Jean-Christophe Ehrhardt – Banque de France : « Entreprises, ne fuyez pas votre cotation »

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(Crédits : DR)
Alors que l’économie régionale continue d’être secouée par les conséquences de la crise, que les annonces faites lundi d’un nouveau confinement dans les Alpes-Maritimes ne rassurent pas et que globalement, une certaine incertitude plane, le directeur régional pour le Sud de la banque centrale française se veut rassurant sur la croissance à venir sans rien édulcorer de la réalité. Il exhorte surtout les entrepreneurs à ne pas pratiquer une politique ravageuse : celle de l’autruche. Et d’assurer que le bienveillance prime.

Avant le Sud, Jean-Christophe Ehrhardt a plutôt été en poste dans le quart nord-est puis ouest de la France, poursuivant dit-il « un parcours classique », devenant directeur régional en 2014 à Rouen et devant, pour suivre les conséquences de la loi NoTRE, mettre en pratique le rapprochement entre la Basse-Normandie et la Haute-Normandie. Ce sera ensuite la direction régionale Grand-Est. Et donc, depuis peu, Provence Alpes Côte d'Azur.

Une région à l'économie plurielle, qui en ce début 2021 est « entre deux eaux ». Le premier confinement de mars 2020 a été, rappelle-t-il, suivi d'un « rebond exceptionnel, car l'économie régionale est très orientée services. Nous sommes remontés assez rapidement d'un point bas - 40 % d'activité - à 90 % d'activité. C'est un facteur intéressant, car cela démontre que lorsque le sanitaire va bien, la tendance naturelle est de sur-réagir. Côté moral, si le premier confinement a produit une sorte de cohésion d'ensemble, cela a été plus délicat lors du second confinement. Décembre a produit un effet rattrapage significatif. Actuellement, l'activité normale est de l'ordre de 78 %, ce qui est donc dix points de moins que cet été ».

Capacité de rebond importante

Dans ce contexte d'économie qui fait de la résistance, les perspectives sont cependant orientées à la hausse, notamment parce que l'industrie continue de bien se comporter, avec une activité à 93 % quand elle est de 95% au niveau national. « Les entreprises disposant d'un marché intérieur et d'un marché extérieur sont celles qui s'en sortent le mieux », souligne Jean-Christophe Ehrhardt. La construction, qui a connu un grand trou d'air de mars à mai 2020, puis qui a presque souffert d'une surchauffe à l'été, dispose d'une activité « proche de la normale ».

Le 5% de croissance nationale, annoncé par le gouverneur de la Banque de France est donc confirmé ? « Nos prévisions sont maintenues car nous avons le sentiment qu'à la fin du printemps, l'économie peut reprendre, la capacité de rebond est importante », confirme Jean-Christophe Ehrhardt, expliquant que pour Provence Alpes Côte d'Azur, les prévisions sont légèrement moins optimistes, mais « cela est dû au tissu économique régional, comportant moins d'industrie mais plus de tourisme ».

Mais le directeur régional de la Banque de France rappelle tout de même que pour que l'économie aille bien, « le dada c'est la confiance ». Et son manque explique le « réflexe bas de laine » qui a vu le taux d'épargne grimper à 22% à l'été pour retrouver un 18% au troisième trimestre. Avec comme autre impact, une baisse de 10% de l'effort d'investissement des entreprises. « Cet effort est lié à la confiance, certaines entreprises ayant profité de cette période pour se mettre au goût du jour ».

Renforcement du haut de bilan

Ne faut-il pas craindre, comme cela est souvent souligné, une hausse des défaillances d'entreprises, anormalement basses en 2020 ? « Pour le moment, l'impact des mesures d'urgence - chômage partiel, PGE... - fait que nous avons une diminution nette des défaillances d'entreprises. Elles sont de l'ordre de 3 400 sur l'année glissante, alors qu'elles atteignent plutôt 4 800, 5 000 habituellement ». Et Jean-Christophe Ehrhardt de pousser plus loin, l'après. « Nous avons réussi la première phase, avec un bouclier de liquidité qui a été universel, une granularité dans la distribution qui a été large - 46% des montants distribués l'ont été aux TPE, et qui prouve que le PGE est arrivée à bonne destination. Mais le crédit inter-entreprise à une tendance à l'allongement, chacun essayant de préserver sa trésorerie ».

De fait, le vrai sujet - et il nourrit déjà les conversations - c'est quel financement pour l'après ? « Le sujet de 2021-2022, c'est le renforcement du haut de bilan de nos TPE/PME. Autant le bouclier de liquidités a été universel, autant les outils de renforcement du haut de bilan - qui sont sur le point d'être validés par l'Etat - seront plus sélectifs. Nous allons devoir dire non. Mais il faudra aussi que lorsque la relance sera là, ne pas en casser le ressort », pointe Jean-Christophe Ehrhardt. Comprendre, ne pas reproduire le serrage de vis qui avait cassé la dynamique après la crise de 2008.

Pas de politique de l'autruche avec la cotation

Un autre sujet inquiète les chefs d'entreprises : celui de la cotation Banque de France. Element de réassurance pour les partenaires et interlocuteurs de l'entreprise, la cotation est un sujet sensible dans le contexte d'endettement actuel. « En 2020, la Banque de France a fait le pari de donner du temps au temps, ce qui signifie que pas une entreprise ne verra sa cotation être abaissée, et cela fin de permettre à l'entreprise de trouver des solutions. Nous allons envoyer en mars, aux 270 000 entreprises cotées un questionnaire qualitatif, afin de connaître l'impact de la crise sur elle et quelles mesures ont été mises en place », détaille Jean-Christophe Ehrhardt. Expliquant aussi qu'à fin 2020, 70% des entreprises ont vu leur cotation inchangée, un pourcentage qui est habituellement de l'ordre de 60%. Ne pas bouder la cotation c'est vraiment ce à quoi exhorte le directeur régional de la Banque de France. « Si le chef d'entreprise sait nous expliquer les mesures de redressement activées, nous saurons prendre en compte les effets qualitatifs. En revanche nous serons vigilants sur la liquidité, il ne fait pas que l'entreprise se retrouve devant un mur de dettes ».

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