Ce que les (bons) résultats de Virbac disent de sa stratégie

Une croissance à deux chiffres – de l’ordre de 12% – enregistrée au premier semestre dans un contexte de marché qui performe moins, des envies d’acquisitions – complexes à se concrétiser – et de renfort de positionnements géographiques notamment aux Etats-Unis qui ne sont pas moins exigeants constituent les socles d’une stratégie qui place l’innovation et la conquête en premiers leviers. Ou comment le laboratoire vétérinaire, implanté à Carros, déroule son plan de développement patiemment mais sûrement, même dans un contexte inflationniste.
(Crédits : DR)

Sébastien Huron est un directeur général serein. Les résultats du premier semestre 2022, publiés par le laboratoire vétérinaire originaire de Carros, démontrent ce que le dirigeant appelle lui-même « une très belle dynamique » et un équilibre dans celle-ci puisqu'autant le segment des animaux de compagnie que celui des animaux de production performent, respectivement à 14% et 10% de croissance à taux de change constant, portent celle du chiffre d'affaires sur les six premiers mois de l'année à 12%.

Un chiffre d'affaires qui a atteint la barre symbolique du milliard d'euros l'an dernier et qui déjà montrait le bon comportement de l'entreprise française. Une belle dynamique qui se poursuit. Géographiquement notamment puisque Sébastien Huron le précise, « toutes nos régions sont en croissance notamment dans certains pays comme l'Australie ou l'Inde qui est un pays très important pour nous ».

L'Amérique du Nord, marché stratégique

La France n'est pas en reste mais c'est en Amérique du Nord que le comportement de Virbac est très observé car les Etats-Unis représentent un élément important de la stratégie de déploiement. Et l'Amérique du Nord, c'est 20% de croissance enregistrée au premier semestre. C'est notamment sur ce marché géographique prometteur qu'a été lancé la gamme petfood en début d'année, destinée aux animaux - chiens et chats - stérilisés (90% de ces animaux le sont aux Etats-Unis) venant apporter une réponse à un besoin non comblé, celui d'une alimentation adaptée au changement de métabolisme entraîné après la stérilisation. Veterinary HPM, tel est son nom, est distribué chez les vétérinaires, en vente au détail dans les cliniques mais également sur iVet, la société américaine de petfood, qui possède notamment une plateforme de distribution, rachetée en juillet 2021, l'idée étant alors précisément de booster l'entrée sur le marché américain de Virbac. Un potentiel évident mais qui demande de la patience car comme l'explique encore Sébastien Huron, « le circuit de décision est long ». Il ne s'agit pas uniquement de convaincre les vétérinaires mais également les propriétaires de chiens et chats. « Cela va prendre du temps, mais nous y croyons dans la durée. Nous allons entrer peu à peu dans les cliniques, former les vétérinaires, C'est long car plusieurs acteurs sont concernés, c'est très différent du vaccin où le vétérinaire est seul décisionnaire ». Pour rappel, Virbac est n°2 mondial sur la petfood - un segment qui marche très bien en France notamment - derrière Royal Canin (propriété du groupe américain Mars Incorporated).

Recherche acquisitions désespérément

Virbac qui affiche donc une certaine sérénité, d'autant que le groupe performe dans un marché global en décroissance, qui a enregistré 6% de croissance sur le premier trimestre, 3,5% sur le deuxième trimestre. « Ce comportement du marché n'est pas une surprise pour nous, c'était attendu, 2021 étant inhabituelle dans sa dynamique », indique Sébastien Huron. Patient, un peu par contrainte sur certains points. Si géographiquement un recul a été observé en Chine sur le marché du porc et du cochon - « un recul sans raison particulière » ainsi qu'un recul constaté sur le segment des antibiotiques des animaux de production - les points d'attention sont ailleurs. Comme tout groupe qui veut croître l'innovation est essentielle pour continuer à se maintenir en pôle position.  « Nous n'avons plus de dettes depuis l'an dernier. Nous cherchons des acquisitions de façon très active, mais il n'y a pas d'actifs qui soient intéressants pour nous et abordables », regrette Sébastien Huron, obligé de ronger son frein. Et qui n'en n'est pas moins sollicité mais beaucoup sur des projets qui exigent du temps. « Ce que nous trouvons parfois ce sont des pipe-line c'est-à-dire des actifs à très haut risque : ce sont des startups, des biotechs ou des sociétés qui ont des projets de R&D. Ce sont des projets à risque de R&D et il est donc compliqué de s'accorder sur des valorisations ».

« L'un des drivers historiques c'était les grosses fusions de M&A qui pour raisons de lois anti-trust demandaient de désinvestir des actifs, des positions dans certains pays : Virbac et d'autres acteurs ont profité de cela pour se renforcer. Mais ce phénomène, compte tenu de la consolidation du marché, est derrière nous. Il reste donc les opportunités plus régionales, d'acteurs de plus petite taille, ou les structures plus de portefeuille, les startups », complète pour sa part Habib Ramdani, le directeur des affaires financières du groupe.

L'inflation, « compensée »

Virbac qui continue d'investir, plus fortement, avec 60 millions d'euros consacrés en deux ans à des dépenses d'investissement industriels, de compétitivité, de capacité, de rénovation de certains des sites disséminés dans le monde, enveloppe qui s'élevait jusqu'alors à 40 millions d'euros. Virbac qui continue de travailler sur le centre de biologie, prévue pour prendre position au siège du groupe, à Carros. Un centre d'excellence mondiale dédié à la fabrication de produits de biologiques à destinée vétérinaire qui mobilise une enveloppe de 50 millions d'euros. Les premières études d'ingénierie ont démarré et trois années de travaux de construction sont prévus avec une disponibilité opérationnelle estimée à 2027.

Virbac qui poursuit investissement et stratégie, dans un contexte où l'inflation provoque beaucoup d'incertitudes. L'inflation qui touche évidemment Virbac, le groupe ayant répercuté, lorsque cela lui semblait opportun, les hausses subies. « Le challenge va être de continuer à augmenter les prix alors qu'on le fait déjà depuis 2 ans. En 2023, l'inflation nous affectera davantage qu'en 2022. Nous répercutons une grande partie de l'inflation. Même si c'est très difficile de quantifier les impacts que pourrait avoir l'inflation l'année prochaine. Cependant, tout dépend comment on estime cet impact : sur deux ans nous avons compensé. En 2022, difficile de la compenser totalement », explique Sébastien Huron. Pour rappel, Virbac emploie 5.100 collaborateurs dans le monde et a réalisé en 2021 1,064 milliard d'euros de chiffre d'affaires, réparti à 59% sur le segment des animaux de compagnie et à 41% sur celui des animaux de production.

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