« Il ne faut pas tomber dans le fantasme de la startup nation » (Laurence Olivier, Marseille Innovation)

C’est, à Marseille, l’une des plus anciennes structures intervenant en soutien aux entreprises innovantes. Et l’innovation, dans son accompagnement comment dans son financement, a énormément évolué en vingt ans. Entre impact positif du mouvement French Tech et volonté de Startup Nation, les pépites n’en ont, pour autant, pas moins besoin de fonds propres. Ce qui a amené la structure à se doter de son propre fonds. Visant l’effet long terme pour accompagner – aussi – la mutation de la deuxième métropole de France.

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(Crédits : DR)

Elle fait office de pionnière du genre et il faut dire que lorsqu'elle se créé en 1996, on est (très) loin des concepts de Startup Nation et d'une innovation qui irriguerait tous les secteurs. Deux décennies plus tard, les accélérateurs-incubateurs ont largement pris place dans le paysage entreprenarial et le financement de cette même innovation s'est démocratisée, s'ouvrant à tout profil d'investisseur, établissements bancaires y compris. Ce qui ne signifie pas pour autant que tout est facile : s'il est plus aisé, entré dans les mœurs, le financement de l'innovation demeure toujours un parcours complexe. Un constat partagé largement par Laurence Olivier. « Beaucoup de projets technologiques, innovants, émergent mais la moitié d'entre eux manque de fonds propres », souligne la directrice générale de Marseille Innovation.

Un état de fait qui va avec l'évolution même du profil du startupeur. Auparavant, il était plutôt quarantenaire, ayant connu un parcours entreprenarial, parfois en tant que dirigeant, et disposant, après cette première vie professionnelle, de fonds personnels pour investir dans son projet technologique. Or, ce profil s'est rajeuni et désormais nombreux sont les startupeurs qui font de l'entreprenariat leur première expérience professionnelle.

Favoriser l'effet de levier

Mais voilà. Une entreprise techno, même bourrée d'innovation, a besoin de fonds propres. Car, comme le souligne Laurence Olivier, « sans fonds propres, pas d'effet de levier avec tout autre moyen de financement ». Or c'est ce besoin qui devient essentiel parce qu'il se produit au moment crucial de la commercialisation et de la recherche des premiers clients. Lorsque se profile ce point de bascule.

Une situation récurrente qui pousse Marseille Innovation à réfléchir à comment combler ce trou dans la raquette. « Nous ne voulions pas passer par la prise de participation, cela nous semblait trop complexe », explique Laurence Olivier. « Nous voulions renforcer les fonds propres des entreprises tout en demeurant sur notre cœur de métier, notre volonté n'étant pas de devenir un acteur du financement mais d'apporter une valeur ajoutée sans faire un nouveau métier ».

Ce sera donc un fonds de prêt d'honneur, abondé par certains établissements bancaires du territoire, dont le CIC - déjà partenaire de Marseille Innovation autour de La place de l'innovation - la Banque Populaire Méditerranée, auxquels s'est ajouté un collectif d'entrepreneurs via, notamment Jump Ventures, le fonds Innovacom ou I-force, celui de Denis Liotta, le président de Marseille Innovation. Le tout est doté de 300.000 euros, avec un montant de 600.000 euros validé tous les deux ans, jusqu'en 2035. Des premiers engagements de structures et d'acteurs du territoire qui pourraient jouer un effet d'entraînement. Un premier appel à candidatures a été lancé, un second est à suivre en septembre.

La philosophie de la démarche est claire, Laurence Olivier le précise, il n'est pas question de « faire du volume » et de financer pour financer mais bien de supporter les projets pertinents. Pour l'heure, à l'image de Marseille Innovation, ce fonds n'est pas thématisé et s'intéresse à toutes les sujets constituants du territoire. Tels le tourisme ou l'e-santé. Mais ce ne sont pas les seuls, loin s'en faut. Sans oublier la dimension « à impact », qui devient aussi prégnante.

Pour l'heure, le premier appel d'offres a déclenché 75 dossiers. Vingt d'entre eux ne sont pas éligibles parce que projets trop jeunes, souvent n'ayant que trois ans d'existence ou avec une structure entreprenariale pas encore créée. Laurence Olivier le souligne, « le socle technologique est primordial » et il faut pouvoir l'évaluer. Les six meilleurs dossiers choisis seront examinés ce 30 mai par un comité d'évaluation. Signant ainsi, la première promotion de ce nouvel outil dédié au développement économique de la Provence.

Des projets majoritairement liés à l'e-santé, à la medtech, à l'innovation dans l'environnement, le tourisme ou l'industrie du futur.

Pas de fantasme de la startup nation

« Ce fonds nous permet de préparer le futur », souligne Laurence Olivier. Et de donner à la structure de 25 ans, une vision sur les 25 prochaines années ? « Le monde de la startup attire énormément. Nous restons une structure terreau, nous devons faire perdurer le modèle pour les 25 prochaines années », souligne sa directrice générale. Qui ne veut pas alimenter le fantasme de la startup nation. « Tout ne se passe pas avec la première levée de fonds. Les quatre premières années de vie sont des années structurantes et Marseille Innovation participe à cette période structurante ».

Si le sujet du financement en fonds propres est sans doute le sujet du moment, pour Marseille Innovation, il participe aussi de sa volonté de « coller aux besoins des entreprises ». Ce qui signifie remise en question régulière. Car l'économie, le contexte changent, le profil des entreprises est en perpétuelle évolution, plus ou moins marquée certes, mais rien ne reste statique. « Si le profil des entreprises, de l'économie changent, à nous de renforcer la boîte à outils pour que cela colle au plus près de la réalité terrain. Ne tombons pas dans le fantasme de la startup nation. Nos outils doivent être précis, ils doivent permettre à l'entrepreneur d'être opportuniste pour son entreprise ». Et, par effet de ricochet, avec impact positif sur le territoire. Avec, forcément un rôle à jouer dans le très attendu Plan Marseille en Grand. « Marseille Innovation est aussi un outil du territoire. Et nous voulons être la structure d'après », comprendre celle qui va prendre le relais dans l'accompagnement des projets qui verront le jour sous l'impulsion de ce Plan en grand. Car il ne va pas falloir simplement créer des projets et créer l'environnement utile à leur éclosion. Il va falloir les fixer dans le temps et... sur le territoire. Là encore, loin des fantasmes.

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