage absent du champ économique, on en veut pour preuve les 160 laboratoires communs avec les industriels et les 80 à 100 startups qui en sont issues chaque année.

Créer des masses critiques, des écosystèmes

Le transfert de technologie, justement, est toujours un sujet central. Faire « passer » une innovation née dans un laboratoire à l'échelle industrielle, est tout autant un défi que ce que c'est essentiel. Il y a la voie « classique » serait-on tenté de dire, celle du transfert qui passe souvent par les Société d'accélération, les SATT implantées en région, et qui bénéficient d'un fort réseau entreprenarial.

« Notre volonté est de rapprocher le monde de la recherche du monde industriel : ce qui nous importe c'est comme créer des masses critiques et des écosystèmes ».

Avec les startups, parfois créées d'une innovation née en labo, « notre objectif n'est pas de gagner de l'argent. Si elles grandissent, créent de l'emploi, elles génèrent une richesse qui revient à l'actionnaire n°1 du CNRS, c'est-à-dire l'Etat. Notre volonté est de les mettre sur la ligne de départ, ensuite à elles de se développer », indique Antoine Petit qui sait très bien que ne devient pas chef d'entreprise qui veut et que c'est parfois - très souvent - une transition peu évidente pour un chercheur. Faciliter ce passage d'« inventeur » à dirigeant c'est le rôle de CNRS Innovation - filiale à 70 % du CNRS et à 30 % de Bpifrance -  qui « accompagne les porteurs de projets pour transformer les chercheurs en entrepreneurs ».

Où on en vient à évoquer les dépôts de brevet. Un indicateur de la dynamique de la recherche ? Ça dépend, explique le patron du CNRS qui précise que le nombre, dans l'absolu, n'est pas significatif. Que ce qui compte bien davantage, c'est sa capacité d'exploitation. « Le dépôt de brevet n'est pas un indicateur pertinent. Ce qui compte c'est que le brevet soit exploitable ». Et d'expliquer qu'il faut faire la différence entre les brevets défensifs et les offensifs, ceux-là même sur les « startups peuvent s'appuyer ».

L'IA, oui, mais sur des thématiques précises

A Sophia-Antipolis impossible de ne pas parler IA. L'institut 3IA, obtenu en avril 2019, avec une candidature qu'avait poussé David Simplot, alors directeur du site Sophia-Antipolis Méditerranée de l'INRIA, a été un facteur déclencheur pour tout un territoire qui s'est, d'un coup, trouvé propulsé sur le devant de la scène et qui depuis, surfe, si l'on peut dire sur la vague. Mais, voilà, « aujourd'hui, tout le monde fait de l'IA », soulève Antoine Petit. « Dire, au niveau français, on va développer l'IA, c'est ambitieux. Le dire au niveau d'un territoire, c'est suicidaire ».

Faire de l'IA c'est donc très bien, mais c'est mieux « de se focaliser sur une thématiquesur une excellence, une niche, reconnue à l'international ». Comme la santé, filière structurante du territoire Nice Sophia-Antipolis.

L'Idex UCA Jedi, le label décroché par Frédérique Vidal, lorsque la ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, était présidente de l'Université Côte d'Azur, a une autre particularité du territoire azuréen et Antoine Petit le salue comme cela, estimant que « il faut rendre hommage à Frédérique Vidal qui a pensé un projet auquel peu de personnes croyaient et qui a fait des jaloux ». Il est vrai que la présidente de l'UCA n'avait pas ménagé ses efforts, notamment pour embarquer dans le projet, les entreprises du territoire. « L'essai a été transformé », estime Antoine Petit, cela « montre l'excellence scientifique » du territoire et un Antoine Petit qui n'imagine pas le label ne pas être renouvelé en avril prochain.

« Le quantique, ce n'est pas que le calculateur »

Autre thème qui crée l'appétence, le quantique. D'autant plus après la présentation du plan dédié pour la France et l'annonce de la mobilisation de 1,8 milliard d'euros qui ajoute des moyens financiers à l'intérêt scientifique. Un sujet qui ne peut pas laisser indifférent le territoire Nice Sophia-Antipolis, pas peu fier de compter parmi les effectifs du CNRS Côte d'Azur Sébastien Tanzilli, chargé de mission technologies quantiques et membre de la task force pilotée par l'Etat. Sur le quantique, Antoine Petit a aussi une vision claire. « Le quantique, c'est du temps long » dit-il. Rappelant que les centres quantiques français reconnus sont Paris Centre, Paris Saclay et Grenoble. Pas Sophia-Antipolis donc. Mais « le quantique concerne des domaines différents. Ce n'est pas que le calculateur. Le quantique est magique en ce qu'il défie la compréhension naturelle. Et que des applicatifs émergeront que l'on n'imagine même pas ».

