Bertin Winlight industrialise son modèle

Cette filiale de Bertin Technologies réalise près de la moitié du chiffre d'affaires du groupe grâce à ses systèmes et instruments optiques de haute performance pour le spatial ou la défense notamment. L'année 2023 devrait signifier un nouveau tournant avec la construction d'un site de production et d'un laboratoire sous-terrain.
(Crédits : Bertin Winlight)

"Nous allons passer d'une production artisanale à une fabrication industrielle", résume Philippe Godefroy. Plus que des mots, pour le fondateur de Winlight il s'agit d'une "vraie marche à franchir" puisqu'aujourd'hui ce sont "quelques unités par mois" qui sortent de cette entreprise basée à Pertuis. Car concevoir des systèmes et instruments optiques de haute performance pour des "usages critiques" demande entre six à douze mois. Or, à partir de l'année prochaine, le dirigeant veut passer à une dizaine ou centaine d'unités mensuelles.

Pour réussir ce changement, une nouvelle usine de production est en construction vers Aix-en-Provence, prévue pour être opérationnelle en 2023. "Cet outil sera plus adapté avec davantage de place, de la robotisation, des embauches, une R&D plus forte", liste Philippe Godefroy. Cette ambition s'inscrit dans la continuité de la croissance de l'entreprise depuis sa fondation en 2001. En vingt ans, elle a connu des changements importants avec son rachat par Bertin Technologies fin 2017. Le groupe, propriété alors de CNIM, a lui-même changé de main en début d'année avec désormais pour actionnaire le FCDE. Avec cette réorganisation, Philippe Godefroy est devenu directeur général du groupe Bertin Technologies, qui s'appuie sur une filiale éponyme et une autre qui est Bertin Winlight. "Historiquement, Bertin Technologie sous-traitait la fabrication, avec Winlight cela a permis de compléter la chaîne de valeur", explique Philippe Godefroy.

Une nouvelle production pour le spatial

Concrètement, et en vulgarisant, Bertin Winlight conçoit des sortes de lentilles comme on peut en trouver sur les appareils photo. Mais elles sont évidemment beaucoup plus précises et résistantes. La société se positionne sur quatre marchés. D'abord l'astronomie avec l'instrumentation d'éléments qui analysent la lumière pour des très grands télescopes, qui mesure jusqu'à 40 mètres de diamètre, de consortiums mondiaux. Beaucoup sont installés sur des monts américains ou au Chili, là où le ciel à une faible pollution nocturne. "Cela veut dire que nos instruments doivent pour être opérés et installé à 4.000 mètres d'altitude", note Philippe Godefroy.

Autre secteur d'activité toujours en direction des étoiles, celui du spatial avec la fabrication de composants et sous-systèmes à but scientifique. Les éléments provençaux ont notamment équipé deux expéditions de la Nasa sur Mars. Les autres missions sont variées, cela peut être la mesure du taux de CO2 dans l'atmosphère ou une surveillance des océans. "C'est un secteur avec un fort développement", précise le dirigeant. Car un programme vise à mettre en orbite une multitude de petits satellites, pour qu'ils puissent balayer régulièrement une zone à observer plutôt que d'avoir un passage de temps en temps. C'est dans cette optique que Bertin Winlight augmente sa capacité productive. "C'est un nouveau modèle pour nous", souligne Philippe Godefroy.

Un laboratoire souterrain en préparation

Le troisième secteur d'activité est la défense, où l'optique est un élément essentiel avec le besoin de "voir de jour et de nuit". Cette branche bénéficie des besoins de souveraineté du secteur avec la relocalisation de certaines productions. Enfin, Bertin Winlight se positionne également sur le synchrotron. Il s'agit d'un instrument de science, de 300 mètres à 1 kilomètre de circonférence, qui est un accélérateur d'électrons. Cela permet de créer une lumière synchrotron, proche de celle du soleil, pour sonder la matière au niveau atomique. Un moyen de regarder les réactions chimiques pour des acteurs de la cosmétique, l'archéologie ou même l'automobile.

Pour accompagner ses différents développements, Bertin Winlight ne se contente pas d'une nouvelle unité de production. La société va installer pour 2023 un laboratoire situé à 60 mètres de profondeur dans le laboratoire souterrain à bas bruit de Rustrel. "Cela nous permet d'être complètement isolé des vibrations et des variations thermiques à toutes les saisons, détaille Philippe Godefroy. Cet outil sera unique, il nous permet d'avoir des conditions idéales pour la mesure de très haute performance".

Avec cette stratégie, le directeur général vise une croissance de "50% en cinq ans" de son chiffre d'affaires lequel devrait atteindre 49 millions d'euros en 2022. Un montant qui concerne le pôle photonique, c'est-à-dire Bertin Winlight mais aussi la structure d'ingénierie basée à Aix-en-Provence. Ce pôle, qui réunit 200 personnes, représente presque la moitié de l'activité du groupe qui compte 530 salariés au total et génère 100 millions d'euros de chiffre d'affaires.  Ce qui en fait un acteur important pour le groupe comme pour le territoire.

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