Comment Save my shoes veut relocaliser le traitement des baskets usagées

Installée à Port-de-Bouc, près de Marseille, cette association se donne deux missions : restaurer des baskets usagées à un prix fixe de 30 euros et informer les consommateurs sur les manières de résister aux sirènes de la fast fashion.
(Crédits : DR)

A partir de quant décrète-t-on qu'une basket est hors d'usage ? Lorsqu'une tache en gâche l'homogénéité ? Lorsque le tissu s'érode ? Ou bien lorsque la semelle en vient à s'émietter ?... Tout dépend de son propriétaire.

Une fois remplacée par une homologue flambant neuve, la basket usagée finit le plus souvent au fond d'une benne à ordures ménagères, ou, pour les plus consciencieux d'entre nous, dans un conteneur dédié à la récupération des produits textiles, avec l'espoir qu'elle sera ensuite retraitée pour être redistribuée à des personnes qui en ont besoin. Sauf que les choses ne sont pas si simples.

« Une bonne moitié voire les trois quarts de ces chaussures sont envoyées en Tunisie pour y être traitées. Puis les plus qualitatives sont renvoyées en France où elles seront effectivement redistribuées », explique Glenn Lenga, fondateur de Save my shoes.

Des cimetières de textile au Ghana aux vêtements glanés dans les poubelles puis abandonnés dans les rues de Marseille, cet amoureux de mode a pu constater avec acuité l'impact environnemental de la surconsommation des vêtements et chaussures. Et cela ne colle pas vraiment à ses valeurs. Ni à son héritage familial.

Le soin des chaussures de père en fils

Né en Bourgogne, ses parents sont originaires du Congo, terre des sapeurs dont le chanteur de rumba congolaise Papa Wemba fut une figure.

« Je me souviens de mon père qui, chaque samedi, nettoyais ses chaussures jusqu'à ce qu'elles soient plus belles et plus brillantes ». Un soin des chaussures que partage Glenn Lenga, faute de pouvoir les renouveler aussi fréquemment qu'il le voudrait.

Il découvre alors les sites internet de revente de produits de mode sur lesquels ils achète des chaussures neuves puis d'occasion qu'il remet en état avant de les revendre. Cela l'amuse. Et lui permet d'engranger quelques économies en parallèle des postes qu'il occupe dans le prêt-à-porter, dans des magasins d'achat-revente de produits d'occasion, ou encore à Ikea.

Puis naît l'opportunité d'en vivre pleinement. Un concours d'entrepreneuriat au cours duquel son idée de redonner une seconde chance à des baskets usagées, de « faire de ces déchets un trésor pour d'autres », remporte un franc succès. S'ensuit l'obtention d'un microcrédit par l'Adie qui lui permet d'acheter tout le matériel permettant de professionnaliser son activité. Et un accompagnement par la couveuse d'entreprises Cosens.

Le choix du statut associatif pour changer les habitudes

Mais à bien y penser, restaurer et vendre des chaussures ne lui suffit pas. Glenn Lenga a envie d'avoir un impact. De changer les mentalités. D'inculquer aux consommateurs de nouvelles habitudes d'achat et de gestion de leurs chaussures usagées. Et quoi de mieux pour cela que de convaincre les plus grands consommateurs de baskets, à savoir les adolescents ?

Il a donc envie de proposer des ateliers de sensibilisation dans les collèges et lycées. Mais craint de ne pas être crédible s'il représente une entreprise dont l'objet est par définition de réaliser du profit. Il prend alors la décision de créer non pas une entreprise, mais plutôt une association : Save my shoes. Une association qui s'adresse aux jeunes mais aussi aux entreprises, en mettant à leur disposition des points de collecte usagées, en leur parlant du cycle de vie de leurs baskets, ou encore en leur proposant des ateliers pratiques...

L'association Save my shoes propose également de remettre d'aplomb des baskets usagées pour un forfait fixe de 30 euros. « Je les nettoie, je restaure les couleurs et je peux les customiser ». L'offre a déjà trouvé quelques preneurs mais Glenn Lenga prévoit d'amplifier ses efforts commerciaux. Il lui faudra aussi avoir accès à un plus grand nombre de chaussures d'occasion, ce qu'il veut rendre possible grâce à la mise à disposition de points de collecte dans des établissements scolaires mais aussi dans des friperies.

Boutique, chantier d'insertion, confection de produits d'entretien ...

Pour l'heure, il est hébergé dans les ateliers de Click-Dive à Port-de-Bouc, une entreprise qui récupère des filets de pêche pour la fabrication de montures de lunettes. Et avec qui un partenariat est envisagé. « On pourrait faire des sacs ou des porte-cartes à partir de ces filets et de morceaux de chaussures trop usées pour être restaurées ». Mais à terme, il espère disposer de sa propre boutique au cœur de Martigues. « Ce serait bien d'avoir un espace physique pour rencontrer les clients. Cela existe dans le domaine de la chaussure. Mais il n'y en a pas qui soit spécialisé dans les baskets ».

D'ici là, il tente de ne pas se disperser dans le flot d'idées qui irriguent son esprit. Des tutos à 5 euros pour apprendre aux gens à restaurer eux-mêmes leurs chaussures. La confection de ses propres produits ménagers à partir de matières premières locales telles que du savon de Marseille. « J'aimerais que tous les aspects de mon activité s'inscrivent dans du circuit court ».

La création d'un chantier d'insertion est également prévue, afin d'offrir un tremplin vers l'emploi à de jeunes décrocheurs scolaires ou des personnes en situation de handicap...

Mais pour le moment, « l'enjeu est avant tout de capter l'attention des gens. D'abord au niveau de la région, puis partout en France ». Avec la conviction qu'il est possible de bousculer les habitudes à condition d'activer les bons leviers, à commencer par le prix. « Souvent, les produits remis à neuf ou issus du upcycling sont trop chers ». Glenn Lenga veut faire en sorte qu'intérêt du portefeuille et de la planète ne fassent plus qu'un. Pour que l'économie circulaire sorte de sa niche. Et devienne un réflexe pour le plus grand nombre.

A suivre en direct dès 9h15 - Aix-Marseille Zéro Carbone

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