La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, première sur le tourisme industriel

Épisode 1 - Depuis les années 2010, un nombre croissant d’entreprises ouvrent leurs portes au public pour faire découvrir leur histoire, leurs savoir-faire et leurs engagements. On parle alors de tourisme industriel ou encore de savoir-faire. En France, 2000 entreprises s’y sont engagées, accueillant 15 millions de visiteurs en 2019. Et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait figure de championne avec 3 millions de visiteurs et 180 entreprises.

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(Crédits : DR)

Eloi Monod est céramiste. Dans les années 1950, ce Ciotaden débarque à Biot pour travailler dans la poterie qui est une spécialité de la ville. Il ne compte pas y rester très longtemps. C'était sans compter sur le charme de la fille du potier dont il tombe amoureux. Il ne repartira donc pas de si tôt.

Ce qu'il aime aussi, bien qu'il soit potier en terre de poterie, c'est le verre. Et plus particulièrement par « sa transparence et ses défauts », raconte Anne Lechaczynski, patronne de la Verrerie de Biot. Parmi ces défauts : les bulles qui peuvent accidentellement s'y introduire. Elles le fascinent tellement qu'il met au point un procédé permettant d'en obtenir à volonté grâce au bicarbonate de soude. Les bulles constitueront, avec la couleur, l'identité de la Verrerie de Biot, qu'il fonde en 1956.

Dès le début, Eloi Monod fait le choix d'ouvrir son atelier au public. « C'était assez rare à cette époque. L'artisanat était un monde qui évitait de dévoiler ses secrets ». Sur la Côte d'Azur, les musées ne sont pas encore nés et l'offre culturelle est encore maigre. La Verrerie de Biot fait donc figure d'exception, attirant tous les grands artistes de passage au festival de Cannes. « Les premiers clients étaient Lauren Baccal et Gregory Peck. Ils ont transporté notre savoir-faire partout dans le monde». Aujourd'hui, la Verrerie de Biot est l'entreprise la plus visitée de France avec 600 000 visiteurs accueillis en 2019.

Accélération dans les années 2010

Pionnière au même titre que les parfumeries de Grasse -Fragonard accueille du public depuis 1929-, elle a ensuite été rejointe par d'autres entreprises désireuses de dévoiler leurs coulisses, dans des domaines variés allant de l'agroalimentaire aux cosmétiques en passant par l'énergie ou les transports. Marius Fabre est de celles-ci.

Créée il y a 120 ans, la savonnerie salonnaise qui a traversé quatre générations décide d'ouvrir ses portes en 1996. « Au début, on a choisi d'ouvrir pour des Journées du Patrimoines», se rappelle Julie Bousquet-Fabre qui codirige aujourd'hui la savonnerie avec sa sœur. « Les gens avaient soif de découvrir la fabrication traditionnelle. Ça a été un tel succès qu'on a continué. Ma mère a programmé et organisé des créneaux de visite réguliers. Elle a remplacé une partie des bureaux par une boutique qui n'a cessé de grandir pour occuper aujourd'hui tout les rez-de-chaussée ». Soit 150 mètres carrés. S'y ajoute en 2000 un musée - « le premier dédié au savon de Marseille »-. Puis en 2013, alors que Marseille Provence est sacrée capitale de la culture, la savonnerie Marius Fabre fait le choix de rendre gratuites ses visites. Un coup d'accélérateur. « On est passé d'un peu moins de 1000 visiteurs annuels à 35 000 avant la pandémie ».

Une offre qui se structure autour de l'association Entreprise et découverte

Dans le même temps, la visite d'entreprise se structure avec la création en 2012 de l'association Entreprise et découverte qui se charge d'accompagner les entreprises désireuses d'accueillir du public mais aussi de communiquer et de fédérer. Et tout de suite, elle travaille main dans la main avec le Comité régional du tourisme de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une relation étroite qui essaimera dans sept autres régions. Des rencontres nationales sont organisées. Des guides du routard dédiés à ce type de tourisme sont édités, l'un national, l'autre consacré à la région PACA. L'offre se structure en même temps qu'émerge de la part du public l'envie d'un tourisme plus actif, plus curieux de découvrir les savoir-faire et de rencontrer les artisans locaux.

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C'est dans les années 2010 que la Confiserie du Roy René, fondée en 1920 par un nougatier aixois et réputée pour son calisson d'Aix, s'engage à son tour dans cette démarche. «La troisième génération de l'entreprise avait imaginé ce projet dans les années 2010 à l'occasion de notre déménagement. Puis Olivier Boussan [par ailleurs fondateur de l'Occitane qui est elle aussi une habituée des visites, ndlr] est arrivé et nous avons créé un Musée du calisson qui soit le plus universel possible », assure la directrice générale Laure Pierrisnard. Le musée est inauguré en 2015. En 2019, l'entreprise accueille 70 000 visiteurs.

Des visites sans cesse enrichies

Années 2010 toujours, le producteur, distillateur et laboratoire de cosmétiques Aroma'Plantes, situé à Sault, s'engage dans ce type de démarche afin de répondre à la demande de son public. « Puis on a constamment cherché à améliorer le parcours qu'on propose aux visiteurs », explique Laurent Tourenq en charge du tourisme au sein de l'entreprise. D'abord des visites gratuites des champs et de la distillerie puis un bar, un musée, une plantothèque, un lavandoscope, un espace muséographique de 70 mètres carrés où l'on titille les sens des visiteurs, puis enfin une Galerie du temps qui met en lumière tous les métiers qui gravitent autour de la lavande. « Aujourd'hui, on surfe beaucoup sur ce tourisme d'entreprise », admet-il.

D'après Entreprise et découverte, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, 180 entreprises ont accueilli 3 millions de visiteurs en 2019. La région est première sur le tourisme industriel, et première pour l'accueil de touristes étrangers avec 43 % de visiteurs étrangers contre 21 % en France.

Et l'offre est assez diversifiée puisque 43 % des entreprises sont issues de la filière agroalimentaire, 16 % de la mode et des cosmétiques, autant des vins, bières et spiritueux, 15 % de l'artisanat et des métiers d'art et 10 % de l'énergie et de l'environnement. D'après le CRT, les Bouches-du-Rhône proposent l'offre la plus riche avec 28 % des entreprises recensées, suivies du Var (19%), du Vaucluse (18%), des Alpes-de-Haute-Provence (17%), des Alpes-Maritimes (11%) et des Hautes-Alpes (7%).

Et si on observe un tel engouement des entreprises pour ce type de visites, c'est parce qu'elles sont de plus en plus conscientes de tout ce qu'elles ont à y gagner.

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