Bpifrance et AfricInvest, le choix de Ragni pour intensifier sa croissance

En accueillant deux partenaires au sein de son capital, le fabricant de solutions d’éclairage public, implanté à Cagnes-sur-mer près de Nice, signifie sa volonté de structurer fortement et finement sa stratégie de développement autant sur le marché domestique qu’à l’export, notamment en Afrique. Ou comment le choix affirmé de l’industrie 4.0 est (aussi) clairement un élément de différenciation.

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(Crédits : DR)

L'ouverture de capital n'est jamais anodine pour un chef d'entreprise. Pour Marcel Ragni, c'est un choix mûrement réfléchi, pesé, posé. Pas seul mais avec ses deux directeurs généraux, Jean-Christophe Ragni et Stéphane Ragni, ses fils, qui représentent aussi la quatrième génération de cette entreprise familiale pérenne.

Et c'est justement parce que sa soif de développement et surtout parce que les opportunités sont là que Marcel Ragni a fait le choix de s'adosser à des partenaires. Le mot à un sens. Car comme le dirigeant le précise « nous n'avons pas besoin d'argent, mais d'accompagnement ». D'un accompagnement organisé, spécifique, pour précisément enclencher un processus de croissance solide.

« Nous voulons aller plus vite et nous voulions structurer cette accélération », raconte Marcel Ragni. « Nous n'avons jamais cessé de grandir mais nous avons besoin d'appuis pour aller chercher cette croissance ».

L'industrie 4.0, indispensable levier de compétitivité

Spécialisé dans la conception, la fabrication et la commercialisation de solutions d'éclairage public, le groupe Ragni (150 salariés - 50 millions d'euros de chiffre d'affaires) a en effet su évoluer au fil du temps, en étant à l'écoute du marché, parfois en prenant des positions avant-gardistes, mais toujours en conservant l'intérêt pour le besoin final. C'est, depuis plus de 90 ans, sa philosophie autant que sa marque de fabrique. De ferronnier d'art, la PME s'est muée au fur et à mesure des usages, pratiquant déjà l'innovation quand le mot n'était pas autant dans le langage courant. C'est ainsi qu'elle va utiliser l'inox en lieu et place de l'acier zingué alors qu'elle est devenue fabricant de lanternes. Elle va aussi réaliser des acquisitions qui lui font gagner des compétences. Ce qui fait dire à Marcel Ragni que « nous faisions tout ce que les autres éclairagistes ne voulaient pas faire, nous avions les compétences pour réaliser ce qui n'existait pas dans les catalogues ».

L'innovation, s'appelle aussi industrie 4.0. Un passage presque obligé aujourd'hui pour les entreprises industrielles mais chez Ragni on en a adopté les principes depuis longtemps. Car l'éclairage, que l'on appelle plus volontiers aujourd'hui, point lumineux, intègre tout ce qui est technologie, de la LED à l'intelligence artificielle et c'est ce qui donne corps au smart lighting, « L'industrie 4.0 c'est à la fois une modernisation de l'outil, une mutualisation des flux et des coûts, donc des produits qui demeurent performants. C'est aussi la capacité à être compétitif tout en demeurant en France », souligne Marcel Ragni, ambassadeur French Fab de la première heure. Et le président du groupe familial de préciser que ce qui compte c'est précisément la fabrication en proximité. « La fabrication locale pour vendre local, c'est la même idée en France, en Afrique ou ailleurs ».

« Nous fabriquons des luminaires de plus en plus complexes », ajoute Stéphane Ragni. « Nous avons besoin de digitalisation car cela permet de maîtriser la fabrication, de gagner du temps, la compétitivité s'inscrit aussi dans les délais. Nous devons livrer de plus en plus vite ». « Être performants sur les délais nous donne la possibilité de continuer à prendre des commandes, c'est ce qui nous différencie de nos concurrents », complète Marcel Ragni.

Conforter les positions en Afrique, aux Etats-Unis aussi

L'entrée au capital d'AfricInvest, acteur du pivate equity en Afrique, au travers de ses fonds franco-africain (qui investissent dans les PME françaises ayant un projet de développement en Afrique NDLR) est une façon pour Ragni de poursuivre mais surtout de davantage ordonner sa présence sur le continent africain. Un continent qu'elle connaît déjà bien. « Nous y sommes présents depuis 25 ans, l'Afrique ce n'est pas nouveau pour le groupe », souligne Jean-Christophe Ragni. « Le continent africain demeure un terrain de jeu, cela fait 15 ans que nous y menons des projets intéressants. AfricInvest à la capacité à nous permettre de nous implanter plus fortement ». Ragni a également intégré l'accélérateur Afrique de Bpifrance ce qui lui permet « d'analyser notre stratégie de développement et structurer la stratégie export ».

Mais l'Afrique n'est pas le seul point d'intérêt de la PME azuréenne à l'international. Présente de l'autre côté de l'Atlantique via une filiale implantée à Denver, elle compte également accélérer sur ce marché. Une filiale qui a pris du temps pour prescrire ses produits - c'est ainsi que se déroule le business aux Etats-Unis - mais qui entame désormais son rythme de croisière.

En Bosnie, où Ragni IC (le nom de l'entité NDLR) est installée depuis six ans, le développement se poursuit également, l'idée étant d'adresser également les pays voisins.

Pas question pour l'heure de prévoir d'autres implantations de filiales, Ragni étant présent, via les réseaux de distribution, dans 60 pays. « Nous avons toujours mis en place les business-modèle en fonction des pays », précise Jean-Christophe Ragni.

Le passage à la taille ETI

Elle a toujours nourri le développement de l'entreprise familiale et sa dernière opération date de 2016, avec l'acquisition de Novea Energies : la croissance externe constitue aussi un élément de développement pour le groupe qui avoue regarder PME comme startup qui évolueraient autour des sujets de smart city et de smart lighting.

Une brique qui doit contribuer à faire de la PME azuréenne une ETI française. C'est clairement l'objectif, mais pas n'importe comment. « Nous avons toujours cherché à développer notre outil, à nous développer commercialement. Nous voulons grandir mais avec une gestion de bon père de famille », rappelle Marcel Ragni. « Nous avons toujours œuvré en mettant un pied devant l'autre. Nous voulons conquérir des marchés un peu plus rapidement. Beaucoup de choses sont à faire dans nos métiers dans les dix prochaines années », renchérit Stéphane Ragni alors que pour Jean-Christophe Ragni ce qui porte l'entreprise c'est son ADN, « sa façon de travailler et d'intégrer les personnes à l'état d'esprit du groupe ».

Des éléments qui ont donc convaincu Bpifrance de venir soutenir l'appétit de croissance.

« Ragni c'est le mélange d'artisanat au sens noble du terme et d'un outil industriel ultra-performant avec une volonté de se développer pas uniquement au niveau national. C'est parfois ce qui manque aux entreprises : ne pas avoir peur de tenter l'international », analyse Thierry Decker, Directeur Interrégional Fonds Propres pour le Réseau Sud de la banque publique d'investissement.

« Ragni a bâti un vrai socle en France et possède un réel appétit pour attaquer l'international. Le groupe est leader en France et son modèle est transposable pour s'agrandir sur des territoires demandeurs », complète Khaled Ben Jennet d'AfricInvest.

Marcel Ragni, lui, veut surtout « que nous conservions notre âme. L'empathie est nécessaire pour garder l'humain au centre. L'objectif est de faire de la croissance ensemble, avec les collaborateurs. C'est ça l'esprit de la Team Ragni ». Qui s'embarque donc pour de nouvelles aventures... éclairées.

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