Synergie Family : ambitions sociales, méthode startup

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(Crédits : DR)
Née à Marseille, cette association a vocation à créer des expériences à forte valeur ajoutée pour les jeunes. Misant pour ce faire sur l’innovation sociale et éducative, elle connaît une croissance fulgurante, passant en quelques années de deux bénévoles à 530 salariés. A la fois proche des habitants, des associations et des entreprises, elle veut jouer le rôle de passerelle entre ces trois mondes. C’est tout l’objet de son dernier projet en date, L’Epopée.

A première vue, Laurent Choukroun et Franck Tortel ont tout de la figure du startupper. Le premier ne tient pas en place, s'asseyant quelques minutes derrière son bureau, se levant par moments, puis enchaînant quelques pas tout en jetant des regards furtifs sur son téléphone. « On est une entreprise libérée », dit-il. « Pas plus tard que tout à l'heure, on marchait pied nu. Et surtout, chacun est libre de s'exprimer ». Les deux hommes aiment à illustrer leurs propos de citations et autres dictons. Ils parlent volontiers de « disruption » ou encore « d'expériences à forte valeur ajoutée ». Un vocabulaire assez rare dans la bouche de directeurs de structures sociales, ce qu'ils sont pourtant.

Ce qui les réunit, c'est Synergie Family, une association loi 1901. Ils préfèrent parler de « startup associative ». Au terme d'un parcours scolaire quelque peu chaotique, Laurent Choukroun se découvre une passion pour l'animation. « Quand j'ai vu que je pouvais être payé pour faire un truc que j'adore, ça a été le déclic ! » C'est à ce moment qu'il rencontre Franck Tortel qui travaille pour Mondial Evasion, un organisateur de vacances. Ils partagent des valeurs communes et ont envie de travailler ensemble. « On voulait faire du sport un outil pour se connecter aux gens et créer du lien ».

Valoriser l'énergie et les talents d'un territoire

En 2009, ils fondent l'association Synergie Sport Sud. Avec un parti pris : « travailler pour le territoire, et non l'inverse. Il y avait déjà beaucoup de structures très organisées. Nous, on est parti de l'énergie et des besoins du terrain. On a recruté des personnes directement sur place ». Peu à l'aise avec les cadres et les protocoles, ils n'ont qu'un mot : l'impact. « En utilisant tel sport, on travaille telles valeurs, on organise des moments festifs, on fait descendre les familles, on crée du lien intergénérationnel, on partage plein de choses et forcément, il y a un respect qui s'installe ». La structure est d'abord présente dans deux quartiers marseillais, portée par ses deux fondateurs bénévoles et une poignée de salariés. « Cela occupait nos soirs, nos week-ends. Et ça nous coûtait beaucoup d'argent ». A tel point qu'ils songent un temps à freiner.

Un décollage porté par la demande d'activités périscolaires

Mais une opportunité les rattrape. En 2014, la municipalité de Marseille doit en urgence organiser le temps périscolaire suite au passage de la semaine de cinq à quatre jours. « On s'est pris au jeu de développer des projets avec les écoles. Des projets qui, en plus d'être sportifs, sont aussi très culturels avec de la musique et du théâtre ». Synergie Sport Sud devient Synergie Family. Elle se dote d'un pôle culturel et affine sa mission. « On n'est pas là pour proposer de la garderie ». Le temps que les enfants ne passent ni à l'école ni en famille est une ressource à valoriser. « On veut leur offrir une expérience à forte valeur ajoutée qui leur permette de gagner confiance en eux, de trouver ce qu'ils aiment et de susciter des rencontres ».

C'est alors que l'association-startup décolle. En sept ans, elle recrute 530 salariés. « On a voulu s'entourer de gens qui soient meilleurs que nous. Des profils qui veulent avoir un impact, avec des compétences variées. On a passé le plus clair de notre temps à travailler notre structuration, à restructurer et étoffer l'équipe ». Désormais, elle propose ses services à Marseille, Paris, Mulhouse ainsi que dans le département du Rhône. Et son action ne se cantonne pas au périscolaire.

Innovation éducative, sociale et inclusive

« Nous avons aussi un autre métier qui est l'innovation inclusive. Il s'agit de se demander comment on révèle à chacun ce qu'il sait faire et comment on l'aide à créer de l'activité économique ». Ce qui exige d'être connecté au monde économique.

« Nous sommes une passerelle entre les habitants, les acteurs associatifs de terrain et le monde de l'entreprise. On parle ces trois langages ». C'est ce qui motive la création du dispositif Make the choice, en lien avec l'UPE13. « Il s'agissait d'accompagner des jeunes de 18 à 30 ans dans la création d'entreprises. L'UPE 13 avait du mal à parler à ces publics. Nous avons sourcé 80 % des participants ». Autre opération : un escape-game visant à mettre en avant les savoir-être des candidats plutôt que leurs compétences (qui s'acquièrent contrairement aux premières), en lien avec la CPME.

« Nous avons aussi un rôle à jouer en matière de recrutement dans les métiers en tension. Les patrons de ces entreprises ont du mal à recruter les jeunes de la génération Y. Or nous sommes tous les jours au contact de ce public sur le terrain ».

L'Epopée, lieu passerelle

C'est cette volonté de bâtir des ponts qui l'a conduite à porter le projet de l'Epopée, un tiers-lieu dédié à l'innovation éducative, dans les quartiers du Nord de Marseille.

Tout part d'une opportunité un peu folle. Alors que les cofondateurs de Synergie Family sont à la recherche d'un espace de 1000 m², ils apprennent que la société Paul Ricard s'apprête à quitter son local du quartier de Sainte-Marthe. Le lieu leur plaît. Tout autant que l'esprit de l'entreprise. Seul bémol : l'espace s'étend sur 12.000 m² qui ne peuvent être découpés. C'est tout ou rien.

En quelques semaines, ils réunissent une série de partenaires et écrivent leur projet. L'Epopée est alors pensé comme un lieu « multi-usages » comprenant des centres de formation, un pôle e-sport et numérique, une offre de restauration, des logements, et bien sûr des espaces de travail qui accueilleront à la fois des associations, des startups spécialistes de l'innovation éducation comme Crocos Go digital, ou encore des grands groupes tels que CMA-CGM. Tous ayant en commun la volonté d'avoir un impact sur leur territoire.

« L'engagement des entreprises est central s'il l'on veut avoir de l'impact », assure Naïm Zriouel, directeur général adjoint de Synergie Family. Car sans elles, difficile d'offrir des perspectives d'insertion sérieuses aux jeunes.

En contrepartie, ces entreprises ont la possibilité d'amplifier l'impact de leurs actions, dans le cadre de leur politique RSE par exemple. « Il est parfois difficile pour elles d'atteindre le terrain. Là, elles seront connectées aux publics qu'elles visent ».

Outil d'attractivité du territoire

Elles auront par ailleurs l'occasion d'étoffer leur réseau et de bénéficier de synergies. Synergies qui pourront par ailleurs contribuer à l'attractivité du territoire. «Un projet comme l'Epopée fait briller la région. Ce sera le cas avec le hub EdTech qui s'ouvre. D'autant que nous affirmons une dimension internationale ». Avec échanges de pratiques au programme.

D'ici là, le projet semble déjà attirer l'attention dans d'autres villes françaises. « On a beaucoup de demandes. On pensait que ce projet serait l'aboutissement d'une vie. Mais c'est en fait une autre naissance qui va nous porter à des endroits que l'on n'a pas imaginés ».

Prochaines étapes : le lancement, dès que cela sera possible, d'une activité événementielle censée refléter l'âme du lieu. 2022 sera ensuite l'année de la pleine occupation du village avant le lancement en 2023 d'un incubateur de talents.

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