Rachat de La Provence : l’accord gagnant-gagnant ?

En annonçant un accord qui voit Rodolphe Saadé devenir le propriétaire du quotidien basé à Marseille, grâce au rachat des 11% de parts détenus par Xavier Niel, CMA CGM crée la surprise en cette fin d’été. Un accord qui sert les deux industriels et leurs projets. Mais des interrogations demeurent. Quel est le calendrier ? Et qui pour diriger le titre ?
(Crédits : DR)

C'est la surprise de l'été, la petite bombe lâchée un 30 août en fin d'après-midi, l'info qui surprend et prend de court tous ceux qui, de près ou de loin, suivaient les épisodes houleux et disputés du processus de rachat du quotidien basé à Marseille. Une annonce faite par un communiqué commun comme pour entériner l'enterrement de la hache de guerre, pour de bon.

Entre Rodolphe Saadé et Xavier Niel il n'y a pas forcément eu de calumet de la paix partagé mais l'idée est là : les deux industriels ont trouvé un terrain d'entente, un accord gagnant-gagnant comme le veut la formule consacrée.

Une entreprise et une imprimerie communes

A l'un, la totalité des parts de La Provence. A l'autre, une imprimerie commune, avec Nice-Matin dont il est le propriétaire, située dans le Var et 10 millions d'euros, montant du rachat des 11% détenus au capital du quotidien.

Ensemble, une société dont le capital est partagé à égalité, 50% chacun, société dédiée à la gestion de l'imprimerie.

Et donc la fin d'un processus aussi long que disputé.

Pourtant rien ne laissait présager, fin juillet une telle issue, un mois plus tard. Pour rappel, le 21 juillet, le tribunal de commerce de Marseille annulait l'agrément obtenu par CMA CGM lors du conseil d'administration du 9 mai mais annulait en même temps l'agrément détenu par Xavier Niel, obtenu lors de la signature du pacte d'actionnaire avec Bernard Tapie. De quoi profondément agacer le patron de Free le poussant à interjeter appel. C'est cet appel qui devait être jugé par la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence le 16 septembre prochain.

Comment donc, en un peu plus de 30 jours, en est-on arrivé à un tel retournement de situation ? Par le dialogue semble-t-il et l'appel au bon sens. Si Xavier Niel ne cachait pas sa détermination, prêt à s'engager dans un long processus judiciaire, il est clair que celui-ci aurait pu durer de longues années, mettant à mal un développement du quotidien qui serait resté, d'une certaine façon, dans un stand-by éprouvant. Et même si Xavier Niel s'était engagé à apporter la monnaie sonnante et trébuchante nécessaire à La Provence, à combien cette perfusion se serait-elle montée ?

Tout autant déterminé Rodolphe Saadé l'a prouvé ne serait-ce qu'en proposant 81 millions d'euros pour les 89% de parts du quotidien détenus par GBT, alors que l'expertise évaluait le titre à « seulement » 20 millions d'euros. Et si le PDG de CMA CGM s'était engagé à maintenir l'imprimerie à Marseille, finalement la question d'une imprimerie commune entre La Provence et Nice-Matin constituait un sujet majeur pour Xavier Niel. Et une pierre d'achoppement qui pouvait être résolue...

On imagine bien que dans cette instauration de dialogue, le liquidateur, Marc Sénéchal n'y est pas étranger. Un Marc Sénéchal ravi « de cet accord au terme duquel les deux parties ont su converger l'une vers l'autre, marquant leur sens des responsabilités et leur prise en compte des intérêts de tous ».

On sait aussi que le patron de Free et le patron de CMA CGM se sont retrouvés dans la délégation menée par le président de la République, Emmanuel Macron, en Algérie dernièrement. Assis côte à côte dans l'avion... Sans doute pas le fruit d'un quelconque algorithme ou du hasard. Mais le moyen de finaliser le dialogue entamé...

Rodolphe Saadé ne cache pas sa satisfaction : « Je me réjouis de cet accord. Il va nous permettre de travailler avec l'ensemble des salariés de La Provence et de Corse Matin à la mise en place de notre projet de développement et de redressement. Un nouveau chapitre de l'histoire de ces deux titres de presse va pouvoir ainsi débuter ».

Un calendrier et des interrogations

Et maintenant, quel calendrier ?

Un conseil d'administration devrait agréer l'accord entre CMA CGM et NJJ. L'appel prévu pour être jugé le 16 septembre par la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence devrait être renvoyé. L'ordonnance du juge-commissaire pourrait intervenir le 30 septembre entraînant le transfert de la totalité des parts de La Provence à CMA CGM.

L'entreprise commune créée pour gérer l'imprimerie dans le Var - dont le terrain d'implantation reste à confirmer - sera, quant à elle, doté d'un président pour en assurer la gouvernance. Une imprimerie commune qui signifie des économies d'échelle pour les deux titres et qui devrait aussi tenir compte des contraintes opérationnelles de chacun des quotidiens.

Demeurent encore quelques interrogations : Jean-Christophe Serfati quittera-t-il son poste de PDG comme cela avait été annoncé ? Qui assurera la direction de la rédaction ? Rodolphe Saadé s'était engagé à faire en sorte qu'une contribution des journalistes au choix du ou de la directrice de la rédaction soit rendu possible. Les prochaines semaines vont être déterminantes. Et mettre un point final à un processus qui aura tenu en haleine le monde de la presse et le monde économique avec un scénario digne des meilleures fictions.

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