La France, grand pays scientifique

A la question - qui fâche souvent - de la fuite des cerveaux, Antoine Petit temporise. « 30% des chercheurs recrutés chaque année par le CNRS sont d'origine étrangère. Pour que ça fonctionne, il faut aussi que des Français partent à l'étranger. Ça ne marche pas que dans un sens ».

IA, quantique, recherche... tout cela porte aussi l'attractivité de la France. « Le CNRS a une image exceptionnelle à l'étranger. La France est un grand pays scientifique. Mais il existe de plus en plus de grands pays scientifiques. Il y a 20 ans, la Chine n'existait pas de ce point de vue. Aujourd'hui, c'est un acteur majeur. Si on discute avec la Chine sur le quantique ou l'IA, il y a des domaines où on a perdu mais ça ne veut pas dire que nous avons tout perdu ».

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/02/2021 à 9:36 :
Surtout qu'avec un ordinateur quantique le secteur médical pourra enfin proposer de véritables soins aux humains et non ces placebos plus ou moins mortels issus tout droit de la société marchande.

Mais réfléchissez on y dès maintenant, les actionnaires milliardaires dont la seule préoccupation est de gagner toujours plus d'argent toujours plus vite précipitant le monde vers son anéantissement ont-ils intérêt à être aussi efficaces ?

Non, plus ils en mettent partout, plus c'est du grand n'importe et plus ils encaissent de dividendes. Nietzsche nous avait prévenu, "seul celui qui a de l'esprit devrait posséder autrement la fortune est un véritable danger public." On y est.

Regardez comme ils se sont fait déjà des milliards avec cet ersatz d'IA, tandis qu'une véritable IA leur dirait d'arrêter de tout détruire et massacrer par pure cupidité leur proposant des millions d'alternatives qu'ils refuseront toujours pas cupidité car totalement aliénés.

C'est l'empire des faibles ou impasse humaine majeure.
a écrit le 14/02/2021 à 23:56 :
Il y a de sacrés zozo au cnrs, un certain Philippe Guillemant , par ailleurs fort sympathique mais qui est entrain de fonder une religion autour d'une théorie de la double causalité et de l'influence de la conscience, non définie bien sur, sur la réalité physique observée !

Quel délire !
a écrit le 14/02/2021 à 12:44 :
Le cerveau humain est quantique " oui, non, peut-être" ... version numérique c'est du flan, comme le bug de l'an 2000.
a écrit le 14/02/2021 à 12:41 :
Le quantique nous sauvera t il de la dictature, de la crise économique, de Macron et de ses trahisons à répétition ? Il en dit quoi le Monsieur du CNRS ?
a écrit le 14/02/2021 à 9:10 :
Un chercheur le lundi, ne décide pas ce qu'il va découvrir le vendredi.
Alors qu'un ingénieur le lundi, sait ce qu'il doit rendre le vendredi.
-"Le CNRS est évidemment l'une des institutions les plus emblématiques de la recherche, employant 32 000 employés ..."
Outre la piètre utilisation que vous faites du français, "employant 32000 employés"!, considérer les chercheurs du CNRS comme de simples employés, c'est faire peu de cas de la recherche, ce qui dans un article dont elle est le sujet est pour le moins surprenant.
A moins que ce qualificatif soit consciemment utilisé pour bien marquer que tout est entrepreneurial.
Il est vrai que le directeur du CNRS devenant sous votre plume un PDG, on a aucun doute quant à l'idée que vous vous faites de la recherche.
Concluons par le constat des plus récents et admirables exploits des employés de la recherche privée française, Pasteur (géant autrefois dans les vaccins, fini dans les choux), SANOFI (société française?) devenu embouteilleur allemand.
Réponse de le 15/02/2021 à 9:45 :
"Un chercheur le lundi, ne décide pas ce qu'il va découvrir le vendredi.
Alors qu'un ingénieur le lundi, sait ce qu'il doit rendre le vendredi."

Oui, mais surtout l'ingénieur a une obligation de résultat. Si l'ingénieur ne trouve pas, la réalité est là pour le ramener sur terre, et son patron pour éventuellement le virer. Si le chercheur ne trouve pas, il change de thématique de recherche...Ce n'est nullement pour dénigrer la recherche mais présenter l'ingénieur comme un fonctionnaire plan plan qui déroule le programme de la semaine, par opposition à ''l'aventure de la recherche'' montre une formidable méconnaissance du métier. Un chercheur produit surtout du papier, un ingénieur produit.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :