Comment Tut Tut veut devenir le Blablacar de la livraison du dernier kilomètre

Installée à Avignon, cette startup propose un service de livraison collaborative au départ de magasins, qu’il s’agisse de grandes enseignes de l’alimentation ou de l’électroménager, mais aussi de PME. Comptant 700 entreprises partenaires en France, elle entend amplifier son maillage et peaufiner sa solution technologique. Avant, peut-être, de se lancer à l’international.
(Crédits : DR)

Le dernier kilomètre. Avec l'essor du e-commerce et autres « click ans collect », beaucoup s'y cassent les dents. Comment livrer le centre des villes, alors que celles-ci sont de moins en moins accessibles aux camions ? Et pour cause, on estime que les derniers kilomètres de livraison jusqu'au consommateur sont responsables de 25 % des émissions de gaz à effet de serre en ville.

Pour les entreprises, l'enjeu est également financier ; le dernier kilomètre représentant 20 % du coût de la chaîne de distribution.

Alors que faire ? Depuis quelques années, les solutions fourmillent. Points relais. Mais aussi tous les acteurs suivant le modèle d'Uber, s'appuyant sur une armée d'autoentrepreneurs dont les conditions de travail interrogent.

Marc Vidal, fondateur de Tut Tut, a choisi de s'engager sur une autre trajectoire. « L'envie est née de sa propre situation, professionnelle et personnelle », explique Cécile Chazalon, directrice des opérations au sein de Tut tut. « Chaque jour, des milliers de personnes attendent ou veulent envoyer des colis et se retrouvent confrontées à des coûts et des délais élevés. Alors qu'il faisait beaucoup de route, il s'est dit qu'il roulait à vide, et qu'il faudrait profiter de ces espaces disponibles lors des trajets quotidien pour transporter des marchandises ».

Une stratégie remodelée face à la pandémie

Avec l'idée d'un service de particulier à particulier d'abord. Sauf que la pandémie de covid-19 et les confinements modifient les plans de l'entrepreneur. « Beaucoup de magasins ont dû fermer et la livraison a été leur seule manière de continuer à servir leurs clients ». Tut Tut propose donc son service de livraison collaborative au départ des magasins.

Ceux-ci sont ainsi invités à signaler leurs besoins de livraisons sur une plateforme en ligne. Aussitôt, une notification est envoyée à la communauté de coursiers : des particuliers qui peuvent ainsi gagner un complément de revenu (entre 5 et 30 euros par course) en assurant la livraison sans trop s'écarter de leurs trajets quotidiens.

Attention néanmoins : pas question de s'inscrire dans une démarche de type Uber. Les coursiers ne sont ni salariés ni autoentrepreneurs. Leur rétribution mensuelle est plafonnée. Et difficile de se professionnaliser car l'algorithme privilégie les nouveaux arrivants afin que les « plus aguerris » ne s'accaparent pas l'ensemble des propositions de livraisons.

La plateforme se positionne donc plutôt comme concurrente d'acteurs tels que Shopopop ou Yper. Elle affirme son identité en se concentrant sur de courtes distances - moins de 30 km, 10 km en moyenne - et en proposant une tarification différenciée en fonction du type de véhicule et du nombre de kilomètres parcourus. « Cela permet d'assurer une rétribution plus juste des coursiers ».

L'entreprise, qui se financer grâce à une commission prélevée sur chaque course, assure pratiquer un tarif compétitif vis-à-vis de ses concurrents directs.

700 entreprises partenaires : de la grande distribution aux PME

Lancée en mai 2021, la solution a séduit 37.000 coursiers et 700 entreprises. Des enseignes de la grande distribution alimentaire (Intermarchés, Auchan), du sport (Décathlon), de l'électroménager, du jouet... Mais aussi des PME. « Nous travaillons par exemple avec des pressings ou des primeurs ».

Un développement réalisé sur l'ensemble du territoire national, même si la présence de la startup reste à renforcer sur le quart Nord-Est.

Pour se déployer, l'entreprise doit jouer les équilibristes. Le nombre de coursiers doit suffire à honorer toutes les demandes. Et les demandes doivent être suffisamment nombreuses pour ne pas décourager les coursiers.

D'ici la fin de l'année, Tut Tut - qui compte 40 salariés - entend « maximiser la couverture du territoire », touchant un panel toujours plus diversifié d'enseignes. Elle continue en outre d'améliorer ses outils. Et souhaite faire valoir son statut d'entreprise à mission, jouant la carte du livreur « responsable ». Ce qui nécessite un peu de pédagogie. « On veut que les gens comprennent que lorsqu'une livraison est gratuite, il y a forcément quelqu'un qui la paie : le client, la société, l'environnemen ... »

A terme, Tut Tut n'exclut pas de faire klaxonner sa marque à l'étranger. « Quand le modèle sera solide, pourquoi pas aller en Italie ou en Espagne ? » Et l'idée d'origine du fondateur d'un outil entre particuliers reste un chemin à explorer.

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