Il faut un plan de décarbonation pour les maraîchers français

OPINION - Nous, les maraîchers français, qui approvisionnons la France en légumes, mettons tout en œuvre depuis plusieurs décennies pour accélérer notre transition énergétique. Mais nous peinons à être accompagnés par l’État et à mobiliser des aides. Un plan de décarbonation conséquent à destination des entreprises françaises existe. Le problème ? Ce dispositif de 1,2 milliard d’euros est réservé à l’industrie. L’agriculture française a tout bonnement été oubliée ! *Appel d'un collectif

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(Crédits : DR)

Dès lors, comment tendre vers la souveraineté alimentaire nationale souhaitée par l'État ? Sans une filière fruits et légumes solide, cette sécurité alimentaire que nous appelons tous de nos vœux ne sera pas atteinte et nous ne pouvons l'accepter. De plus, cette filière génère plus de 450.000 emplois directs dont 250.000 emplois saisonniers, non délocalisables en France. Protégeons ces emplois.

Chez les maraîchers, l'incompréhension est complète : la démarche volontaire et résolument tournée vers l'avenir de la filière légumière et du maraîchage sous serre en particulier, n'est plus à démontrer. Depuis 40 ans, les évolutions et améliorations de la production des légumes français ont été nombreuses.

Dès les années 80, nous avons entamé une démarche alternative à l'usage des pesticides : la protection biologique intégrée (PBI). Depuis, le recours aux insectes protecteurs s'est généralisé dans les exploitations françaises et permet de combattre les parasites et certains champignons. Forts de cette démarche, les maraîchers ont fait émerger différents labels de référence : « sans pesticides », « zéro résidu de pesticides », etc.

En parallèle, nous avons optimisé notre utilisation de l'eau grâce à un système d'irrigation de précision. De plus, nous récupérons les eaux de pluie. Dans certaines régions, les maraîchers ont recours jusqu'à 80% aux eaux de pluie pour irriguer les cultures.

Face à des productions de légumes étrangères uniformisées, nous avons diversifié les variétés cultivées pour proposer une expérience plus riche en goût et en saveurs aux Français.

Enfin, pour répondre aux enjeux sociétaux et aux attentes des consommateurs, nous développons actuellement des solutions alternatives aux emballages plastiques : emballages carton, vrac, etc. pour continuer à offrir des légumes frais, traçables et protégés aux Français.

Les chantiers entrepris sont conséquents et les producteurs montrent leur capacité à se remettre en question et à avancer.

 Réussir la transition énergétique

Aujourd'hui, nous, producteurs de légumes, faisons face à un enjeu complexe : réussir notre transition énergétique. Notre principal défi : accélérer le déploiement de solutions de production de chaleur renouvelable pour les serres. Nous avons conscience que notre métier doit continuer à évoluer pour produire de manière toujours plus vertueuse. C'est pourquoi nous multiplions les projets et innovations pour accélérer notre transition : méthanisation, biomasse, solaire thermique, optimisation énergétique, géothermie, etc. Actuellement, entre 10 et 15% des besoins de chaleur dans les serres sont couverts par des énergies renouvelables.

 Malheureusement, beaucoup de nos initiatives - souvent encore expérimentales - sont à l'arrêt ou ne peuvent voir le jour faute de soutien. Car elles ont un coût très lourd à supporter par nos exploitations. Pour pallier cela, nous avons besoin d'être accompagnés et soutenus.

Par conséquent, nous invitons Monsieur le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julien de Normandie et Monsieur le Ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire à réfléchir collectivement avec nous les producteurs et toutes les parties prenantes concernées pour co-construire ensemble un plan de décarbonation à destination des maraîchers. Avançons main dans la main, au service de notre transition énergétique nationale, au service du maintien d'emplois ruraux non délocalisables, au service de notre souveraineté alimentaire !

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Signataires :

Laurent Bergé, Président de l'AOP Tomates et Concombres et maraîcher d'Océane - Pierre-Yves Jestin, Président et maraîcher de Savéol - Marc Kerangueven, Président du CERAFEL et maraîcher de Prince de Bretagne - Jacques Rouchaussé, Président des producteurs Légumes de France et maraîcher - Christophe Rousse, Président et maraîcher de Solarenn et Bruno Vila, Président et maraîcher de Rougeline.

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