Pimenteraie Plein Cagnard : du piment tropical sur les terres de Pagnol

A Aubagne, Jérôme Pezzicoli et Célia Bordet, friands de cuisines épicées, se sont lancés il y a trois ans dans un projet de culture de piments rares. Après deux années de test, l’heure est à la commercialisation. A destination d’un public de professionnels essentiellement.
(Crédits : DR)

Le Garlaban n'a sans doute jamais rien vu de tel. En contrebas de ce massif aubagnais, terre des romans de Marcel Pagnol, une petite parcelle de 3.500 mètres carrés toute de restanques vêtue se transforme. Sur ces terres vibrant au chant des cigales, Jérôme Pezzicoli et Célia Bordet y font pousser tomates anciennes, poivrons, basilic, mais surtout du piment. « Nous en avons planté 1500 pieds », assure Jérôme Pezzicoli, qui, dans son autre vie, travaille comme artisan-paysagiste murailler, spécialisé dans la construction de murs en pierre sèche.

Du piment, mais pas n'importe lequel. « Nous avons d'abord choisi de planter de l'aji charapita, un piment sauvage que l'on trouve dans la jungle du Pérou et qui n'a pas été transformé par l'homme ». Un piment rouge, rond et gros comme une bille, aussi piquant que son homologue de Cayenne. Mais qui s'en distingue par « un parfum fruité et citronné ». Piment que Jérôme et Célia - qui travaille quant à elle dans la communication - assurent être les seuls à cultiver en France.

Du piment sous le soleil de Provence

Tout commence en 2019, dans un aéroport, à l'occasion d'un voyage en Laponie. Le temps s'étire. Les pensées divaguent. Jérôme, qui est un grand amateur de cuisine du monde et en particulier de mets pimentés, se demande ce qui pourrait bien pousser dans ces paysages de glace. L'idée du piment surgit dans son esprit. Pourquoi ne pas en cultiver sous le soleil brûlant de Provence ? D'autant qu'il a toujours eu des difficultés à trouver des semences à son goût.

« J'ai donc acheté des graines à un fournisseur de la Réunion et je les ai fait germer ». L'opération fonctionne. L'idée furtive s'enracine. Reste à trouver une terre où la laisser s'épanouir.

Il se trouve qu'un des premiers clients de Jérôme dispose de quelques mètres carrés dans la garrigue aubagnaise. Une surface qu'il accepte de mettre gracieusement à disposition du couple, en échange de l'entretien de la parcelle.

Si les deux premiers essais se soldent par des résultats mitigés, le troisième semble être le bon. En témoigne les nombreux jeunes fruits et fleurs visibles sur les pieds. La chaleur de 2022 a été propice. Et les graines, récupérées sur les anciens pieds, se sont acclimatées au terroir provençal.

« La récolte est très aléatoire », explique Jérôme « Un pied donne entre 2 et 100 piments ». Piments qu'il faut cueillir à la main, quasiment tous les deux jours entre mi-juillet et mi-décembre. Les petits fruits au goût enflammé peuvent ensuite être placés dans le séchoir que l'entrepreneur a lui-même fabriqué. « Mais c'est frais que ce piment révèle le plus ses saveurs ».

Les chefs cuisiniers comme cible privilégiée

Des saveurs que le couple veut mettre entre des mains avisées. « Nous sommes en contact avec des épiceries fines, une boulangerie marseillaise très créative, ainsi que des chefs », observe Célia Bordet. « Nous avons notamment été accueillis par le bras droit de la cheffe Hélène Darroze que nous avons choisi de contacter pour son intérêt à l'égard des petits producteurs ».

La Pimenteraie Plein Cagnard a en outre suscité l'appétit des Grandes tables de la Friche Belle-de-mai à Marseille. « Nous avons participé à leur grand marché de fin août ». Une manière de se faire connaître des chefs présents, mais aussi du grand public pour qui l'entreprise prévoit une offre de piments séchés.

Une démarche qui se confronte néanmoins à un frein : le prix. Il faut en effet compter 10 euros pour un gramme de piments. Un prix que les entrepreneurs justifient par la quantité de travail requis. « Il faut 40.000 piments pour produire un kilogramme de poudre ». D'où la proposition d'un petit format de 4 grammes. Ou encore la mise au point d'un mélange de piment et d'herbes de Provence, plus accessible tant en matière de prix que de goût.

Et après ? Le couple ne prévoit pour l'heure pas de vivre pleinement de l'exploitation, ni d'embaucher. « On aimerait gagner de l'argent pour investir dans une petite serre supplémentaire et pour réaliser quelques travaux afin de rendre le terrain plus praticable ... ».

Et si l'heure est à la valorisation d'un nombre restreint de produits pour ne pas se disperser, le couple ne manque pas d'idées pour les prochaines années. Au-delà de la culture -déjà en cours- de trois autres variétés de piments sauvages, ils ont déjà songé à la confection de moutardes, cidres, et autres huiles d'olive pimentés. Ils testent par ailleurs quelques poivres rares comme celui de Sichuan aux notes de pamplemousse... Le Garlaban ne devrait donc pas s'ennuyer de sitôt.

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