Marseille : le (mauvais ? ) procès fait aux navires (et pas que de croisière)

En lançant une pétition contre la pollution des navires en Méditerranée, Benoît Payan joue sur la corde environnementale et revient sur un sujet qui l’oppose depuis la campagne électorale des Municipales au monde de la croisière. Sauf que c’est toute la place portuaire qui est désormais vent debout, déplorant l’ignorance du maire de Marseille sur les décisions pionnières prises par les armateurs, le Port et les acteurs économiques, dont celle de l’électrification à quai. Ou comment jeter un pavé dans la mare quand la Cité phocéenne est plus en avance que d’autres ports en Méditerranée. Un dialogue de sourds ?
(Crédits : DR)

Le sujet, il est vrai, n'a jamais été simple entre le Printemps marseillais et le monde maritime. Déjà, lors de la campagne municipale, les quelques flèches envoyées au secteur de la croisière avaient quelque peu animé le débat, suivi, lors de l'accession aux responsabilités, au retrait accordé par la municipalité au Club de la Croisière, histoire d'être raccord avec les reproches formulés.

Et la polémique - qui ne s'est pas vraiment arrêtée depuis - aurait pu en rester là si le maire de Marseille n'y était pas allé de sa pétition, largement relayée sur les réseaux sociaux. Une pétition qui invite les Marseillais à « s'engager à signer en faveur de la protection de la Méditerranée », Méditerranée menacée dit-elle par « la pollution des gros navires ».

Une initiative et des propos qui n'ont fait faire qu'un tour au sang de la place portuaire dans son ensemble, accusée ainsi de polluer, dit encore la pétition « en toute impunité ».

Car il n'est plus question uniquement des paquebots de croisières, mais aussi des navires qui transportent marchandises et passagers. Autant dire, toute une activité économique qui pèse 45.000 emplois directs et indirects.

Payan en mode accélération

Ce que reproche la municipalité c'est la lenteur réglementaire, pas que locale, mais européenne et internationale. Ainsi le texte de la pétition mentionne la volonté que tous les polluants soient honnis, que des contrôles soient effectués sur les navires croisant dans la rade phocéenne et que l'Etat, via le préfet de Région interdise toute escale des navires les plus polluants lors des pics de pollution. « Nous soutenons sincèrement le Grand Port Maritime, notamment dans ses projets de transport ferroviaireCe que nous demandons c'est d'accélérer le mouvement, la conversion est trop lente, nous voulons un passage à l'action plus rapide et que cela permette aux armateurs d'anticiper », rajoute Laurent Lhardit, l'adjoint en charge de l'économie, rappelant que le périmètre du Grand Port Maritime est par ailleurs hors ZFE et que Marseille, qui a obtenu le label européen « villes neutres en carbone d'ici 2030 », ne peut pas faire comme si des fumées noires ne continuaient pas à être émises.

Laurent Lhardit qui - lorsqu'on évoque l'électrification à quai des bateaux, opérationnelle depuis 2017, ce qui fait de Marseille le pionnier sur le sujet - rétorque que les armateurs ayant pignon sur rue pourraient investir eux-mêmes dans la poursuite de l'opération et les aides des collectivités cibler les armateurs plus modestes, tout comme la réparation navale, « économie fragile », qui génère aussi de la pollution sonore.

Quid alors des navires de plaisance ? « La Ville a lancé un appel à projets auprès des acteurs de la plaisance afin de faire émerger des solutions de transition écologique », poursuit l'adjoint en charge de l'économie. Et qui redit la nécessité d'une étude impact santé menée par l'Agence régionale de santé, tout comme de contrôler que les signataires de la Charte Bleue, initiée en 2019 et signée par le port et les armateurs, soient bien dans les clous.

Marseille, port pionnier rappelle la place portuaire

Une vision du sujet qui fait bondir Alain Mistre. Le président de l'Union Maritime de Fos (UMF) qui représente la place portuaire ne décolère pas. Et rappelle que le sujet de la dépollution a été adressé depuis 2008 car « les armateurs veulent aller dans le sens de l'histoire ». Que le passage à un combustible à 0,5% de soufre est effectif depuis 2020. « Quatre quais électrifiés supplémentaires d'ici 2025, la connexion du terminal croisières... tout cela ne sont pas des projets mais des chantiers en route ». Depuis 2020, la vitesse maximale autorisée est de 10 nœuds et les manœuvres ne se font que sur deux moteurs. « Marseille est la place portuaire la plus engagée, Corsica Linea a mis à l'eau son premier navire GNL en septembre dernier. Marseille-Fos devient un hub GNL et il n'y en a que trois dans le monde, Rotterdam, Singapour et Marseille-Fos ».

Quant à la mise en place d'une zone SECA en Méditerranée, « les discussions sont terminées », l'OMI autant approuvé en juin dernier la création de cette zone de contrôle des émissions d'oxydes de soufre et de particules, qui porte la teneur à 0,1%, ce que les armateurs de croisières appliquent à Marseille depuis 2020, avec 5 ans d'avance sur l'obligation.

Autre pierre d'achoppement, le reproche de contrôles qui ne seraient pas effectués et dont l'absence ferait de la Méditerranée une zone de non-droit agace Alain Mistre. Car les Affaires maritimes ont effectué en 2021, 250 contrôles dans la rade de Marseille...

Une « stigmatisation » malvenue sur le Port

Pas davantage prêt à décolérer, Pascal Galéoté s'emporte contre cette « stigmatisation de l'activité maritime, comme si le Port était responsable des maux de la ville, alors qu'elle fait face à un manque de desserte en transports en commun. Lorsque nous devons affronter des pics de pollution, la réponse est dans la mobilité terrestre. Pourquoi ne pas rendre les transports en commun gratuits ? », suggère le secrétaire général CGT du GPMM et de Fluxel, pointant l'un des talons d'Achille de la Cité phocéenne, son réseau de transport absolument pas adapté aux usages quotidiens. « Le Port a prévu d'investir 50 millions d'euros à la poursuite de l'électrification à quai ». Un port rappelle Pascal Galéoté qui « a souffert sur le domaine urbain et politique, nous avons besoin que la démarche soit commune. Le Port doit être considéré comme une opportunité, comme une chance ».

Si l'objectif de la pétition était de rassembler, elle a l'avantage d'avoir réussi à dresser la place portuaire tel un seul homme. Peut-être pourrait-elle être la première brique d'un dialogue à réellement entamer. Car pour l'heure, il s'agit plutôt d'un dialogue de sourds...

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Commentaires 3
à écrit le 23/07/2022 à 21:51
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Bonjour, non la pétition du maire de Marseille;n'est pas exagérée. Oui il y a eu de vrais progrès dans la lutte contre la pollution par les grands navires, mais il reste du chemin à faire !

à écrit le 21/07/2022 à 9:00
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Surtout que nous retrouvons de la crème solaire à 40 kilomètres des côtes, la pollution méditerranéenne, extrême c'est une réalité, peut déjà être combattue sous de nombreux autres angles.

à écrit le 21/07/2022 à 0:30
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Les immeubles flottants sont réellement un problème en terme de pollution. Le fait économique est trop souvent privilégié à la cause écologique. On en voit le résultat tous les jours dans les journaux télévisés, sous forme de feux de forêts, de riv...

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