« Protéger les entreprises des contenus haineux, c’est protéger la marque et donc le business » (Charles Cohen, Bodyguard)

C’est avec sa technologie propre que la PME, installée à Nice, a pris le leadership en matière de protection des contenus haineux qui se propagent sur les réseaux sociaux. Adressant aussi bien le particulier que l’entreprise, elle veut continuer à s’enrichir afin d’être capable de répondre aussi aux enjeux posés par le métavers. Et la volonté de s’internationaliser se renforce aussi, avec une ambition, pour l’heure, européenne mais dont l’outre-Atlantique n’est pas totalement exclue.
(Crédits : DR)

C'est sans doute la donnée la plus significative : 1,2 milliard de personnes sont protégées, directement ou indirectement, par Bodyguard. L'entreprise, née il y a 4 ans, protège particuliers et entreprises des contenus haineux sur leurs réseaux sociaux ou leurs plateformes. Et au-delà d'éviter la publication de contenus haineux, la protection apportée par Bodyguard a un effet, avantage collatéral moins connu, sur le business. Car comme l'explique Charles Cohen « protéger des contenus haineux, c'est protéger la marque, l'image de l'entreprise, protéger sa communauté. Une entreprise qui modère mal ses plateformes, ses communautés, ses réseaux sociaux, a moins d'interaction, a moins d'engagement auprès de ses followers et tout cela à un impact business problématique pour l'entreprise ».

Si les plateformes possèdent, certes, leur propre système de modération, la différenciation avec Bodyguard se passe du côté de la technologie. « Ce sont généralement des systèmes de modération à mots-clés, qui sont très peu performants, et ce sont des modèles de modération qui sont traduits de l'anglais, avec des systèmes de traduction que l'on connait tous, ce qui fait que ça marche à peu près bien en anglais, mais dès que l'on applique la même technologie dans une autre langue, comme le français, ça ne fonctionne plus du tout ».

Et la modération, explique Charles Cohen, c'est le « jeu du chat et de la souris ». En l'occurrence, la souris étant l'internaute, qui comprend « très rapidement les filtres qui sont mis en place par les plateformes et qui donc s'adapte pour passer les filtres, en ajoutant des emoji par exemple ».

Une techno agile

Un comportement que Bodyguard sait repérer. « L'agilité de la technologie Bodyguard nous permet de mettre à jour la technologie plus d'une centaine de fois par jour et de suivre ses nouvelles tendances. Là où la plateforme qui est basée aux Etats-Unis et qui a 200.000 employés va mettre six mois à capter les nouvelles tendances, à adapter la technologie, à réentraîner tout cela... C'est pour cela que nous avons constamment le sentiment qu'il ne se passe rien. En fait, les plateformes essaient de faire des choses mais il y a constamment, un an, six mois de retard ».

Et finalement ce sont les secteurs très exposés qui viennent chercher la techno Bodyguard. « Nous travaillons avec des industries qui sont touchées par ces problématiques de haine en ligne. Soit les médias en n°1, le sport en n°2, le gaming en n°3 et après certaines marques qui sont victimes de toxicité en ligne de par leurs engagements ».

Si en 2018, lorsque l'entreprise se lance, elle adresse d'abord les particuliers, ce sont désormais les entreprises qui constituent la majeure partie de l'activité de Bodyguard. Avec un business-modèle qui fait que c'est le BtoB qui supporte le BtoC. « En 2018, nous avons lancé l'application, qui existe toujours et qui est entièrement gratuite. Nous perdons de l'argent avec cette application. Nous avons ensuite lancé notre solution pour les entreprises en janvier 2021 et l'intégralité des revenus vient de cette solution pour les entreprises. J'adore ce modèle un peu hybride, où le particulier n'a rien à payer - et c'est tout à fait normal, ce n'est pas une petite fille de 8 ans qui doit être payée pour être protégée - et ce sont les entreprises qui payent. C'est un modèle win-win ».

Une internationalisation d'abord européenne

Quatre ans après sa création Bodyguard se considère-t-elle encore comme une startup ? « J'ai toujours eu beaucoup de mal avec le mot startup, avec la notion de startup nation. Nous sommes un peu rebelles chez Bodyguard et pas vraiment moutonniers. On regarde plutôt à l'opposé des tendances. Nous étions une startup dans le sens où nous étions un peu couteau suisse, chaque jour était différent... Mais depuis que nous avons levé 12 millions d'euros et que nous sommes 45 personnes, on doit construire une entreprise. Donc l'ambiance est toujours aussi cool, toujours aussi fun mais chacun doit faire son métier. Donc je me considère plus comme une PME avec des process de startup ».

Un tour de table, réalisé il y a six mois, qui a déjà permis de recruter - Bodyguard comptera 60 salariés à la fin de l'année - et de mailler le territoire avec un bureau ouvert à Paris mais aussi à Marseille. « Cela va servir à une internationalisation européenne dans un premier temps. Et à développer de nouvelles formes de technologies qui vont rendre Bodyguard capable de traiter les contenus haineux audio, ceux liés à la vidéo, avec les besoins croissants, liés à l'apparition de nouvelles formes d'échanges en ligne comme le métavers ».

Des évolutions qui vont bien avec la façon dont la technologie Bodygiuard évolue, explique son dirigeant. Une technologie qui « est très humaine, car derrière cette techno il y a une équipe de 8 linguistes, experts en réseaux sociaux et qui transmettent toute leur intelligence à la machine.  C'est ce qui nous permet d'avoir une technologie transparente, à laquelle on désapprend certains biais, on apprend de nouvelles choses et cela en quelques secondes tous les jours ».

Et si l'internationalisation est très européenne, le projet d'une exportation aux Etats-Unis, prévue dans la feuille de route, a été décalée, contexte économique mondial oblige.

Replay ici

AZur Business Bodyguard

Un décideur économique, invité chaque semaine

Pour rappel, depuis ce début novembre, La Tribune et BFM Nice s'unissent pour proposer chaque semaine une chronique éco, baptisée Marseille Business, qui décrypte l'économie du territoire, ses enjeux, ses défis, les réussites et les problématiques. Tous les mardis, un invité vient apporter son éclairage sur une thématique précise.

BFM Nice Côte d'Azur est à retrouver sur le canal 31 de TNT régionale et sur les box au canal 285/518 (SFR), 374 (Orange) et 360 (Bouygues).

La chronique est animée par Celine Moncel pour BFM Nice et Laurence Bottero, rédactrice en chef du bureau Provence Alpes Côte d'Azur du quotidien économique La Tribune.

Replay | Forum Europe Afrique

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.