« L’entreprise ne doit pas être égoïste » (Yvon Grosso, ex-Medef Sud)

S’il a cédé la présidence du syndicat patronal voici quelques semaines, l’ancien patron des patrons de Provence-Alpes-Côte d’Azur n’en a pas tout à fait fini avec l’engagement. Autant au travers du MEDEF que dans la transmission de ce que le mot recouvre comme valeurs. Alors que la REF 2022 ouvre ses portes ce lundi29 août à l’Hippodrome de Longchamp et alors que la France, comme l’Europe, doivent faire face à de nombreux défis économiques notamment, quel sens la notion d’engagement a-t-elle aujourd’hui ? Et quelle place pour l’entreprise ?
(Crédits : DR)

Cette année-là, François Mitterrand est élu président de la République française, Ronald Reagan succède à Jimmy Carter à la tête des Etats-Unis d'Amérique, l'airbag est commercialisé pour la première fois, Belize obtient son indépendance, la première navette spatiale américaine Columbia effectue son vol inaugural, de nouvelles conventions collectives sont signées en Suède... 1981, année de bouleversements économiques et sociaux en France comme ailleurs. 1981, c'est aussi l'année où Yvon Grosso s'engage dans le syndicalisme patronal. Quarante ans plus tard, l'engagement est-il une notion qui distille toujours la même saveur ? Et le même sens ?

Pour Yvon Grosso, clairement la réponse est oui. Et ce qui a motivé alors celui qui franchit les portes de l'entreprenariat après le rachat d'une filiale du groupe Adecco, groupe où il commence sa carrière, est toujours intact. Le leitmotiv, la base et le but : le bien commun.

« Le mot engagement a du sens. C'est faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait. Cela a la valeur de la parole donnée ».

Notion de service

Dans le contexte actuel - où le monde du travail évolue, où devenir patron est plus perçu sous l'aspect startup/licorne/ que PME/ETI, où le nombre de création d'entreprises augmente alors qu'en même temps l'entreprise est encore beaucoup regardée d'un œil mi-défiant mi-méfiant - l'engagement, patronal notamment, a-t-il encore un intérêt ?

Plus que jamais pour celui qui à l'âge de 28 ans s'engage, donc. Et enchaîne, au cours des ans, différents mandats sociaux. Une école formatrice, estime-t-il. « L'engagement est pour l'intérêt général de la société civile, cela a la notion de service, il doit profiter au plus grand nombre ». Et on y vient généralement poussé par un mentor, « des personnes que l'on rencontre et qui vous donnent envie ».

Bien sûr cela apporte à soi-même, cela « donne confiance, la notion de responsabilité, de progrès. Ce qui signifie ne jamais se satisfaire de ses acquis, savoir se remettre en question, s'ouvrir aux autres ». Car, insiste-t-il « l'isolement ne permet pas de s'épanouir aussi richement. Seul au monde et isolé, on ne fait jamais rien ». Ce qui sous-entend savoir entendre et écouter les avis contraires. « C'est grâce au jeu collectif et d'intelligence ajoutée que nous avons toujours pu trouver le juste milieu qui permet d'apporter le soutien actif aux entreprises ».

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L'entreprise, formule « active » de la société



Les mandats sociaux, pour en revenir à cet engagement dans diverses institutions - qui sont souvent à la recherche de bénévoles impliqués auprès des tribunaux de commerce, de prud'hommes, d'organismes liés au logement, à la formation ou à l'emploi - sont une école formatrice, qui aident le chef d'entreprise dans son quotidien comme dans la compréhension de la société. « Très jeune, ces mandats m'ont permis de mieux appréhender le fonctionnement des institutions, des organismes sociaux. Ce que fait l'entreprise participe à créer une société, d'où l'importance de comprendre ce qu'elle apporte à l'intérêt général ». Et voilà qui conforte aussi l'importance de la formation « tout au long de la vie, qui est essentielle ».

Dans le contexte de tensions économiques et géopolitiques, alors que le thème même de la REF édition 2022 est celle des « Euro-visions », comment l'entreprise peut-elle faire preuve d'engagement, au-delà de ce à quoi elle contribue déjà ? « L'entreprise ne doit pas être égoïste », estime Yvon Grosso mais elle doit aussi et surtout ne pas, ne plus être perçue par l'administration sous le triptyque de « la défiance, de la réglementation et du contrôle », lequel doit être remplacé par un autre triptyque, celui de « la confiance, la responsabilité et l'accompagnement ». Être vue comme un partenaire. « La France est un pays à émotions rapides, peu rationnel et à pédagogie lente » disait déjà Yvon Grosso lors de son passage de témoin à Jean-Louis Maurizi, le nouveau patron du Medef Sud au début de l'été.

Déverrouiller les freins

« L'entreprise reste encore mal comprise dans la société même si la majorité des salariés ont confiance dans celle qui les emploie ». Fiscalité, code du travail, simplification administrative... nombre de chantiers sont toujours ouverts. Mais l'entreprise doit apporter sa pierre à l'édifice parfois autrement. Être force de propositions, mais pour cela, il faut bien un regard différent de la part de l'administration et de la confiance. Et Yvon Grosso de soumettre l'idée de création d'une prime d'indemnité dédiée à l'accès au travail, indemnité forfaitaire qui serait attribuée à tous les salariés, sans différenciation ni distinction, qui permettrait de lever le frein du coût du transport qui vient grèver tout à la fois l'emploi des salariés et le développement des entreprises. Combien de candidats à un poste y renoncent pour cause de coût de mobilité ? « Il ne s'agirait pas de l'imposer aux entreprises mais cette indemnité permettrait de débloquer une partie de la difficulté à recruter et inciterait à l'emploi ». En cette période de rentrée sous tensions économiques mais pas que, plus d'un défi attend les entreprises, des défis qui ne sont pas passés avec l'été. Et qui sont la pierre d'achoppement à une croissance que l'on imaginait positive mais qui ne le sera pas comme espéré. Toutes les (bonnes) idées sont bienvenues. Une façon d'illustrer que « l'engagement c'est l'intelligence ajoutée au service de l'intérêt collectif ».

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