A Avignon, l'innovante Villa Créative se prépare à vivre

Porté par l'Université d'Avignon, ce lieu totem de la recherche et de la formation dans le domaine de la culture, du patrimoine et du numérique est innovant sur plusieurs aspects. Sur le fond, il s'agit de créer des passerelles entre monde universitaire et société civile afin de réfléchir autrement et de mieux se préparer aux grands défis qui attendent le monde de la culture. Sur la forme, le projet s'appuie sur une structuration juridique et économique inédite, qui devrait rapidement lui permettre de dégager des bénéfices, sans percevoir de subventions pour son fonctionnement. L'ouverture est prévue dans le courant de l'année.
(Crédits : DR)

Fini le temps de l'université forteresse où ne pénétrait qu'une élite tirée sur le volet. Avec la démocratisation des études supérieures, l'université a ouvert ses portes à des étudiants plus nombreux et plus divers. Sous l'impulsion de plusieurs évolutions réglementaires, elle s'est mise à coopérer avec des éléments extérieurs tels que les entreprises avec qui elle partage des innovations et monte des chaires... Puis ses chercheurs ont obtenu le droit de s'engager dans l'aventure entrepreneuriale sans pour autant perdre leur statut.

S'affirmant comme un acteur économique structurant des territoires qu'elle occupe, l'Université noue aussi des relations privilégiées avec les pouvoirs publics. Et le grand public n'est plus contraint de ne l'admirer que de loin, l'Université l'accueillant de plus en plus volontiers grâce à une offre d'animation qui s'enrichit au fil du temps.

Car tout le monde a besoin de la recherche pour faire face aux défis et à la complexité du monde. Et parce que face à cette même complexité, l'Université ne peut plus penser seule. Elle a besoin de sentir le souffle de la société civile. De passer au crible ses préoccupations. De disposer d'autres angles de vue, d'autres expertises à même d'affiner son regard.

Restituer aux Avignonnais une bâtisse historique

C'est précisément cette porosité entre société civile et université que veut faciliter la Villa créative, lieu totem que l'Université d'Avignon veut consacrer à l'un de ses deux axes de recherche et de formation : « Culture, patrimoine et société numérique » - l'autre axe concernant les agrosciences.

« A l'origine, l'Université avait un bâtiment qui jouxtait le campus d'Hannah Arendt : le site Pasteur », explique Anne-Lise Rosier, directrice de la Villa créative. Une bâtisse bourgeoise du XIXème siècle assortie de jardins qui, pendant un temps, avait hébergé la faculté de sciences avant de se retrouver en friche, cette dernière ayant rejoint le campus Henri Fabre à l'extérieur de la ville.

« Dans le cadre d'un contrat-plan État-Région, nous avons disposé de 15 millions d'euros pour réhabiliter ce site de 7.200 m². Mais nous voulions que celui-ci soit restitué aux Avignonnais et qu'il ne soit pas réservé aux seuls étudiants et chercheurs. Nous avons donc décidé d'en faire un lieu où pourraient se croiser des publics différents, pas forcément habitués à fréquenter l'université ». Une façon de montrer au plus grand nombre quelles sont les missions de l'Université. Quel est son poids dans l'économie locale. Et quelles opportunités la culture et la création offrent au territoire et aux humains.

Autonomie financière

Innovante sur le fond, la Villa créative l'est aussi sur la forme. « Nous sommes la première université à bénéficier du dispositif Sociétés universitaires de recherche (SUR), ce qui nous permet de créer une SAS pour porter l'investissement et l'exploitation du bâtiment ». Au capital de cette SAS : l'Université qui détient 48 % des parts, l'État qui en détient 17 % via la Banque des Territoires, mais aussi un partenaire privé à hauteur de 35 % : la foncière Etic qui gère une dizaine de tiers-lieux en France et une vingtaine dans le monde. « Etic nous accompagne dans l'exploitation du bâtiment ».

