Quelle philosophie d’investissement pour Créazur ?

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(Crédits : DR)
Apporter de l’oxygène financier aux jeunes pousses est un sujet aussi vaste que le nombre de jeunes pousses elles-mêmes. Mais c’est un sujet qui ne laisse pas indifférent les acteurs du financement plus classique. Dont le Crédit Agricole Provence Côte d’Azur, dont le siège est à près de Nice et qui a constitué son propre fonds de capital-risque dès 2014. Un outil de soutien à l’innovation qui revendique un rôle de « capital patient ».

Le financement des startups est le sujet qui fait toujours parler de lui. Trous dans la raquette, stratégie, co-investissement... Les raisons de mettre le sujet sur la table sont pléthores. Et certaines, sacrément fondées.

Si on connaît mieux - bien ? - les fonds d'investissement indépendants, les fonds issus des établissement bancaires le sont peut-être moins. Il faut dire que toutes les banques n'ont pas embrassé le financement des jeunes pousses innovantes. D'autres en revanche n'ont pas ignoré la chose. C'est dans cette catégorie que se situe le Crédit Agricole Provence Côte d'Azur qui a donné naissance à Créazur, son fonds de capital-risque, filiale à 100 %, dès 2014.

Viabilité éco et utilité

Logiquement, le positionnement de la banque « vient influencer la thèse d'investissement », indique Norbert Faure. Couvrant les territoires de trois départements - les Alpes-Maritimes, le Var et les Hautes-Alpes, Créazur est né parce qu'il fallait « se doter d'un outil d'innovation pour pousser les projets qui ont du potentiel et qui sont utiles ».

Utile, à comprendre, dans le sens d'utilité aux clients mais plus globalement à la société. D'où la philosophie maison : « il faut relier la viabilité économique avec l'utilité. C'est la seule voie pour créer un projet pérenne ».

Il y a aussi quelques autres critères pour être dans le scope de Créazur : exister depuis moins de 5 ans, avoir son siège social implanté sur le territoire, être innovant et disposer d'un chiffre d'affaires déjà généré par l'innovation. Et si possible, être prometteuse en matière de création d'emplois. Tout autant que d'afficher dans son business plan, le potentiel de croissance.

Et si les critères sont ceux-ci - ils peuvent parfois paraître sévères aux yeux de certaines jeunes pousses qui en sont au stade de développement et pour lesquelles générer du chiffre d'affaires prend du temps - ils sont pour Créazur des indicateurs de durabilité et de structuration. « Nous ne sommes pas là pour faire de la subvention au territoire ».

Patience et longueur de temps

Doté de 4,5 M€ de capital social, Créazur insiste pour dire sa philosophe : le capital patient et la non ingérence puisque investisseur minoritaire. Loin des a priori sur les fonds d'investissement, Norbert Faure rappelle que la clause de sortie est à 5 ans, « ce qui est moins oppressant qu'un fonds », que « nous avons la capacité à laisser la place à l'innovation, du temps au temps ». Ce qui n'empêche pas « d'être exigeant ».

« Mon rôle est de déceler les belles histoires, les business prometteurs, les potentiels forts. Certes pour que Créazur gagne de l'argent, mais pour qu'il soit immédiatement réinjecté dans le territoire » indique son responsable. Créazur intervenant avec un ticket oscillant entre 50 000 à 200 000 euros.

Le territoire justement. Pas vraiment hétérogène. Dans les Alpes-Maritimes, Nice et Sophia-Antipolis tirent l'innovation, « il existe une super activité en IA, en électronique et en IOT ». Dans le voisin Var, c'est sur TVT Innovation, acteur historique de soutien à l'innovation que Créazur s'appuie. Si les dossiers sont moindres, le travail de collaboration avec TVT Innovation permet de déceler de vraies pépites. Dans les Hautes-Alpes, plus compliqué d'avoir un deal flow et pour l'heure, un seul investissement a été concrétisé.

A Sophia-Antipolis, la présence du Village by CA est un outil complémentaire pour accompagner les startups dans leur développement.

Même si, par nature, Créazur est plutôt bien ancré dans la filière agricole - « nous bénéficions d'une vraie connaissance du secteur » - toute l'innovation, dans sa richesse, est digne d'intérêt. « Nous avons la capacité à mettre en relation les startups avec les entreprises clients du groupe » ajoute Norbert Faure. Pour qui « l'innovation est la voie pour résoudre les problématiques que l'on rencontre ».

A la question qui peut fâcher - bulle ou plus bulle des startups ? - Norbert Faure répond que la bulle a continué mais si elle s'est structurée. Demeure le rêve de la licorne. « Dans l'écosystème, nous avons ce souci des valorisations. Ça va se corriger ; cela a déjà commencé ». Et de considérer que l'émergence de technologies nouvelles telles que la blockchain sont le signe d'une thématique plus large. « Le thème central, c'est la confiance ». A interpréter dans tous les sens du terme.

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