La stratégie de Nissactive pour rebondir après la crise

Installée à Grasse, cette entreprise conçoit, à partir de matières premières locales, des principes actifs destinés à l’industrie cosmétique. La crise ayant retardé le lancement de ses produits à 2021, elle a développé en parallèle une activité de prestation de recherche et nourrit un important projet de valorisation des coproduits de l’agriculture et du jardinage.

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(Crédits : DR)

« On avançait bien. On avait trois produits en phase de lancement. Les communiqués de presse étaient rédigés. On devait participer à des salons. Et puis le premier confinement a complètement rebattu les cartes », regrette Xavier Fernandez, enseignant chercheur qui apporte son concours scientifique à Nissactive et a dirigé la thèse de sa fondatrice, Hortense Plainfossé. Les salons sont annulés. Les prospects ont d'autres priorités. Les laboratoires de recherche avec qui travaille étroitement l'entreprise sont fermés. S'ajoutent à cela le départ de la fondatrice et de la chargée de projet, seule salariée de la jeune pousse. « D'abord on pleure. Puis on se remonte les manches et on repart à l'attaque ».

Si l'entreprise parvient à tenir malgré ces vents contraires, c'est probablement, de l'avis de Xavier Fernandez, grâce à son appartenance au groupe Verger-Dubois. « Cela nous donne une ossature qui nous aide sur le volet administratif ».

De la prestation de recherche auprès de PME

C'est ainsi que dès septembre, Nissactive embauche deux salariées en plus d'une doctorante. Dans le même temps, elle est de plus en plus sollicitée par des PME pour de la prestation de recherche. « Elles font appel à nous pour développer des ingrédients à partir d'une matière première qui est importante pour eux. Ce sont des entreprises de 50 à 100 salariés qui ont un service recherche et développement, un certain savoir-faire en formulation mais pas sur les ingrédients objectivés innovants. ».

Car c'est là la plus-value de l'entreprise grassoise : la mise au point de principes actifs validés scientifiquement. «Tous sont associés à une ou plusieurs publications. Au fur et à mesure, les gens nous lisent, se partagent les informations ... d'autant qu'à l'échelle nationale, le réseau des cosmétiques représente finalement un petit nombre d'acteurs ».

Pour l'heure, trois à quatre projets de ce type sont en cours. « Sachant qu'un projet représente plusieurs dizaines de milliers d'euros, cela nous offre un peu de tranquillité en nous permettant de payer les salaires ». Et de s'atteler plus sereinement au lancement du catalogue prévu au printemps. Catalogue qui proposera entre 6 et 8 ingrédients provenant de 3 plantes locales parmi lesquelles le chêne truffier et le prunier de Brignoles.

Ces actifs devraient rapidement être rejoints par d'autres, une dizaine étant en cours de finalisation. Et pour étoffer plus encore l'offre, Nissactive envisage de conclure des partenariats avec d'autres startups aux compétences complémentaires. « Nous pourrions identifier les propriétés d'ingrédients qu'ils ont déjà mis en vente. Par exemple, si une société utilise une matière première en parfumerie, on pourrait travailler avec elle pour évaluer si cette même matière a des vertus en cosmétiques ».

Valoriser les coproduits de l'agriculture et de la jardinerie

Et dans cette même logique de tirer au maximum profit des végétaux, la TPE grassoise nourrit un projet de valorisation des coproduits agricoles et de la jardinerie.

« Il s'agirait de fédérer des acteurs, peut-être à l'échelle nationale, avec des demandes de financements européens pour financer l'innovation. Nous sommes déjà très soutenus par la communauté d'agglomération du pays grassois dans le cadre de son Contrat de transition écologique ». Car la démarche permettrait de valoriser les produits locaux et d'apporter un supplément de revenus aux producteurs. Une tendance forte dans le milieu des cosmétiques. « Les coproduits constituent une mine d'intérêt pour de nouveaux actifs. Quel intérêt d'aller chercher des matières premières en Amazonie alors qu'un jardinier à 300 mètres de nos bureaux coupe des haies dont on n'a jamais évalué l'intérêt ? » Ces nouvelles pratiques permettraient de répondre à une difficulté du marché : la courte vie des produits rythmée par les modes. « Parfois, le temps de développer le sourcing et d'obtenir une ressource, la mode est passée. Avec la valorisation de coproduits, on est en capacité d'avoir du volume, tout de suite à disposition ». Et aussi de répondre aux attentes environnementales des clients et des consommateurs, de plus en plus prégnantes.

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