Ne percevant pas de subventions pour son fonctionnement, la Villa créative prévoit à court terme de générer des bénéfices - 120.000 euros par an dès la deuxième année, 150.000 euros au bout de dix ans- qui lui permettront de financer ses projets. Des bénéfices réalisés grâce à la mise à disposition d'espaces puisque la Villa accueillera des résidents temporaires et permanents, qui, en plus d'assurer la pérennité économique du lieu, lui insuffleront la vie.

Parmi eux, des fleurons de l'économie locale comme l'École des Nouvelles images, le Festival d'Avignon, le Conservatoire national des Arts et métiers qui y installera - dans une annexe toute proche- une chaire spécialisée dans l'industrie créative et la culture. Anne-Lise Rosier souligne également la présence de grands groupes comme Orange ou Airbus, et celle d'acteurs facilitant le transfert d'innovation vers le marché comme la Satt Sud Est. Car l'ambition est de voir naître des projets qui pourront, sur un même lieu, être accompagnés tout au long de leur développement.

Préparer l'industrie créative de demain

Des projets qui doivent aider l'univers de la culture à faire face aux défis qui l'attendent. « Ce lieu permettra de penser la transition écologique indispensable dans le processus de création et de restitution des œuvres. Par exemple, il est indispensable de décarboner les festivals, de réfléchir à la manière dont on les monte et dont on organise les déplacements du public. Concernant le patrimoine, on peut se demander comment le préserver tout en favorisant le développement d'énergies renouvelables comme le photovoltaïque ou l'éolien. Cela exige de mettre tout le monde autour de la table : les élus publics, les entrepreneurs, le public, les chercheurs... ».

Pourquoi est-ce à Avignon qu'un tel projet a pu voir le jour ? « Je pense qu'il y a plusieurs facteurs qui l'expliquent », pense Anne-Lise Rosier. « L'Université d'Avignon, qui est une petite université, a une échelle qui lui offre une parfaite agilité. Ensuite, le projet a été très bien accueilli par la communauté universitaire qui a rapidement compris les externalités positives que cela allait générer pour la recherche et la formation. Enfin, nous avons trouvé un très bon partenaire privé qui peut nous accompagner grâce à son expertise. Nous avons aussi été très bien conseillés en matière d'ingénierie et avons suscité une bonne adhésion des pouvoirs politiques ». Notamment de la Région Sud « qui nous a soutenu dès le premier jour, politiquement et financièrement ».

Un poumon d'attractivité pour le territoire

Car de l'avis d'Anne-Lise Rosier, le projet aura des retombées positives sur le territoire. « C'est un lieu qui va rayonner et participera à renforcer l'attractivité du Vaucluse». La force du projet étant d'émaner d'une université. « Des projets de formation, de recherche pourront bénéficier du label Villa créative ce qui prouvera qu'ils bénéficient du soutien d'une université », gage de crédibilité. « Il y a déjà des sociétés de production parisiennes qui prévoient de s'installer à Avignon grâce à cela ».

Et alors que le projet est encore en gestation, il commence déjà à essaimer. L'Université d'Avignon prévoit déjà d'ouvrir une Villa Naturalité dédiée à son second axe prioritaire que sont les agrosciences. Et l'équipe de la Villa créative est régulièrement contactée par « d'autres universités, des députés, des collectivités locales, des propriétaires de monument historiques qui ont envie de s'inspirer de notre démarche ». Preuve selon Anne-Lise Rosier d'un « vrai besoin de lieux qui puissent hybrider toutes les compétences, qu'elles viennent d'acteurs publics ou privés ».

L'ouverture est prévue courant 2023. Mais déjà, la Villa Créative vit hors de ses murs grâce à une programmation qui s'enrichit de mois en mois. « Nous accueillons des structures pour des colloques. Et nous allons lancer un appel pour une résidence d'artistes ». De sorte qu'au moment de couper son ruban, « le pouls de la Villa créative batte déjà fort ».

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